Berlin Blog

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mercredi 1 juillet 2009

LA COUR CONSTITUTIONNELLE ALLEMANDE STOPPE LA RATIFICATION DU TRAITÉ DE LISBONNE

La ratification du traité de Lisbonne est provisoirement au point mort à Berlin au lendemain du jugement du tribunal constitutionnel qui conditionne son adoption finale au renforcement des droits du parlement allemand vis à vis de la politique européenne.
Le vice président du tribunal de Karlsruhe, Andreas Voßkuhle, résumait mardi la sentence d'une phrase lapidaire: « la constitution allemande est compatible avec le traité de Lisbonne, mais elle exige » en retour, « un renfort conséquent des responsabilités du parlement national » dans le cadre du processus d'intégration européen. Angela Merkel, saluait aussitôt la reconnaissance explicite du texte européen par le tribunal dans une déclaration rapide comme l'éclair: «  c'est un bon jour pour le traité de Lisbonne ».

Mais ses opposants, qui sont à l'origine du dépôt des plaintes contre la loi ratifiant en Allemagne le traité de Lisbonne, estiment eux aussi avoir marqué un point dans leur lutte contre l'extension des pleins pouvoirs de Bruxelles au dépend de la souveraineté des peuples de l'Union. Willy Wimmer, ancien secrétaire d'état au ministère de la défense, démocrate chrétien bavarois, saluait ainsi: un « jugement historique » confortant « l'état de droit allemand dans sa substance ». « Il revient maintenant au parlement de se rassembler pour défendre les pouvoirs qu'on veut lui ôter et redevenir le porte parole du peuple ».

Sur le fond, le jugement du tribunal de Karlsruhe fait la leçon en fait à la coalition d'Angela Merkel, et à l'écrasante majorité des députés favorables au traité de Lisbonne. « La loi fondamentale » est en effet favorable à l'intégration européenne soulignent les juges. D'autant plus qu'il n'est pas question de laisser s'installer une « fédéralisation européenne rampante », la constitution d'un état fédéral de l'Union. Le traité de Lisbonne est limpide sur ce plan selon Karlsruhe, même si le tribunal estime nécessaire de mettre des gardes fous pour éviter tout dérapage à l'avenir.

Mais la loi d'accompagnement adoptée en avril 2008 par le Bundestag, pour ratifier le traité et régir son application en Allemagne, ne répond pas aux exigences de la constitution allemande, selon les juges. Elle ne dote par les deux chambres du parlement, le Bundestag et le Bundesrat des droits de co-décision qui doivent leur être garantis dans le cadre de la délégation de nouveaux pouvoirs attribués à l'Union européenne, et de l'extension de ses fonctions.
Le tribunal appuie son jugement unanime sur un texte de 150 pages dans lequel les juges ont décortiqué en détail l'articulation entre les instances de décision européenne, parlement et commission, et les parlements des états nationaux.

L'extension de la liberté d'action de l'Union ne cesse de croître, dans le domaine des décisions qui pourront être prises dorénavant à la majorité et non à l'unanimité des états membres par exemple. Or « l'Union européenne n'est pas un état fédéral européen. Le parlement européen n'est pas l'organe de représentation d'un peuple européen dont ses députés seraient les représentants ». Il n'existe pas d'ailleurs de peuple européen. Les députés européens allemands à Bruxelles sont des représentants du peuple allemand auprès de l'UE. Et la majorité du parlement de Bruxelles ne représentera pas automatiquement la majorité des peuples de l'Europe ».

Karlsruhe critique donc les pouvoirs limités que se sont fixés le Bundestag et le Bundesrat dans la définition et dans la mise en oeuvre de la politique européenne. C'est un droit de regard et de co-décision trop restreint qui contrevient aux droits du peuple souverain. Car le parlement fédéral est le seule représentant à plein titre des citoyens allemands, dans les cadre des les institutions démocratiques qui sont le noyau de la constitution allemande.

Le processus d'intégration européenne ne doit donc pas relativiser son rôle. « Le respect du droit à la dignité humaine, à l'état social, comme le fédéralisme allemand sont des droits intangibles inscrits dans la loi fondamentale ». Ils ne doivent pas pouvoir être réduits, voire supprimés par l'UE. La totale responsabilité du Bundestag et du Bundesrat doit être assurée en ce domaine. L'UE ne doit pas pouvoir s'attribuer la « compétence des compétences », une délégation qui la conduirait peu à peu à s'accorder elle même des pouvoirs croissants, sans limite. Le pouvoir de recours à la force de l'état national est lui aussi inaliénable. Tout engagement militaire européen auquel participeront les troupes allemandes doit d'abord être adopté au Bundestag.

Dans la foulée, Karlsruhe s'attribue même de nouvelles fonctions dans son jugement rendu hier. Le tribunal constitutionnel devra s'assurer ainsi que dans le cadre du traité de Lisbonne, « Bruxelles » ne dépasse pas ses compétences, ne s'attribue pas de nouveaux pouvoirs portant atteinte « à l'identité de la constitution allemande ».

Bref, la politique de l'Union ne pourra aller contre l'aval du parlement allemand et la cours de Karlsruhe y veille. Autant d'exigences qui ne contredisent pas d'ailleurs, le traité de Lisbonne. À la veille de la fin de session parlementaire, les députés du Bundestag sont conviés à se remettre à l'ouvrage. Un nouveau texte de ratification du traité européen devrait être présenté au parlement le 26 août en session extraordinaire, et probablement adopté en septembre, ne retardant guère finalement le processus de ratification du traité au niveau européen.

Ce billet reprend en partie mon article paru dans la Croix, le 1er juillet.

mardi 30 juin 2009

VERDICT AUJOURD'HUI DE LA COUR CONSTITUTIONNELLE ALLEMANDE SUR LE TRAITÉ DE LISBONNE

La signature de l'Allemagne est en réserve depuis août 2008, dans l'attente de la décision du tribunal de Karlsruhe sur la conformité du traité de Lisbonne avec la constitution fédérale.
Le jugement de la cour constitutionnelle est attendu aujourd'hui avec une certaine tension. Le traité de Lisbonne a certes été ratifié l'an dernier par plus de 90% des députés du Bundestag. Mais il attend toujours le paraphe du président de la République. Horst Köhler a suspendu sa signature en juillet 2008 au moment précis ou la France entamait sa présidence de l'Union, dans l'attente du verdict de Karlsruhe qui va tomber aujourd'hui.

A l'époque, certains, dont, Axel Schäfer porte parole des sociaux démocrates pour les affaires européennes critiquèrent le geste comme : " le mauvais signal ». Köhler aurait pu comme l'un de ses prédécesseurs, Roman Herzog, signer le texte tout en précisant qu'il attendait le verdict de la cours pour son entrée en vigueur.
Les plaintes ont été déposées au départ par Peter Gauweiler, un député de la démocratie chrétienne bavaroise, la CSU, bien connu pour son conservatisme , et par le parti die Linken, la Gauche, emmené par Oskar Lafontaine. Les deux hommes se connaissent bien et polémiquent souvent l'un contre l'autre d'ailleurs. Mais ils s'élèvent ensemble, contre le pouvoir croissant de l'Union européenne qui serait consigné dans le traité. Celui-ci mettrait même, selon eux, le rôle et les pouvoirs du parlement allemand en question. L'Allemagne y perdrait certains de ses droits démocratiques élémentaires et une part de sa souveraineté.
Leur démarche semblait au départ être une simple protestation de principe, mais ils ont été rejoints ensuite par d'autres plaignants. Il ne faut en rien sous-estimer en effet le courant d'opinion qu'ils peuvent représenter.

