jeudi 31 janvier 2008

Trois majorités possible et un "tabou" encombrant

La grande coalition CDU-SPD s'est imposée lors des élections de 2005, dés la défaite de Schröder face à Merkel. Il existait pourtant une majorité de gauche mathématique au Bundestag, constituée par le SPD, les Verts et le PDS/Die Linke de Lafontaine Gyzi. Mais il était hors de question pour Schröder de se faire réélire chancelier avec les voix du parti issu du SED -qui dirigea la RDA- et du courant social démocrate regroupé derrière son frère-ennemi Lafontaine, ex-président du parti social-démocrate.
Le SPD n'en utilisa pas moins à plusieurs reprises l'argument de la majorité "sociale" élue au Bundestag
(SPD, Verts, PDS), pour tenter de maintenir Schröder à son poste ou pour peser dans les négociations sur le programme de la grande coalition, face au libéralisme de la CDU.
Schröder laissait par ailleurs les mains libres au SPD dans les Länder. A l'est en tout cas. A Schwerin (Mecklembourg Pommeranie occidentale) et à Berlin, les sociaux démocrates gouvernent ou ont gouverné en alliance avec le PDS, à Magdebourg en Saxe Anhalt, avec son soutien tacite au Landtag. La question ne se posait pas encore à l'ouest. La Gauche" a obtenu des élus pour la première fois à Brème en mai 2007.

La Hesse se retrouve à son tour dans ce cas, avec cinq partis élus au parlement du Land -comme au Bundestag- et trois majorités possibles: une grande coalition CDU-SPD, une coalition "Ampel", SPD-Verts-Libéraux, Une coalition "Jamaïca", CDU-Libéraux-Verts, et la coalition tabou: SPD-Verts-La Gauche.
Le SPD n'en veut pas, la direction des Verts non plus. Seule "la Gauche" propose à Andrea Ypsilanti, candidate du SPD au poste de ministre président, de l'élire, en posant qelques conditions à son soutien, qui ne sont guère éloignées du propre programme de campagne du SPD.

clip de campagne de "La Gauche", pour la justice sociale, le salaire minimum, l'éducation et la formation pour tous, l'impôt sur le richesse...


Qui se ressemble se repousse et qui se contredit s'attire!
Si l'on compare les programmes des partis qui viennent de participer à la campagne électorale en Hesse, celui de la gauche n'est pas à des kilomètres de ceux du SPD et des Verts. Qu'il s'agisse de la politique sociale, énergétique ou de la réforme scolaire. Mais c'est pourtant avec les Libéraux du FDP, dont le programme de campagne est à l'opposé de celui du SPD que les sociaux démocrates et les Verts veulent constituer une alliance pour obtenir une majorité au Landtag et éviter ainsi une grande coalition CDU-SPD.
Le FDP est pourtant opposé au tournant alternatif que propose Ypsilanti dans le domaine de l'énergie; au salaire minimum qu'elle voudrait instaurer en Hesse et puis dans l'ensemble de l'Allemagne; à la réforme scolaire généralisant le collège unique en lieu et place du système scolaire à trois niveaux en place actuellement. Le FDP est par contre favorable à l'agrandissement de l'aéroport de Francfort, auquel le SPD et les Verts s'opposent.

Joshka Fischer, père des Verts de la Hesse, ou il fut élu premier ministre de l'environnement Vert d'Allemagne, est venu à Wiesbaden faire campagne contre Koch.