Le principe de subsidiarité, selon lequel chaque instance doit trancher ce qui relève de sa responsabilité stricte est pour les Allemands une valeur cardinale. Et Bruxelles est régulièrement accusé de décider dans le détail de nouvelles règles qui ne sont pas de son ressort, spoliant ainsi les assemblées concernées, du Bundestag au parlement des Länder. Les juges de Karlsruhe avaient semblé particulièrement sensibles aux arguments sur ce point, avancés par les adversaires du traité lors de leur audition en février dernier. Plusieurs ministres du gouvernement d'Angela Merkel, dont le social démocrate Franck Walter Steinmeier (affaires étrangères) et le chrétien démocrate Wolfgang Schäuble (intérieur), viendront souligner au contraire que le traité de Lisbonne garanti la transparence des décisions de l'Union européenne.

Le tribunal est resté jusqu'à présent réservé dans ses jugements sur les institutions européennes, estimant que les politiques gardent le dernier mot. Karlsruhe ne souhaite pas apparaître comme un frein du moteur européen, tant que le poids des instances parlementaires élues par les Allemands eux même restent substantiel.

Si les juges estiment cette fois qu'il existe quelque danger, il pourrait choisir aujourd'hui de renforcer la compétence du Bundestag sur les questions européennes. Le parlement allemand devrait alors ratifier d'abord nombre de projets pour qu'ils puissent ensuite avoir le feu vert de Berlin à Bruxelles.

Ce billet reprend mon article paru dans la Croix, le 30 juin.

jeudi 25 juin 2009

WINNENDEN, LE CHOC DURERA DES ANNÉES ENCORE


Neuf élèves, trois professeurs, sont tombés le 11 mars au collège Alberville à Winnenden sous les balles de Tim Kretschmer, 15 ans, qui tuera encore trois autres personnes dans sa fuite avant de se donner la mort. Rien n'est plus comme avant.

Murs blancs, portes et fenêtres closes au milieu du centre scolaire, à deux pas du terrain de sport et des champs, le collège Albertville est désert, depuis trois mois. Au lendemain de la tuerie, les élèves ont repris les cours dans les salles des deux lycées et du collège voisin. Puis ils ont emménagé dans une « école-container » provisoire. Ses parois gris clair s'étalent à côté de la piscine municipale, côtoyant l'Hopital psychiatrique installé depuis des lustres dans le château de Winnenden, au milieu d'un parc superbe ouvert aux visiteurs invités seulement à garder « leur retenue face aux malades ».



«On ne pouvait pas contraindre les élèves à revenir sur les lieux du crimes, explique Roland Dörr, administrateur des écoles à la municipalité. Il faudra laisser passer du temps avant de réintégrer l'ancien bâtiment, ré- aménagé sans doute. Car on ne fera plus jamais cours dans les classes ou douze personnes sont mortes ». Dans la soirée, un air de rock sort d'une aile du bâtiment déserté, un groupe de jeunes répète, réanimant un instant les murs fantôme.
Trois mois après le carnage toute trace visible du drame, bougies, fleurs, couronnes, ont disparu. Le marché grouille sur la place de la ville, autour de la fontaine, au milieu de vieilles maisons aux poutres de bois. Les terrasses sont pleines. Sur les collines alentour s'alignent les maisons particulières, quelques immeubles et espaces verts. Winnenden est une jolie petite ville de 28000 habitants, aisée.

L « Amok », comme on appelle les tueurs fous en Allemagne -un terme curieusement emprunté au mélanésien « meng-âmok »: tuer avec une colère aveugle- semblait inimaginable, ici. « Le choc a été terrible, note Olga au café internet. Aujourd'hui on doit vivre avec. » La fête d'été de la ville en août a été annulée, à Pâques, les cérémonies des 40 ans de jumelage avec le ville partenaire fraçaise d'Albertville assombries. « Pour les proches des victimes évidemment rien ne sera jamais plus comme avant. Pour la famille du meurtrier non plus». Pour tous les autres, « on a l'impression que la vie redevient normale, explique Elfriede, au milieu des guitares de son magasin d'instrument de musique, mais c'est trompeur. Il suffit de quelques mots et tout à coup ça remonte, on revit le drame. Ça durera peut être aussi longtemps que l'école-container sera là ». Pour les jeunes scolarisés en général: «  la vie a repris les apparences de tous les jours note Roland Dör. Sauf pour ceux du collège Albertville, pour leurs professeurs et leurs parents. Et cela va durer des années encore comme nous l'a expliqué l'équipe du lycée Gütenberg d'Erfurt, qui est venue nous soutenir à Winnenden. Là bas, 7 ans après la tuerie qui fit 17 morts en avril 2002, « certains craquent encore subitement, tout à coup: « ils n'en peuvent tout simplement plus».

Au centre de la cité scolaire de Winnenden, une station d'aide d'urgence a été installée, dans des containers encore. Psychologues et agents de la sécurité sociale accueillent tous ceux qui ont « besoin d 'aide ». Trois psychologues scolaires sont détachés en permanence au collège Albertville. A 12H45, des grappes de jeunes prennent leur envol, sortant des container gris surveillés par une société de sécurité. Pour Anja, 14 ans, qui bavarde avec ses copines: « ça va mieux. Mais je me réveille parfois la nuit en sursaut ». Elle était à côté des classes des victimes, le jour fatal. « Notre prof' a bouclé la porte», mais elle a tout entendu. Et puis le frère d'une copine qui était dans une salle ou Tim Kretschmer a déchargé son arme « lui a tout raconté ». Charlotte, elle, « aimerait bien revenir dans les anciens bâtiments. Les containers c'est moche et puis tellement bruyant ».

Toutes veulent que les armes soient interdites dorénavant dans les maisons familiales, chez les particuliers. Le père de Tim en avait une quinzaine, enfermées dans un râtelier de sécurité comme la loi l'exige, sauf le Beretta dont se servira son fils. Anja, Charlotte et ses amies souhaitent aussi que les jeux d'ordinateurs ou l'on s'acharne à tuer des cibles-personnages soient interdits. Mais juste à côté, dans la cour du lycée Lessing, les garçons ne l'entendent pas de cette oreille et critiquent le projet d'interdiction des jeux de tir, « ego shooter » comme on dit en Allemagne, que viennent d'adopter les ministres de l'intérieur des 16 Länder.
« Ils devraient plutôt interdire les armes, c'est ça qui tue, lance Ralph, 15 ans. Mais ils osent pas s'attaquer aux marchands et aux sociétés de tir.  Regardez Winfried, il joue 26 heures par jours à « Counter Strike » et ne fait de mal à personne ». Winfried rigole et rectifie: « il n'y a que 24 heures par jour, et je tire sur des ennemis armés, jamais sur des personnes sans armes. »

Tim, comme Robert le tueur fou d'Erfurt, avait installés de tels jeux sur son ordinateur. Il habitait avec sa famille à Lautenbach la petite ville voisine. La villa familiale est vide depuis le drame. Pourtant «la grande majorité des gens n'a pas de haine à leur égard », estime Yolda, chauffeur de taxi. »
Non loin de la villa déserte des Kretschmer, vit Hardy Schober. Sa fille, Jana, 15 ans, est morte lors de la tuerie. Il constitue avec cinq autres familles de victimes une fondation ( Aktionsbündnis Amoklauf Winnenden) « pour qu'il n'y ait pas d'autres Winnenden ». « Nos enfants ne doivent pas être morts pour rien. Il veut redonner vies aux valeurs, à l'éducation, à la conscience de la responsabilité des parents. » La fondation revendique l'interdiction des armes gros calibres, et le dépôt exclusif des armes de tir dans les clubs, hors d'atteinte des enfants. « Les jeux d'ordinateurs « ego shooter » devraient aussi être interdits ». Hardy Schober cite des études selon lesquelles l'addiction aux jeux de tir laisse toujours des traces. Conscient de l'hostilité des jeunes amateurs à tout « interdit », il sait bien que:  « ce ne sont pas tous des Amok en puissance ». « Mais le tabac ne donne pas non plus automatiquement de cancer, ce n'est pas pour cela qu'il ne faut pas l'interdire. »