Le SPD et les Verts avancent plusieurs arguments pour expliquer cette contradiction. S'allier avec la Gauche est impossible parce que c'est un parti dont le but premier est de déstabiliser le SPD. Il est impossible pour les sociaux démocrates de faire quelque confiance que ce soit au populiste Lafontaine. Ses élus au Landtag veulent s'opposer, faire du parlement une tribune et non pas gérer, gouverner le Land. Les équipes de ce parti à l'ouest et particulièrement en Hesse sont totalement chaotiques, constituées d'anarchistes, d'ex communiste du KDP, incapables d'une action cohérente et soutenue. Même un gouvernement minoritaire SPD-Verts, toléré par la "Gauche", c'est à dire bénéficiant de ses voix contre la CDU et le FDP, serait en permanence menacé par leurs lubies. Il y a entre les partis établis et la "Gauche", une différence de culture politique qui rend une alliance avec eux impossible.
Une alliance avec les Libéraux serait fiable au contraire, même si elle est limitée à quelques points sur lesquels les trois partis devraient s'entendre, en ce qui concerne la défence des libertés individuelles ou la conception de la l'ordre public -en se différenciant sur ce point de la CDU de Koch.
Ces arguments sont contestés, en tout ou partie, au sein même du SPD et des Verts. La "Gauche" n'a pas pour vocation par principe de s'opposer, de critiquer, pour ne pas gérer. L'expérience de Berlin le prouve. Le courant syndicaliste -venu notamment de l'IG Metall-, les sociaux démocrates rassemblés par Lafontaine n'ont pas changé de culture en constituant "la gauche". Ils estiment toujours être de vrais sociaux démocrates, partisans de réformes sociales favorables aux plus défavorisés, dans le cadre du système actuel. Une alliance avec les Libéraux condamnerait les Verts à manger leur chapeaux, qu'il s'agisse des énergies alternatives ou de la politique sociale. Il est possible au contraire de s'entendre avec la "Gauche", qu'elle participe au gouvernement ou non sur un programme mimum cohérent.
"La grogne serait croissante, si l'on en croit die Tageszeitung, à la base chez les Verts contre la ligne de la direction du parti qui s'accroche à la solution d'une coalition avec le FDP revendiquée par le SPD." Les Verts de Hanau ont ainsi lancé un appel à la base du parti en Hesse dans lequel ils assurent être: "proches des militants de la "Gauche", syndicalistes, pacifistes, alter-mondialistes. Nous les Verts sommes responsables en grande partie de la constitution et du développement de la Gauche, qui est la réponse à une politique sociale et une politique de paix manquée de l'alliance rouge-vert (SPD-Vert) qui a failli au niveau fédéral." Daniel Cohn-Bendit, député vert européen, ou Rupper von Plottnitz, ancien ministre de l'environnement vert en Hesse, plaident pour qu'Ypsilanti se fasse élire au poste de ministre président par les voix du SPD, des Verts et de la Gauche, "un parti social-démocrate de gauche comme il en existe des tas en Europe". Le débat ne fait que s'ouvrir sur un tabou qui s'avère encombrant.
Reste un argument lourd, avancé dans le Spiegel de cette semaine par Peer Steinbruck, ministre des finances du SPD: "un rapprochement avec la Gauche rapporterait manifestement moins de voix au SPD qu'il ne lui en ferait perdre au centre." Mais ne peut on renverser la question: le refus d'alliance avec la Gauche ne coûte-t-il pas plus de voix au SPD -à gauche-, qu'elle ne lui en rapporte au centre?

mardi 29 janvier 2008

Politique, cocasse et langue de bois

La nuit des résultats du scrutin en Hesse, à Wiesbaden, fut un parfait Krimi comme on dit ici. La victoire de la candidate sociale démocrate, Andrea Ypsilanti, annoncée dés les premières estimations, face au ministre président démocrate chrétien Roland Koch, donnait le ton de la soirée. C'était un peu David contre Goliath. Personne, il y a encore quelques semaines, n'aurait parié le moindre cent sur elle. Elle avait à force de patience et de persuation su renverser les montagnes. Dans son parti d'abord ou elle a du s'imposer contre les mamouths, à commencer par Schröder. Dans l'électorat ensuite en triomphant face au sortant. Et puis tout à coup alors qu'approchait minuit, les résultats officiels inversaient la tendance annoncée par les estimations. Koch était resté le plus fort, de 0,1%, avec 36,8 contre 36,7. Un dixième de point d'avance qui n'empêchait pas Ypsilanti de faire figure de vainqueur politique des élections, alors que le vainqueur "mathématique" enregistre une vrai débâcle. Mais tout de même! 3500 électeurs de différence pour Koch, font qu'elle ne peut plus se considérer comme "la première".
Angela Merkel ne s'est pas fait faute dés le lendemain lundi de le souligner: Koch est arrivé premier, il a donc mandat de constituer une majorité. Une fermeté cocasse de la part de la chancelière. Son calcul est mathématiquement correct, et politiquement absurde. Sachant que la majorité dont rèvait Koch avec le FDP est de toute façon impossible faute de sièges en nombre suffisant au Landtag, il ne lui reste plus que la solution grande coalition, CDU, SPD. Une hypothèse que Merkel, Koch, comme Ypsilanti jugeait encore absurde et impraticable la veile du vote!
La chute impressionnante de 12 points environ qu'a dû encaisser Koch, alors que son adversaire social démocrate accroissait de plus de sept points le score de son parti, est incontournable pour tout esprit réaliste. Koch a beau être un dirigeant de la CDU à poigne, tout le monde sait compter! Quelle autorité politique peut-il afficher aujourd'hui face à ses adversaires politiques, en Hesse comme à Berlin. Quelle influence va-t-il exercer encore dans son parti, ou il tenait jusqu'à présent le rôle de n°2, derrière Angela? Sur ce plan, le discours officiel de la chancelière, ou des portes paroles de la CDU, secrétaire général ou chef du groupe parlementaire, est un modèle de langue de bois. RAS, ou presque. Tout continue comme avant. Comme si les électeurs, les spectateurs et les auditeurs qui s'intéressent un mimum à la question, en Hesse en premier, pouvaient être dupes, aveugles
Mais le plus cocasse encore est évidemment que la campagne initiée par Roland Koch contre la délinquance des jeunes étrangers, aux relents xénophobes, ait eu cet effet boomerang. Loin de lui sauver la mise face à Ypsilanti, comme il le croyait, elle lui a valu sa défaite. La leçon servira-telle?

jeudi 24 janvier 2008

Il faut le voir pour le croire

Rien, absolument rien ne peut remplacer le reportage sur place. La lecture de la presse, le dépouillage des dépêches, les news piquées ici et là, le coup de fil, le surf' sur le web, en gros ou en détail, ne résistent pas au contact en direct.
Un voyage rapide en Hesse, trois jours à Wiesbaden et à Frankfort, m'en ont convaincu, une fois de plus. Depuis décembre, les élections régionales du 27 janvier dans la Land font la une de l'actuaité allemande. Pas un jour sans que les titres de une, les interviews, les réactions diverses, ne reviennent sur la campagne du ministre président démocrate chrétien Roland Koch contre la délinquance des jeunes immigrés. Ils seraient trop nombreux en Allemagne, selon lui, et sont coupables à eux seuls de la moitié des délits et violences de leur tranche d'âge, les moins de 24 ans.
Vu de Berlin on a l'impression que le thème polarise la vie politique depuis trois semaines et structure donc la campagne électorale, le scrutin et ses résultats dimanche. Après quelques heures sur place, les contacts, les discussions, la tonalité de la campagne effacent cette impression. La délinquance, les jeunes immigrés ne sont pas la préoccupation prioritaire des électeurs de Hesse. Il n'est même pas certain que cette question détermine sur le fond le vote et le choix des électeurs entre Roland Koch et sa concurrente Andrea Ypsilanti (SPD) dimanche, pour ne pas parler des autres candidats. Selon un sondage ce problème interpellait 3% des électeurs en décembre, avant que la CDU de Roland Koch ne mette en route ses batteries de campagne pour en faire le thème de débat central qui concerne aujourd'hui 33% des votants.
Mais en décembre comme aujourd'hui la question centrale qui préccupe l'électorat c'est l'école, la formation, la réforme scolaire qui a raccourci en Hesse -comme dans d'autres Länder- la préparation du bac à 8 ans depuis la cinquième classe et renforcé encore la sélection d'un système scolaire hyper-sélectif. Mise en avant depuis depuis des mois par la candidate du SPD la question de l'école a sans doute contribué à faire l'essentiel de son succès. Un succès tel qu'elle fait aujourd'hui jeu égal avec Koch, ce que personne n'aurait pronostiqué il y a trois mois. Elle propose de revenir à la préparation du bac (Abitur) en 9 ans et de multiplier les collèges uniques, dans lesquels les élèves seront "sélectionnés" en troisième (9 ème classe) et non plus dés la 5 ème classe, l'équivalent du CM2 français. La question travaille tous les parents -et même les grands parents qui assistent aux difficultés scolaires de leurs petits enfants. Ypsilanti, connue pour avoir critiqué les mesures de réforme du "marché du travail" de l'ex chancelier Schröder qui ont déçu une part significative de l'électorat du SPD, a complété son profil social dans la campagne avec une pétition pour le salaire minimum.
Roland Koch est un peu comme le lapin de la fable. Il a tenté de rattraper son retard en lançant fin décembre sa campagne contre les jeunes immigrés. Trop tard. Il aura énormément de mal à sauver la mise dimanche, s'il la sauve. Il serait idiot bien sûr de croire que la question ne mord pas du tout sur l'électorat, ça va de soi. Mais elles n'a pas du tout l'impact qu'elle a pris à Berlin et dans les médias. Et elle semble sur place, plaquée, pour les élections. Il faut aller le voir pour le croire. A l'heure d'Internet, le reportage sur place, reste irremplaçable.