Roland Dörr lui, ne croit pas qu'on puisse éviter à coup sûr tout nouvel "Amoklauf" à l'avenir. La commission d'enquête policière n'a toujours pas trouvé le mobile de Tim Kretschmer. Elle a conclu que le fait qu'il ait tué huit filles sur les neufs écoliers de son ancienne école est probablement dû à la proximité, au hasard et non à une volonté de revanche particulière. Il semble qu'il n'était pas été victime de mobbing, de vexations particulières alos qu'il était scolarisé à Winnenden. Il tuera une personne en prenant la fuite sur le trottoir de l'hôpital psychiatrique qui longe l'espace scolaire du collège Albertville. En visitant le parc, le château, ou les pensionnaires jouissent de leur liberté et côtoient les visiteurs, on découvre intrigué en lisant un dépliant destiné aux touriste qu'un certain Ernst Wagner fut enfermé ici jusqu'à sa mort en 1938. Professeur, il tua en 1913 sa femme et ses quatre enfants, avant de prendre la fuite et d'abattre douze personnes avant d'être capturé. Il sera le premier cas de "meurtirer" traité à l'asile et non enfermé en prison. Il écrira des pièces de théatre, qui n'auront aucun succès. « Son cas occupe toujours les psychiatres du monde entier». .

lundi 15 juin 2009

Steinmeier sur les traces de Schröder

Après la débâcle enregistrée dimanche 7 juin aux élections européennes avec un piteux 20,8%, l'étoile de Steinmeier, candidat chancelier du SPD et brillant ministre des affaires étrangères du gouvernement Merkel, menaçait de s'éteindre. Mais le concurrent d'Angela Merkel a franchi avec brio hier le premier obstacle de la course jusqu'au scrutin fédéral du 27 septembre prochain, au congrès extraordinaire du SPD qui se tenait hier à Berlin. Avec un discours tonique, parfait pour mobiliser les militants. « Je pars pour gagner. Les élections européennes sont une chose, les élections au Bundestag sont un tout autre chantier ».
Steinmeier est l'ex bras droit de l'ex chancelier Schröder, venu d'ailleurs soutenir son poulain dans la salle. Il a promis une « campagne fulminante ». Les sociaux démocrates qui gouvernent avec l'union chrétienne CDU/CSU depuis quatre ans, veulent montrer aux électeurs les malheurs qui les attendent si la CDU l'emporte, rompt les amarres de la « grande coalition » et gouverne fin 2009 avec les libéraux du FDP. Ce serait redonner le volant en pleine crise aux adeptes de la dérégulation à tout prix qui ont conduit tout le monde au fossé, selon Peer Steinbrück, ministre de l'économie. «  Ils veulent simplement réparer la carrosserie, redonner un coup de peinture et repartir de plus belle. »

La victoire de la CDU signifierait « le retour garanti des centrales nucléaire », assène Siegmar Gabriel, le ministre de l'environnement. Tandis que le ministre du travail, Olf Scholz, vante l'humanisme social-démocrate, soulignant l'urgence d'instaurer « un salaire minimum garanti de 7,5 euros pour tous », que la CDU comme le FDP rejettent. Une tactique qui avait -presque- fait ses preuves lors des dernières élections.
Schröder, que l'on disait battu d'avance par Angela avait refait le terrain en dressant un tableau dramatique de ce que mijotait la chancelière avec ses alliés du FDP. Le SPD finit par contraindre la CDU/CSU à gouverner ensemble.
Mais Steinmeier peut il faire aussi bien que Schröder? Il veut rassembler les suffrages de la caissière, du travailleur du bâtiment, comme des couches aisées, le « nouveau centre ».

La CDU accumule il est vrai elle aussi les défaites. Les scrutins municipaux qui se tenaient également le 7 juin en témoignent. A chaque fois elle passe à côté d'une majorité CDU-FDP. A Stuttgart, la capitale du Bas Würtemberg, elle a perdu son rang de premier parti, détenu depuis des décennies, au profit des Verts! Ses alliés du FDP se renforcent surtout en lui fauchant des voix. Et si la CDU et le FDP ne décrochent pas la majorité nécessaire le 27 septembre, les jeux restent ouverts pour le SPD et Steinmeier. Plutôt que de renouer une grande coalition la possibilité d'une alliance SPD, Verts et Libéraux, si hypothétique qu'elle puisse paraître, pourrait lui permettre de se hisser au poste de chancelier.

dimanche 7 juin 2009

Obama privilégie Sarkozy face à Merkel

On a beaucoup spéculé sur les relations Sarkozy/Obama à l'occasion des cérémonies du débarquement en France, comme on l'a fait en Allemagne à propos des relations Obama/Merkel lors de la visite du président américain à Dresde et Buchenwald. A Paris, il se dit qu'Obama aurait déçu les espoirs du président français, qui voulait profiter de son image, de sa présence, pour se mettre lui même en valeur. Les photos, repas, et rencontres familiales ont été restreintes. Obama passera la soirée de samedi seul avec les siens, à l'ambassade américaine qui jouxte la place de la Concorde à deux pas de l'Elysée.

Alors objectif raté pour Sarkozy? Vu de Berlin on a plutôt l'impression inverse. Le voyage d'Obama en Allemagne, une journée à peine, renforce à contrario l'image chaleureuse de son séjour en France. Obama ne n'est même pas rendu à Berlin, il est venu seul, sans sa famille, il a certes rencontré Angela Merkel à Dresde en tête à tête pendant une heure avant une conférence de presse commune. Mais il n'y eut ni bain de foule, ni rencontre privée, ni déjeuner commun, ni visite touristique.

Le contexte ne s'y prêtait guère, il est vrai. Lors du débarquement, l'Allemagne était l'ennemi. La visite de la Frauenkirche à Dresde, symbole de la réconciliation entre l'Allemagne et les alliés, aux côtés d'Angela Merkel, fut souriante. La cérémonie à Buchenwald poignante. L'émotion, le désarroi qui saisit chaque visiteur du camp se reflétait sur les visages.
A la veille des élections européennes, la visite du président américain en Allemagne est resté réservée. D'autant que la chancelière n'a pas du tout avec lui cette relation « à tu et à toi » qu'elle entretenait avec Georges Bush junior -qui ne cachera pas son affection pour « Angie » dont il n'hésitait pas à masser les épaules sous l'oeil des caméras. Le président américain élu, Obama, n'est pas celui qu'elle aurait souhaité. Le refus de la chancelière d'accorder au candidat Obama le droit de tenir discours et meeting à la porte de Brandenbourg, lors de sa visite à Berlin pendant la campagne des élections américaines, a laissé quelques traces. Le nouveau président américain prétend certes que non. Il assurait devant les journalistes que les relations des USA avec l'Allemagne sont excellentes, comme sa coopération avec la chancelière.