Ypsilanti, Koch, en campagne.

jeudi 17 janvier 2008

Merkel, Sarkozy, à chacun sa conférence de presse

Le président de la République française et la chancelière allemande ont dû l'un comme l'autre, à une semaine d'intervalle environ, reprendre le gouvernail et réaffirmer leur profil. Sarkozy parce qu'il avait été totalement pipolisé les semaines précédentes(?) par son coup de foudre médiatisé avec la chanteuse Carla Bruni -ce qui n'est tout de même pas la fonction première d'un président de la République.

Merkel parce qu'elle s'est laissé embarquer par Roland Koch, ministre président démocrate chrétien du Land de Hesse (Francfort, Wiesbaden) dans une campagne électorale "raciste", selon le consistoire des juifs en Allemagne et la communauté turque. Une campagne contre les délinquance des jeunes immigrés. Le NPD, parti néo-nazi, la soutient à 100%, et elle risque de laisser des plumes si Koch est battu lors des élections régionales dans la Hesse le 27 janvier.
Angela Merkel l'a faite sereine, avec la pointe d'humour nécessaire -mais légère- pour écarter quelques questions piquantes. C'est son style. Elle a fait passer comme une lettre à la poste son double rôle: sa participation à la campagne électorale de Roland Koch en Hesse en tant que présidente de la CDU, contre le SPD, et son rôle de chancelière, "au dessus de la mélée", à la tête de la grande coalition, SPD-CDU.
Sarkozy lui paraissait plus donneur de leçon à l'égard des 600 journalistes convoqués à l'Elysée. Sa diatribe contre le directeur de Libération qu'il a voulu remettre en place en expliquant qu'une "monarchie élective" est un contre sens en soi, en est un bon exemple. On imaginait bien Merkel, renvoyant ce type de question avec humour d'une courte phrase. Sans en faire trop.
Les médias allemands ont retenu de la conférence de presse du président français, sa volonté de faire vivre son nouveau concept de "politique de civilisation", la "fin annoncée des 35 heures" et de la publicité sur les chaines publiques, sa déclaration de mariage -sans date précise- avec Carla Bruni ("c'est du sérieux"), ou sa proposition d'un siège pour l'Allemagne au conseil de sécurité de l'ONU, au même titre que pour le Brésil, l'Afrique du Sud ou l'Inde...ce qui agace, ici! La presse allemande soulignait par ailleurs le septicisme croissant vis à vis des promesses de Sarkozy, en particulier à l'égard de la croissance du pouvoir d'achat.
lire Berliner Morgenpost|lire également Berliner Zeitung
La chancelière quant à elle a profité de sa conférence de presse pour envoyer deux messages à Paris. Un bon point d'abord en rappelant le travail fructueux entrepris dés l'élection de Nicolas Sarkozy en ce qui concerne la restructuration de la direction d' Eads, et l'adoption du traité européen "bis", dont le rejet par la France de l'original avait tant déplu aux Allemands, aux politiques au moins.
Un avertissement ensuite. Elle réaffirmé très carrée son soutien inconditionnel à la politique de la BCE, de Trichet -la stabilité des prix est l'objectif premier, toute intervention sur les marchés financiers pour influer sur la valeur euro/dollar est à rejetter, l'indépendance de la BCE est une pierre angulaire de la politique allemande et européenne. Une politique inspirée de la tradition de la Deutsche bank, et dont on a tous les droits de penser le plus de mal possible. Mais c'est le type de déclaration simple et sans effet de scène, face à laquelle Nicolas Sarkozy -et la France avec-, ne fait pas le poids, malheureusement. Quel que soit le style.

lundi 14 janvier 2008

Le plus écolo des deux...