C'est son grand oncle, Charles Payne qui vendait la mèche dans un interview publié par le Spiegel le 25 mai dernier. « Pour dire la vérité j'ai été étonné (qu'Obama) se réfère à mon engagement  -dans les rangs du bataillon d'infanterie américain qui délivra Buchenwald, ndr. Nous n'en avions jamais discuté auparavant. Mais s'il va à Buchenwald, il s'agit plutôt de faire de la politique que de se préoccuper de moi. ...cette visite a peut être quelque chose à voir avec Angela Merkel. Elle ne lui a pas toujours fait la vie facile pendant la campagne électorale et depuis non plus.... ». Habituellement considéré comme l'allié privilégié des USA, l'Allemagne n' a eu droit qu'à une visite express. Sans fards. Si Obama avait traité Paris avec la même réserve on aurait certes pu spéculer sur les espoirs déçus de Sarkozy. Mais en comparant les deux visites, Obama semble avoir privilégié Sarkozy face à Merkel.

samedi 6 juin 2009

Barack ranime la mémoire de Buchenwald

Après une courte visite à Dresde, qui fut écrasée sous les bombardements en 1945, Barack Obama est allé se recueillir à Buchenwald. Un petit comité d'accueil, des jeunes surtout, l'attendait devant la tour-portail d'entrée, avec sa grille de fer forgée et sa maxime cynique: « Jedem das Seine », « chacun son dû ». Le président américain, la chancelière, et deux survivants, l'écrivain Elie Wiesel et le français Bertrand Herz, président du comité international des prisonniers, iront déposer chacun une rose blanche sur la plaque dédiée à toutes les victimes, qui conserve perpétuellement la chaleur d'un corps vivant, 37°.
Vêtues de noir, visages crispés, les quatre silhouettes semblaient perdues au milieu du vaste terre plein du camp de concentration désert. Puis, accompagnés de Volkhard Knigge, directeur du mémorial Buchenwald-Dora, les quatre entameront une visite sans témoins, et sans son sur les écrans de télé. On verra simplement leurs échanges, leurs gestes, devinant sur leurs lèvres les explications des anciens prisonniers, Wiesel et Herz.
« Il y a encore des gens qui nient l'holocauste, alors que ce camp en est le témoignage », assènera le président américain, aux côtés d'une Angela Merkel, au visage chiffonné par l'émotion. Un message adressé à l'Iran, au président Ahmadinejad, au lendemain du discours du Caire où Obama a proposé au monde musulman d'inaugurer un nouveau départ dans ses relations avec les USA.

Il avait choisi de se rendre à Buchenwald à la veille de la commémoration du débarquement, pour marquer ce lien qui unit le sacrifice des victimes des camps et celui des soldats venus d'Amérique qui délivreront les survivants. Elie Wiesel et Bertrand Herz ont tous deux vu leurs pères respectifs mourir sous leurs yeux à Buchenwald. Obama a retrouvé un brin de souvenir familial dans les décombres du camps. Son grand oncle Charles Payne, le frère de sa grand mère maternelle, était soldat de la 89ème division d'infanterie américaine qui libérera le camp le 11 avril 1945, découvrant effaré l'horreur concentrationnaire.

« Il revint aux USA sous le choc et resta des mois seuls, sans pouvoir parler. Il ne pouvait oublier ces images. En visitant Buchenwald on comprend toujours cela aujourd'hui, soulignait hier le président américain ». La chancelière rappellera elle la force de ce « pourquoi? » qui hante toujours la conscience allemande. Comment l'horreur nazie a-t-elle été possible dans ce camp, dressé dans la forêt ou le poète Goethe avait son arbre fétiche, « à huit kilomètres de la ville de Weimar, berceau d'une culture dont profita toute l'Europe ».

Dans la matinée, Barack Obama avait visité l'église de la Frauenkirche, à Dresde, le symbole de la réconciliation entre l'Allemagne et les alliés. Détruite par les bombardements qui rasèrent la ville, la Frauenkirche a été reconstruite « telle qu'elle », avec la participation de ceux qui semèrent les tapis de bombes.

vendredi 8 mai 2009

EXPOSITION ANATOMIQUE À BERLIN AVEC AMOUR POST-MORTEM

L'anatomiste allemand Günther von Hagen vient à peine de voir son exposition « Our Body » interdite à Paris, qu'il fait à nouveau sensation à Berlin avec « le cycle de la vie », jusqu'au 30 août. Éternel chapeau noir d'artiste, gilet de cuir noir sur chemise blanche, ses corps dépecés et conservés indéfiniment par « plastination » brisent un nouveau tabou. Les cadavres d'un homme et d'une femme sont installés en plein acte sexuel, dans une pièce à part, dont l'accès est interdite au moins de seize ans sans autorisation des parents b(sic!).

Au milieu des corps à vifs d'un saxophoniste, d'un joueur de foot, du sauteur en hauteur en plein exercice, et même du père Noël découpé en tranche sur un traîneau tiré par des rennes dépecés comme lui, le couple copulant a évidemment emporté le succès garanti. Photos dans les médias à l'appui et sur les sites web. L'homme est allongé. La femme assise sur son bassin lui tourne le dos, et le visiteur de l'expo peut admirer dans son corps plastiné au ventre largement ouvert, le sexe du cadavre masculin enfoncé dans le vagin en un coït perpétuel. Von Hagen vient d'inventer le porno scientifique. Quel artiste!

Le cadavre masculin appartiendrait, selon Bild, à un donateur volontaire de 51 ans, qui s'était inscrit auprès du « monde des corps », la société qui régit les expositions von Hagen, un mois avant son décès d'un cancer du poumon. Il aurait autorisé von Hagen à utiliser son corps à sa guise. Le cadavre de la femme serait également celui d'une (trop) grande fumeuse morte du cancer. Elle aurait permis à von Hagen de préparer son corps pour simuler un acte sexuel post-mortem. « Faute d'avoir retrouvé l'amour de son vivant, après le décès prématuré du premier homme de sa vie. » La curatrice de l'exposition le docteur Angelina Whalley, la femme de von Hagen, assure que les visiteurs sortent des spectacles anatomiques avec une nouvelle connaissance de leur corps et des égards qu'ils mérite. « 10% d'entre eux arrêtent de fumer ou ralentissent la cigarette, 25% se mettent au sport et 50% se préoccupent plus de leur nourriture et de leur santé. »

Reste la morale de l'histoire. Qu'est-ce qui attire vraiment les millions de visiteurs de von Hagen aux quatre coins de la planète. Le goût de la science ou le simple voyeurisme morbide? Paradoxe: les églises allemandes n'ont jamais pu obtenir l'interdiction de ses expositions qui violent, selon elle, le sacré du corps du défunt. C'est en France qu'il a été interdit sur plainte d'association humanitaires. Elles doutent de l'origine exacte des cadavres et de l'assentiment des personnes décédées avec le traitement que von Hagen leur fait subir.

Le docteur la Mort n'a pas manqué lors de la conférence de presse de présenter des « volontaires » qui ont déjà fait donation de leur corps, après leur départ. Parmi eux son père, 91 ans. La dernière expo de von Hagen à Berlin il y a quelques années avait accueilli 1,3 millions de visiteurs pour la beauté de l'art anatomique. Il sera intéressant de noter s'il fait encore mieux cette fois

dimanche 3 mai 2009

Un chef du PKK traduit en justice à Düsseldorf: résistant ou criminel?

Traduit en justice devant le tribunal de Düsseldorf depuis le 17 avril, , Hüseyin Acar est accusé notamment d'avoir contraint une jeune kurde à l'avortement, sous menace de mort. 48 ans, petit homme aux cheveux bruns, lèvres pincées, Acar est accusé par le procureur de Düsseldorf d'avoir été le chef du PKK, le parti des Travailleurs du Kudistan, en Allemagne jusqu'à son arrestation en juillet 2008 . Assis derrière une guérite de vitres blindées, il risque 5 ans de prison au moins, entre autres, pour avoir contraint une jeune kurde de 21 ans, Özlem Akan, à avorter, en la menaçant de mort. Le père du Tayfur Örüm était un cadre du PKK lui aussi, et la vie de couple et de famille est interdite dans les rangs de l'organisation rebelle kurde. Elle détournerait les militants de leurs obligations et de leur fidélité infaillible au parti. La justice allemande reproche en fait au PKK d'être « un état dans l'état », et d'imposer à ses 11000 membres en République fédérale ses propres lois, sa sa propre justice. Les témoignages rassemblés contre Acar par le procureur sont lourds. La police dispose d'écoutes de cadres du PKK décidant de rouer de coups un commerçant qui ne veut pas payer l'impôt révolutionnaire. Une punition qui devra « servir d'exemple ».