Que la France, le royaume du nucléaire, soit citée en exemple dans les milieux de sensibilité écologiste en Allemagne n'est pas coutumier. C'est le moins qu'on puisse dire. Mais la politique adoptée par Paris à l'égard du maïs transgénique de Monsanto, le Mon 810, fait des envieux ici. "Le MON 810 est la première plante génétiquement modifiée -et la seule jusqu'à maintenant a recevoir l'autorisation d'être cultivée pour des raisons commerciales dans notre pays, s'insurge Bärbel Höhn, dirigeante des Grünen, les Verts. Seehofer, (le ministre de l'agriculture, CSU, ndr) est le premier a avoir ouvert la porte aux OGM".
"Seehofer devrait suivre l'exemple de la France, poursuit-elle et lever l'autorisation accordée au Mon 810. Celui-ci peut avoir des conséquences négatives sur l'environnement, les recherches scientifiques le démontre". La France l'a reconnu et en a tiré les bonnes conséquences en interdisant sa culture." Seehofer devrait faire de même."
Le quotidien berlinois alternatif die Tageszeitung qui rapporte ses propos en rajoute contre le ministre de l'agriculture allemande qui est assis "le cul entre toutes les chaises". Il lui reproche sa politique en zigzag qui consiste à donner raison aux uns et aux autres. "Quand les partisans et les adversaires d'une politique critiquent une réglementation, il y a de bonnes raisons pour qu'elle soit bonne dans la majorité des cas, assure Horst Seehofer", qui préfèrerait encore ne pas avoir à se mêler de la question des OGM, poursuit le quotidien berlinois. Le feu vert de Bruxelles pour les plante génétiquement modifié devrait reposer uniquement sur les décisions et avis de la commission scientifique européenne des biens de consommation, selon lui. Les politiques se verraient ainsi épargner le cruel dilemne de devoir choisir quel OGM doit être autorisé ou non.
lire die Tageszeitung

reportage Antenne 2 sur le Mon 810 (you Tube avril 2007)

dimanche 13 janvier 2008

Sarkozy, "le seigneur des anneaux"

"Speedy Sarko" comme on le surnomme maintenant dans les médias en Allemagne avait fait sensation les premiers mois. La crise du non français au traité européen résolue, en duo avec Angela Merkel, avait impressionné. Le ton direct et sans apprêt, la bise au lieu du baise-main chiraquien aussi. Les commentateurs berlinois voyaient déjà un président français conquérant, en passe de ravir sa place de leader de l'Union européenne à Angela Merkel. Et ils le prévenaient gentiment: "attention, elle sait mordre".
Puis "Speedy Sarko" a commencé à perdre son crédit. Ses charges contre la politique monétaire de la BCE -inspirée de la tradition de la Bundesbank-, heurtent Berlin, comme les libertés prises avec les critères du traité de Maastricht. Les heurts avec le ministre des finances allemand, Steinbrück, ont été sévères. Son attitude a-critique vis à vis de la Russie de Poutine, très proche de celle de l'ex chancelier Schröder, irrite la chancelière. La médiatisation de l'expédition lybienne de Cécilia Sarkozy a été très mal vécue en Allemagne ou le ministre des affaires étrangères, Steinmeier, avait déployé énormément d'efforts pour la libération des infirmières. La perspective de l'Union méditerranéenne renforçant le poids de la France en priorité ne séduit pas plus, au contraire.
Mais c'est la politique people du président français qui est en passe de ruiner sa stature. "Cela tourne à la farce", commente le Spiegel. tandis que le berliner Morgenpost raille Sarko: "le seigneur des anneaux"! Le divorce suspens après quelques semaines à peine à l'élysée; les rumeurs de reconquêtes et/ou de nouvelles conquêtes égrainées sur le web; le show à Disneyland enfin, ont fini par lasser les plus patients. La sortie de trois livres à la fois dévoilant les faces cachées du couple Nicolas/Cécilia les a achevé ce week-end. "Sarkozy bluffe avant tout les Français et de plus en plus l'opinion internationale avec sa vie privée turbulente, son amour du luxe et sa présence croissante dans les unes de la presse boulevard. Son coup de foudre avec l'ex-top model Carla Bruni est avant tout un nouvel eldorado pour les paparazzi", commente le Spiegel.
Les divorces et les remariages ne sont pas rares dans les milieux politiques allemands pourtant. Schröder en est à la quatrième noce, Fischer à la cinquième, Seehofer, dirigeant de la CSU bavaroise a fait pendant des mois la une de la presse avec sa double liaison, sa femme et sa maîtresse. Mais ils ne donnaient pas l'impression d'en faire un spectacle prenant la place de leur politique estime-t-on ici. Et la critique de ce côté du Rhin est d'autant plus rude pour Sarko que l'on s'interroge de plus en plus sur le fond des réformes qui devaient faire les gros titres de sa présidence. Face à une conjoncture maussade, "Speedy Sarko" n'a pas de "recettes miracles" semble-t-il. lire der Spiegel
Sarkozy et Merkel à Berlin le 12 nov 2007. Premier conseil franco-allemand pour le président français.