Mülsüm Y, ex-militant, explique que l'organisation kurde est devenue une « bande » impliquées dans les complots et les intrigues, préoccupée seulement d'argent. Considéré comme un renégat il est menacé de mort. Özlem Akan, quant à elle vit sous protection policière aujourd'hui. La jeune femme doit venir témoigner devant la cours. Elle et son ami Tayfur auraient rencontré le chef du PKK dans un café en août 2007. Il leur aurait fait comprendre que faute d'avorter, la jeune femme serait tuée. Effrayée elle se rendra alors dans une clinique, pour mettre fin à sa grossesse, à son quatrième mois.

Acar nie ces faits. Ils ne sont pourtant guère étonnants. Il existe bien une règle au PKK qui interdit les relations amoureuses et les enfants. Le frère d' Abdullah Öçalan l'inspirateur du PKK, Osman Öçalan en personne, ex-responsable de l'aile armée du parti a dû fuir afin de pouvoir vivre avec sa compagne et leurs enfants, dans un village en Irak. Menacé de mort il en a réchappé jusqu'ici. Plusieurs de ses compagnons n'ont pas eu cette chance. Keni Yilmaz, ancien dirigeant européen du PKK, esprit critique et brillant, est mort après avoir manifesté son indépendance à l'égard du parti d'Öçalan. Sa voiture avait été piégée par une bombe, à Suleymanie, en Irak.

Pour les troupes du PKK, dans lesquelles les jeunes femmes sont aussi nombreuses que les hommes comme le montre cette vidéo sur You Tube, le célibat est une règle de militantisme et de combat. Il permettrait entre autres d'imposer aux combattants le respect total de leurs soeurs d'armes. Andrea Wolf, ancienne sympathisant de la RAF qui rejoignit ensuite le PKK en 1993 dans les montagnes du Kurdistan ou elle sera tuée en 1998, écrivait dans son journal personnel: "j'apprécie pleinement l'interdiction des relations de couple. Je ne me suis jamais sentie si libre à l'égard des hommes, car la frontière à ne pas franchir est évidente. »

Acar, lui, a profité du premier jour de son procès pour camper son personnage. Il raconte le massacre de centaines de Kurdes alévis en 1978, dans les villages de sa région, par des turcs armés par le MHP, le parti néo-fasciste des loup-gris. Sous le regard de la police et de l'armée restées passives. Nombre des siens furent tués. Lui y perdra sa main droite. Emprisonné après avoir dénoncé l'implication de l'armée turque dans le massacre, il restera enfermé des années, soumis à la torture, au « supplice de castration » notamment. Libéré en 2001, malade, il trouvera refuge en Allemagne en tant que réfugié politique. Il ne cessera jamais en fait d'y poursuivre son combat. Özlem Akan, sa victime selon l'accusation, est issue elle d'une famille engagée dans la guérilla. Deux de ses frères sont morts au combat, avant qu'elle ne rompe avec la loi du PKK.

Le parti d'Abdullah Öçalan reste puissant en Allemagne. Il regroupe selon les chiffres des services de renseignement, 11000 membres pour 500000 Kurdes vivant en République fédérale soir 1 militant pour 45 Kurdes...au passage, c'est une proportion largement supérieure à celle des « Volkspartei » allemands, CDU ou SPD (!). Il n'est plus considéré comme une organisation terroriste, mais comme une organisation «criminelle », seulement. L'Allemagne est une base arrière pour les militants de l'organisation kurde qui l'accusent en même temps d'être -ou d'avoir été- une allié de l'oppression des Kurdes, en fournissant régulièrement en armes la Turquie, voir l'Irak du temps de Saddam Hussein.

Une vidéo du PKK contre la politique de l'Allemagne vis à vis des Kurdes.

samedi 2 mai 2009

Cortèges du 1er mai clairsemés pour les syndicats allemands

Faute de participation de leurs simples adhérents et de « la rue », les puissants syndicats allemands donnent l'impression d'être des colosses aux pieds d'argiles. Les manifestations du 1er mai étaient éparpillées hier à Berlin. La fédération des syndicats allemands le DGB rassemblait 10000 personnes devant la porte de Brandenbourg en fin de matinée, dans le cadre des manifestations organisées dans toute l'Allemagne. Au même moment quelques milliers de jeunes étaient allés se confronter aux troupes du NPD, le parti néo nazi, à l'autre bout de la capitale, ou bien se préparaient à la mini-guérilla urbaine avec la police à Berlin Kreuzberg. Un rituel du 1er mai berlinois qui a connu un regain spectaculaire cette année avec la crise, mais reste totalement étranger au monde salarié.

« Socialement en colère », la banderole rouge surplombant le cortège du Syndicat Ver.di, le syndicat des services et de la fonction publique -2,2 millions d'adhérents dans toute l'Allemagne-, donnait le ton de la manifestation syndicale. Emmené par une fanfare latino aux rythmes trépidants, chapeaux noirs et vestes aux dorures prolifiques. Mais derrière les proclamations, les troupes de l'IG Metall, le syndicat de la métallurgie -fort de 2,3 millions d'adhérents-, celles des enseignants, les cortèges des manifestants de la chimie ou de l'agriculture et de la construction paraissaient bien clairsemés, rassemblant surtout les plus de quarante ans. Devant la porte de Brandenbourg: « on reste entre nous, les militants et les fonctionnaires syndicaux, au milieu des stands et des buvettes », notait une participante désabusée. Entre le mémorial dédié aux troupes de l'armée rouge qui libérèrent la capitale allemande du « nazisme » et la porte de Brandenbourg, sur l'avenue coupant le parc du Tiergarten, s'étalaient stands, buvettes, bars à bières et à saucisses.

« Garantie de l'emploi à long terme !», affiche l'IG Metall du stand de Daimler-Mercedes. Comme l'exige la cogestion: plusieurs responsables du syndicat de la métallurgie siègent au conseil de surveillance du groupe -aux côtés d'Arnaud Lagardère entre autres. Sur le site de Berlin, la plus vieille usine du groupe, « il n'y aura aura pas de licenciement en 2009 », se réjouit Ute Hass, la présidente du conseil d'entreprise. Même si le constructeur à l'étoile vient de voir ses ventes chuter de 34%. Rien de moins! En échange les salariés doivent savoir faire des sacrifices: flexibilité maximum, chômage technique et contractions de salaires, sont la contrepartie du bouclier contre les licenciements qu'ont su imposer les syndicats dans les grandes entreprises. La président du conseil d'entreprise fait par ailleurs le procès en règle de « l'ignorance » de la direction du groupe, qui a raté le virage des véhicules économiques infligeant de sévères dommages à l'image du groupe en pleine période de chasse aux réductions d'émission de gaz toxique. La cogestion jusqu'au bout. Mais celle ci a ses limites.

Cogestion ou pas, les ouvriers de Continental de Hanovre se retrouvent sur la paille, comme leurs collègues français de Clairvoix. La direction du groupe a décidé de supprimer les 780 emplois de l'usine de Basse-Saxe, « revenant sur ses engagements à privilégier le chômage technique sur les licenciements». « Le management a rompu le consensus », regrette Hartmut Meine, dirigeant de l'IG Metall et membre lui aussi du conseil de surveillance de Continental AG, avec d'autres de ses collègues.

Débordants de rouge et voisinant le stand de Ver.di, des panneaux imposants revendiquaient vendredi: « un salaire minimum garanti, 7,5 euros de l'heure ». Une campagne permanente de pétition, qui fait référence notamment au salaire minimum français ou britannique. Les syndicats français rassemblent pourtant toutes branches confondues moins d'adhérents que le seul syndicat de la métallurgie allemand! Et nous ne cachons pas notre étonnement à l'un des animateurs du stand ou sont recueillies les signatures.

Comment se fait-il qu'avec leurs forces les syndicats allemands n'aient toujours pas obtenu un salaire minimum fédéral? «Mais on n'a pas de salaire minimum parce que la démocratie chrétienne et les Libéraux le refusent, réplique Manfred Weckner, du syndicat Verdi. Les syndicats français sont plus forts que nous, assène-t-il. Dans les manifestations ils rassemblent cent à deux cent mille personnes quand nous en rassemblons dix mille. Si nous sommes forts dans les grosses entreprises, dans la rue on ne retrouve personne, à part les habitués, les militants, les fonctionaires syndicaux. »

Une explication toujours étonnante, pour moi. Et qui donne un peu des puissants syndicats allemands en adhérents, l'image de colosses au pieds d'argile. Devant la tribune adossée à la porte de Brandenbourg, les auditeurs étaient rares à écouter les discours des dirigeants syndicaux, les milliers de manifestants arrivés une demi-heure auparavant s'étaient déjà éparpillés.

mardi 21 avril 2009

la conductrice de bus, la grenouille et le licenciement

Le 28 mars, vers 19 heures, sous un ciel lugubre, le bus de Christina, 46 ans, Française d'origine et Bavaroise depuis vingt ans, avait déjà 20 minutes de retard sur l'horaire. Ses passagers et les usagers qui faisaient le pied de grue à l'arrêt de la ligne 5, près de Regensburg, dans un froid de canard, étaient d'humeur maussades. Mais au moment de repartir, la conductrice repéra à travers son pare brise, dans une flaque une grenouille égarée, dont le sort ne faisait aucun doute si elle mettait les gaz. Christina Pommerel abandonna le volant, descendit du bus, récupéra la grenouille dans un bout de carton, et alla la déposer prestement dans un buisson voisin avant de regagner sa cabine et de mettre les gaz. Une passagère irritée pesta en grommelant « une grenouille »! Quelques jours plus tard la conductrice était convoquée à la RBO, la filiale bavaroise de la Deutsch Bahn. On lui fit remarquer -suite à une plainte-, qu'elle était au service des passagers, pas des batraciens. Christina n'en démordit pas: « ce jour là j'ai fait mon travail et j'ai sauvé une vie ».

Une convocation pour entretien avant licenciement l'attendait dans sa boîte à lettre, la veille de Pâque . Un choc pour Christina. La RBO conteste que la grenouille soit la cause du drame. La conductrice aurait accumulé ces derniers mois les retards sur horaires et les comportements fautifs à l'égard des usagers. Le chef de la RBO, Maximilain Jobst, n'en expliquait pas moins dans les colonnes u quotidien régional Mittelbayerischen Zeitung: « quand votre bus a déjà du retard, que l'ambiance est tendue et que vous prenez encore le temps de sauver une grenouille, il faut vraiment vous demander si vous n'avez pas choisi le mauvais  job. »

Une déclaration relayée de Berlin à Hambourg, qui a soulevé une tempête de protestations des amis de la nature et une vague de soutien unanime à Christina Pommerel. Aux dernières nouvelles la RBO serait prête à réintégrer la conductrice: « si elle change d'attitude ». Et la filiale de la DB affichait ce dimanche en une de son site web, sous l'image d'une superbe grenouille rouge: « nous aussi nous freinons devant les animaux ». Pour l'instant c'est tout de même Christina Pommerel qui a freiné la première.

L'histoire de son licenciement rappelle un peu Kafka, et le licenciement de Barbara la caissière du super-marché, Pour 1,30 euros.

jeudi 16 avril 2009

Le rejet du Mon 810 renforce la fronde contre Bruxelles et Monsanto

Ilse Aigner, ministre allemande de l'agriculture et démocrate chrétienne bavaroise (CSU), a beau répéter que sa décision d'interdire le maïs génétiquement modifié de Monsanto n'a rien de politique, on peine à le croire. 70% des Allemands sont hostiles aux OGM. Et les agriculteurs bavarois en particulier rejettent le « Mon 810 ». Ils tiennent à l'étiquette « produits naturels » de leur Land ou l'on exploite beaucoup de champs de petites ou moyennes dimensions. Comment garantir que les semailles génétiquement modifiées ne contamineront pas le champs voisin, fidèle au maïs naturel.

Le rapport de Monsanto sur la surveillance des champs d'OGM qui représentent 0,2% des surfaces cultivées en Allemagne, n'a pas fait l'unanimité des experts, souligne la ministre. Les risques sont trop grands insiste la fédération bavaroise des agriculteurs. Autoriser le Mon 810 aurait été donc été suicidaire pour la CSU, à la veille des élections européennes le 7 juin. Elle doit en effet avec ses seuls voix bavaroises rassembler au moins 5% de la totalité de l'électorat allemand pour siéger au parlement européen en tant que parti autonome, au même titre que la CDU d'Angela Merkel.
Un objectif impossible à atteindre sans l'électorat paysan, auquel les Verts bavarois font du charme, non sans succès

. La décision d'Ilse Aigner recueille du coup les approbations d'un front hétéroclite, allant des organisations écologiques jusqu'au parti la gauche d'Oskar Lafontaine en passant par les Verts ou le SPD. Du côté de la CDU par contre les dents grincent. La ministre de la recherche d'Angela Merkel, Annette Schavan, le parti libéral, regrettent une décision fâcheuse pour la bio-technologie. « Nous freinons le développement des techniques du futur», renchérit Peter Bleser, porte-parole de la CDU pour les questions agricoles au Bundestag.

C'est un sacré revers aussi pour Bruxelles. En rejoignant, aux côtés de la France, de la Grèce, de l'Autriche, de la Hongrie et du Luxembourg, le front du refus du Mon 810, l'Allemagne lance le moteur franco-allemand contre la commission européenne, qui a donné son feu vert à Monsanto depuis longtemps.
le MON 810, fut homologué dés 1998 par l'Autorité européenne pour la sécurité des aliments (EFSA). Celle-ci devrait recommander prochainement le renouvellement de son homologation décenale. En décembre 2007, le prédécesseur d'Ilse Aigner, Horst Seehofer, bavarois lui aussi, avait donc autorisé à demi-contraint le Mon 810, tout en plaidant à Bruxelles pour un moratoire sur les OGM.
Il exigeait que les homologations soit dorénavant délivrées seulement par des « autorités scientifiques qualifiées », réclamant que les «avis critiques » soient mieux pris en compte.

Ilse Aigner a franchit le pas et motive notamment sur le fond sa décision contre Bruxelles, à partir d'une étude de l'école supérieure de technologie de Zürich (Institut für Integrative Biologie)! Celle-ci souligne que le Mon 810 ferait des ravages chez les puces aquatiques aquatiques et les coccinelles. et avait déjà influé sur le rejet en mars dernier du Luxembourg.
mon billet reprend l'article écrit pour la Tribune de Genève, le 15 avril.

mardi 14 avril 2009

Berlin la capitale verte en déficit de jeunes pousses

« Berlin perd les arbres de ses rues » s'alarme la fédération pour l'environnement et la protection de la nature (Bund), qui vient d'inventorier les trottoirs de la ville. Pourtant, pour le promeneur, les arbres paraissent toujours aussi nombreux, prolifiques. Un craquement sinistre, les sirènes des pompiers, le mugissement des scies qui découpent en morceau l'arbre qui barre la rue, et puis un vide devant la terrasse du « café restaurant Tapas » dans la Goltzstr, à Berlin Schöneberg. Il y a un arbre de moins, un trou de plus sur un trottoir. Des arbustes chétifs sont certes replantés ici et là par la municipalité, un sponsor, ou un particulier, dans le cadre de la campagne « arbres pour Berlin » impulsée par  « Bund ». Mais ils ne remplacent qu'à moitié ceux qui disparaissent. 3000 arbres au moins disparaissent chaque année. 15 000 en tout de 2005 à 2007, et 8800 seulement ont été replantés. Soit une perte sèche de 6000 arbres victimes de la sécheresse, des tempêtes, empoisonnés par les émissions des véhicules, du chauffage, des immeubles, des usines. Sans compter les travaux divers qui privent d'espace les racines, les déchets, l'urine des chiens, ou les dégâts engendrés par les camions qui manoeuvrent.