La CDU poussée à droite par la campagne contre les jeunes délinquants immigrés


Angela Merkel a-t-elle commis la première grosse erreur de l'année en soutenant la campagne du ministre président de Hesse, Roland Koch, contre les jeunes immigrés délinquants? La volonté affichée par la CDU de renforcer la répression à leur égard, d'accélérer leur expulsion après condamnation, de créer des camps d'éducation, ne semble en tout cas guère faire recette auprès de l'électorat démocrate chrétien. Selon les sondages -mais méfions nous des sondages!- les intentions de vote pour Roland Koch se tassent, tandis que son adversaire, Andréa Ypsilanti, progresse et le rejoint même en terme de popularité personnelle -le SPD reste par contre derrière la CDU.
De Caritas aux associations de la communauté turque en passant par le consistoire des juifs en Allemagne et les associations d'aide aux immigrés, la condamnation est unanime. La campagne de Koch est "raciste" et ne peut que provoquer les confrontations entre Allemands et immigrés. Seul le NPD, le parti d'extrême droite félicite la CDU. Udo Voigt, son "Fuhrer", n'hésite pas à féliciter Koch d'avoir repris ses revendications. Il souligne que cela ne fait que renforcer auprès des électeurs la crédibilité du NPD et de son programme. La CDU proteste contre ces arguments "absurdes" et Koch souligne qu'il n'est pas responsable des déclarations des autres. Il n'empêche! Gunther Grass assène de son côté:" quand les hommes politiques aux responsabilités s'emparent du langage du NPD, c'est beaucoup plus dangereux que ne l'est le NPD lui même. C'est ce que fait Roland Koch!" Nombre d'électeurs de la CDU, convaincus de plus de ce que la campagne actuelle sert des fins purement électorales, sont gênés.
Pour un parti qui a choisi "le centre" comme définition et mot clé de son dernier congrès, la contradiction paraît évidente en effet. Mais la démocratie chrétienne a toujours appliqué une politique qui rafle les voix jusqu'aux extrêmes, à droite. Afin de ne pas laisser de place aux partis nationalistes, aux nostalgiques, aux néos-nazis. Stratégie appliquée avec succès d'ailleurs. Il n'existe pas en Allemagne de parti comparable à celui de le Pen en France. Nicolas Sarkozy s'est inspiré de cette politique, systématisée par le bavarois Edmund Stoiber, pour damner le pion lors des dernières élections au Front national.
De ce point de vue donc, Merkel et Koch sont dans la ligne. Il leur reste maintenant à calmer le jeu avant les élections du 27 janvier pour se refaire un profil rassembleur jusqu'au centre. On saura alors si la chancelière est allée trop loin. Si c'est le cas cela constituerait un avertissement pour la direction de la CDU et un sérieux revers pour Koch et Merkel.
Roland Koch en campagne: "Le SPD doit cesser de bloquer la répression contre la délinquance des mineurs".