Un petit drame au total pour une ville célèbre pour ses tilleuls, et leur avenue: « Unter den Linden ». Ses arbres la colorent au printemps et la protègent des chaleurs en été: il fait environ 5 degré de moins dans une rue boisée que sur des trottoirs sans verdure.
Berlin a certes des réserves. Avec son « Tiergarten » qui soude l'est et l'ouest de la ville d'un immense espace vert. Un peu comme si à Paris le bois de Boulogne s'étendait entre Concorde et Nation.
Capitale la plus verte d'Europe, elle compterait environ 420000 arbres, selon la municipalité, et n'aurait jamais été si verdoyante. Sans compter les arbres des cours des immeubles, des jardins et espaces privés. « Une perte de 0,5% par an ne saute pas aux yeux évidemment reconnaît Anke Wilharms, responsable du Bund. Mais cela conduit inéluctablement au fil des années à ce que Berlin soit de moins en moins verte. »

Les comptes de la municipalité berlinoise seraient truqués selon le Bund, car ils cumulent les arbres des parcs et des places avec les arbres de rues. Dans tous les arrondissements berlinois, à l'exception de Berlin-Mitte et Berlin-Friedrichshein-Kreuzberg -administré par les verts- celles-ci seraient déficitaires selon l'étude du Bund. Et certains chiffres sont alarmants. Steglitz-Zehlendorf affiche 1.650 pertes et 411 nouvelles pousses, Pankow 2.771 pour 1269 arbres replantés, Spandau 65 nouvelles pousses pour 630 chutes. C'est le fruit d'une politique rigueur qui coupe les crédits pour replanter les arbres, réduits les effectifs du personnel chargé de l'entretien des espaces verts et confie éventuellement ce soin à des entreprises privées.

Ici et là un commerçant, un immeuble, prennent soin de « leur» arbre, l'encadrent de bancs qui le protègent, l' arrosent si besoin, et plantent quelques fleurs autour. A quelques pas par contre son voisin est délaissé, à l'abandon.

Tout le monde ne partage pas ceci dit les analyses de la fédération pour l'environnement et la protection de la nature. Le Pr Dr en espaces verts Hartmut Balder estime lui qu'il faudrait couper 50000 arbres à Berlin, qui couvrent les façades des immeubles et enferme la poussière dans le tunnel de leurs couronnes. Une affirmation que contredit le Bund: Berlin avait 411091 (sic!) arbres avant guerre, 160000 en 1946, et aujourd'hui 419000, rien de trop!

jeudi 9 avril 2009

Lidl, Airbus, Deutsche Bahn, Deutsche Telekom, les salariés espionnés.

Depuis des mois les scandales d'espionnage des salariés et d'utilisation frauduleuse de leurs données personnelles se succèdent sans répit. Et il suffit parfois de se baisser pour en ramasser les preuves. Avant d'aller faire sa partie de tennis hebdomadaire, Regina Schulze s'était arrêtée dans un station service de Bochum, dans la Ruhr, pour laver sa voiture. En vidant son coffre, elle trouve dans la poubelle de la station un tas de formulaires, déposés là par un client précédent. Repérant le sigle de Lidl, elle prend, intriguée, quelque dizaines de formulaires pour les examiner de près. Ils contiennent notamment un mini-dossier médical de salariés de la chaine de magasins Discount: « veut un enfant, échec de la fécondation artificielle », « suit un traitement en psychothérapie », « opération d'une tumeur sans gravité».

Choquée, elle contacte l'hebdomadaire de Hambourg, der Spiegel, qui lui demande de retourner vider intégralement la poubelle. Après inventaire des centaines de pages récupérée on s'apercevra qu'ils concernent plus de six cent salariés, dont les données personnelles ont ainsi été balancés au quatre vent, maladies y compris de la grippe aux excès de tension, et opérations diverses. Toutes données datant de moins d'un an. Or en mars 2008 le groupe de magasins discount s'était déjà fait repérer pour l'espionnage systématique d'employés par des détectives privés qui relevaient scrupuleusement leurs habitudes, leurs problèmes familiaux et financiers. Les services fédéraux de protection des données personnelles avaient alors instruit une enquête. Et en septembre dernier le roi du Discount était condamné a 1,5 million d'amendes. En pure perte, semble-t-il. Cette fois le groupe vient de licencier son directeur pour l'Allemagne Frank Michaël Mros, mais cela mettre-t-il un terme aux scandales?

Selon Claudia Roth, présidente du parti Vert: « L'Allemagne est devenue le Far west de la protection des données personnelles. Les autorités et les entrepreneurs s'estiment au dessus des lois ». « Nous avons besoin d'un état de droit qui garantisse la protection des données des salariés, renchérit Gisela Piltz, porte parole du groupe parlementaire du parti libéral, et permette que les fauteurs soient sévèrement punis. Même la lutte contre la corruption qui sert en général de prétexte aux employeurs ne doit pas rendre le salarié transparent. »
Car de Lidl aux Telecoms en passant par la Deutsche Bahn et Airbus, l'espionnage des employés n'a pas de frontière.

On apprenait ainsi la semaine dernière qu'Airbus Allemagne avait effectué en 2007 des croisements de données des numéros de compte bancaires de ses 22000 salariés avec ceux des fournisseurs de l'entreprise, dans le cadre d'un audit de l'entreprise. Les représentants du personnel n'ont été informé de cette démarche qu'en 2008, après la nomination de Joachim Sauer à la tête des services du personnel de l'entreprise. Or selon les accords en vigueur dans l'entreprise depuis 1997, les représentants des salariés auraient dû « être informé à l'avance de ces démarches auxquelles ils devaient donner leur accord, explique Rüdiger Lütjen, président du conseil d'entreprise, qui vient d'entreprendre des poursuites judiciaires. Le vice-président des services de protection des données personnelles de Hambourg, ou se situe le principal site du groupe aéronautique, Hans-Joachim Menzel, souligne que la procédure n'est pas correcte. Si les « comparaisons de données bancaires peuvent être compréhensibles dans le cadre de la lutte contre la corruption, elles doivent s'appuyer sur des faits ». Il est impossible qu'elles soient ainsi systématiques. Et il serait nécessaire aujourd'hui de préciser « à partir de quels critères juridiques elles peuvent être entreprises ».

En Attendant, les découvertes successives de la commission d'enquête sur les pratiques de la Deutsche Bahn à l'égard des données de ses employés ont contraint fin mars le président Hartmut Mehdorn -un ancien d'Airbus- à la démission. Les comptes bancaires des 173000 salariés avaient été eux aussi croisés avec ceux des 80000 sociétés partenaires de la DB, dans le cadre de la lutte anti-corruption. L'entreprise filtrait par ailleurs systématiquement les e-mail transitant pas ses services, n'épargnant ni les syndicats, dont certains mails étaient détruits avant qu'ils ne parviennent à leur destinataires, ni les journalistes, parlementaires ou experts spécialistes des transports. Un millier de responsables de la compagnie étaient particulièrement « sous surveillance ». Au nom de la lutte contre la corruption, la Deutsche Bahn voulait en fait démasquer tout critique en son sein, et repérer ses contacts.

Précurseur, Deutsche Telekom avait de son côté placé membres du conseil de surveillance du groupe, dirigeants et syndicalistes sous écoute en 2005-2006. Et selon les dernières révélations du quotidien de Francfort « Frankfurter Runschau », le Konzern des télécommunications aurait même permis aux services de la police criminels d'utiliser les données de millions de ses abonnées au lendemain du 11 septembre 2001, dans la recherche de réseaux terroristes «  dormants ». Une assertion que dément la police criminelle. Qui croire direz vous?

Mon billet reprend en partie un article écrit le 7 avril pour La Croix.

vendredi 20 mars 2009

Le modèle allemand en panne de recettes face à la crise

Être le premier exportateur de la planète -en ce qui concerne les produits manufacturés tout au moins- est une médaille qui a son revers. L'Allemagne est d'autant plus frappée par la crise actuelle que son économie est façonnée pour répondre à la demande extérieure. Lorsque celle-ci s'effondre le « modèle allemand » n'y peut pas grand chose. La République fédérale était redevenue performante ces deux dernières années, prenant la tête du peloton européen et voguant vers l'équilibre budgétaire en plus de celui de la balance commerciale. Au début des années 2000, record à l'exportation ou pas, elle était la lanterne rouge de l'Europe. Avec une croissance en panne, un volant de chômage incompressible, et une consommation intérieure trop timide pour relayer la panne de commande sur les marchés extérieures. Du coup même l'équilibre budgétaire était menacé, faute de rentrées fiscales et Berlin ne respectait plus les critères de Maastricht. Un comble. A l'époque, la France, semblait même prendre l'avantage sur le plan de la croissance économique. La part de l'industrie représente environ 25% des emplois allemands, contre 15% en France.

L'horizon semble replonger l'Allemagne dans les mêmes épreuves. Le chômage est reparti à la hausse avec 3,55 millions d'inscrits, 65000 de plus que le mois précédent. C'est la plus forte croissance des sans emplois depuis 2005. Les réformes du marché du travail et de réduction des prestations chômage imposées par le gouvernement Schröder, n'auront pratiquement pas d'effet face à la crise actuelle, s'accordent à pronostiquer les experts.

La crise prend l'Allemagne d'autant plus au dépourvu qu'elle semble remettre à l'ordre du jour des mesures économiques totalement discréditées outre-Rhin depuis les années soixante-dix au moins. Les plans de relance, les aides publiques à l'industrie, les participations de l'état au capital des entreprises, voire leur nationalisations, sont considérées comme des remèdes dont les conséquences sont pires que le mal qu'ils étaient censé guérir. La nationalisation de la banque Real Hypo Estate, l'aide financière de l'état au constructeur automobile Opel, voir au groupe Schaeffler étouffé par le rachat de Continental, sont d'abord des tabous qui doivent être remis en question. Le modèle allemand, « l'économie sociale de marché », exclu à priori ce type de mesures. Selon les préceptes de son fondateur, Ludwig Erhardt, chancelier au début des années soixante, le marché doit rester le maître d'oeuvre de l' économie. Le tournant vers la politique de l'offre, impulsé au cours des années soixante-dix sous la houlette du chancelier Schmidt, contre la politique de Willy Brandt, renforce encore ce principe.

Depuis cette date les plans de relance, Keynes et le Keynesianisme sont « hors la loi » dans les milieux économiques allemands, de l'université à l'entreprise. Et le modèle allemand d'ailleurs est devenu du coup une étiquette qui n'a plus grand chose à voir avec le modèle d'origine. La mondialisation, la création de l'Euro aidant.

Restent les relations sociales fondées sur la cogestion de l'entreprise, la participation des syndicats à la marche de l'économie, le pilier social de l'économie sociale de marché. Elles permettent incontestablement d'amortir le choc de la crise. La réduction de temps de travail est une marque de fabrique du syndicalisme, imposée et négociée avec le patronat dans la métallurgie allemande au cours des années quatre-vingt-dix. « La semaine de 35 heures que nous pouvons réduire jusqu'à 28heures permet de réduire la production tout en préservant l'emploi dans l'entreprise, souligne aujourd'hui Martin Winterkorn, patron du groupe VW ». Dans les secteurs ou les syndicats sont trop faibles ou inexistant le paritarisme du modèle allemand à son revers. Les syndicats tentent d'y imposer un salaire minimum. Une gageure hors de l'intervention directe de l'état.

jeudi 19 mars 2009

VIOLENCE EN RECUL ALCOOL EN HAUSSE CHEZ LES JEUNES ALLEMANDS

Contrairement aux idées reçues la violence chez les jeunes de 15 ans en Allemagne est en recul selon le rapport de 127 pages de l'Institut de recherche en criminologie de Basse-Saxe (Kfn), une étude réalisée auprès de 46100 adolescents, dans 61 zone représentatives de l'est et de l'ouest du pays. Mais le racisme s'enracine et l'alcool gagne du terrain. Pour Dirk Baier, sociologue au Kfn, les médias n'ont surtout que les aspects négatifs du rapport qui vient d'être publié, l'enracinement des idées racistes chez les 15 ans en tout premier lieu, 15 pages sur 127.

Le rapport met en lumière pourtant des évolutions très encourageantes. 16,9% des jeunes ont certes été confrontés à la brutalité en 2008. 11,7% ont été agressés physiquement, 4,9% ont eu affaire à un vol ou du racket. « Mais contrairement aux impressions selon lesquelles tout se dégrade pour l'ensemble de la jeunesse, plus des trois quart des 15 ans d'âge n'ont jamais eu à subir la violence, ou la criminalité au cours des 12 derniers mois. Ceci signifie tout simplement que pour la grande majorité des jeunes cela se passe plutôt bien. » Les comparaisons que l'on peut faire par rapport aux recherches des années précédentes « démontrent par ailleurs que dans les régions observées, la violence est en recul ou bien stable. » Dans les huit grandes villes concernées la violence touchait en 1998/1999, de 17,3 à 24,9% des jeunes de quinze ans. De 2005 à 2008, les taux d'agressions ont été réduits de 11,5% à 18,1%.
Ces chiffres concordent avec la réduction de 31,3% des aides d'urgence pour blessures à l'école enregistrées de 1997 à 2007.

« La prévention, qu'elle soit le fait de la police ou des travailleurs sociaux, ça marche donc. « La proportion des jeunes originaire de l'immigration turque ou arabe auteurs d'actes violents est supérieure à celle des jeunes allemands. Cela tient au fait notamment qu'ils sont eux même plus souvent soumis ou confrontés à la violence dans leur environnement familial. » Mais l'on constate également une intégration croissante des jeunes de ces milieux. A Hanovre par exemple le nombre de jeunes migrants qui décrochent le certificat de fin d'étude secondaire ou postulent au baccalauréat est passé de 52 à 67,5%.

« Parmi les aspects négatifs du rapport par contre, le premier concerne évidemment l'importance du racisme latent chez les jeunes de 15 ans, dans leur tête au moins. » 29,7% d'entre eux estiment ainsi qu'il y a: « trop d'étrangers en Allemagne ». 14,4% font part ouvertement de leurs idées racistes. 5,2% en font même une activité militante dans un parti ou un groupe néo-nazi tandis qu'un peu plus de 4% des jeunes de 15 ans s'affirment anti-sémites. L'appartenance ou les sympathies entretenues avec des groupes ou des partis d'extrême droite est très différente selon les régions et les zones d'observation. La consommation de boissons alcoolisées est enfin l'un des points noirs du rapport. 53,8% des 15 ans d'âge ont consommé au moins cinq verres, à l'occasion d'un soirée aux cour des derniers mois. 22,8% boivent de l'alcool, au moins une fois par semaine. La publication du rapport du Kfn au moment du drame du tueur fou de Winnenden est pure coïncidence, souligne enfin Dirk Baier. Et si l'Allemagne est le second pays après les Usa à être la victime de ces tueries, leur nombre très restreint rend toute étude hypothétique.

Ce billet reprend un article publié dans la Croix le 19 mars. Voir également ma revue de presse allemande.


Bloc Note

Musiques:



Histoires
en photos

Une "vieille" photo qui me tient à coeur, à Leipzig en 1989, il y a bientôt vingt ans, le mur tombe, on vient s'informer sur le kiosque, devant la salle de concert du Gewandthaus, de quoi l'avenir sera-t-il fait?

Marathon berlinois 2008 sous un ciel bleu comme la Méditerranée, et en arrière fond, vous ne les voyez pas, la photo est trop réduite, mais ce sont des danseuses danoises qui font la samba d'honneur aux coureurs imperturbabes.

Marathon berlinois toujours. Cette fois on voit mieux marathoniens et danseuses.