samedi 12 janvier 2008

Les mythes franco-allemands

Vue de France ou je viens de faire un cours séjour, l'Allemagne fait toujours figure de modèle. Les plaquettes écolos pour les véhicules, verte, jaune, rouge, qui viennent d'être instaurées dans plusieurs grandes villes comme Berlin, pour réduire les émissions de poussières fines notamment, ont été souvent présentée dans les médias français comme beaucoup plus efficaces qu'elles ne le sont en fait. Un véhicule à moteur à essence post 1988, avec catalyseur, est ainsi à peu près certains d'obtenir la plaquette verte, garantissant une circulation sans limite aucune. Les plaquettes jaunes et rouge qui ne permettront plus après 2010 aux véhicules qui en sont dotés de circuler au centre de la capitale -plus précisemment à l'intérieur de la zone délimitée par le réseau circulaire du SBahn, le RER berlinois-, sont en général attribuées à des véhicules diesel. Ceux qui ne peuvent pas ou ne peuvent plus être dotés d'un filtre à particule, des véhicules utilitaires, des "vieilles" Golf ou des "petites françaises des années quatre-vingt-dix" ne valent désormais plus un clou.
Mais pour l'instant l'interdiction en vigueur depuis le 1er janvier n'aurait guère d'effet. Les contrevenants "sans plaquette", sont nombreux. Et puis le réseau circulaire du S-Bahn ne filtre pas les gaz émis à l'extérieur de la zone réservée au plaquettes, où les sans plaquette peuvent circuler librement. La protection est quasi-nulle. C'est un peu comme la blague des nuages de Tchernobyl, qui ne franchissaient pas les frontières.
Plus intéressant par contre: l'idée de la limitation de vitesse commence à faire son chemin. L'Allemagne est le dernier pays du monde ou vous pouvez encore pousser à 250 km/h sur un autoroute. Sans crainte. Le dernier congrès du SPD vient d'adopter une résolution estimant qu'il était temps que l'Allemagne se mette au goût du jour, si elle veut garder son profil écolo, et adopte donc la limitation à 130 km/h, elle aussi. Sigmar Gabriel, ministre de l'environnement (SPD), vient d'adopter cette position à laquelle il était hostile jusqu'ici -il vient du Land de Basse-Saxe ou est implanté VW. Il y aura ceci dit encore loin sans doute de la parole à l'acte. Le modèle même de l'industrie automobile allemande repose sur les "grosses" cylindrées, puissantes et rapides.
Vu de France toujours, on insistait récemment sur une chaîne de télévision française sur le "courage" des Allemands dans la réforme des régimes de retraite, reportant même l'âge de la retraite à 67 ans. C'est ignorer que si l'Allemagne justifie cette décision certes par l'allongement de la durée de vie, comme ailleurs, elle la fonde surtout sur le "tournant démographique" qu'elle est en train de subir. "Nous devons allonger la durée du travail jusqu'à 67 ans, parce que depuis les années soixante-dix nous avons décidé de ne plus faire d'enfants" -ou presque plus-, explique-t-on au ministère du travail. Or les futures générations assurent la retraite des anciennes. La France, elle, ne connait pas ce "tournant". On voit même se multiplier les reportages dans la presse allemande sur le thème "pourquoi les Français font-ils encore des enfants", sous-entendu: et pas nous? Il serait donc absurde en France de vouloir suivre le modèle allemand. Enfants ou retraites.

mercredi 9 janvier 2008

McDo contre Starbuck, le café serré détrône le café "léger"

Les cafés de la chaine Starbucks, ou l'on peut boire des expresso ou des doubles serrés à souhait, assis sur des fauteuils kitch, se sont multipliés en Allemagne ces dernières années. Une révolution de plus depuis la chute du mur de Berlin. A l'époque il était quasi impossible de boire un café digne de ce nom -pour un habitué du café français ou italien- dans les grandes villes allemandes.

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michel-verrier.com
prix franco-allemand du journalisme 2011, catégorie internet.

Spectacles, musiques, loisirs à Berlin

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Histoires
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Le pont Admiral, "Admiralbrücke", à Berlin Kreuzberg, le pied pour les piétons, les fleinards, la musique, les rencontres

Une super 2 cv découverte à Hambourg -la DS 19 a aussi ses adeptes, et la Renault R4 fut également une voiture-culte en 68 face à la Coccinelle, raconte die Zeit

L'ours, symbole de Berlin, vu par les sculpteurs de la planète, exposition sur les trottoirs de la ville

Einstein, un ours du souvenir, "on ne peut pas faire la paix par la force mais par la négociation".

Campagne électorale à Berlin Kreuzberg,
décolleté de Vera Lengsfeld (CDU) avec Angela: "nous avons plus à vous offrir"

Cliché moins connu: Halina Wawziniak, "die Linke", réplique qu"elle a c'qu'il faut dans le pantalon pour siéger au Bundestag"

Médecins et étudiants en colère devant la porte de Brandenbourg

Vestige du mur le long de l'exposition "Topographie des Terrors"

Le baiser "fraternel" Honnecker-Brejnev de Dimitri Vrubel re-peint sur les restes du mur de berlin

Bateau(petit) à Hambourg

Potsdam, "sans-souci", le palais du jardin de Frederic le grand ou Voltaire pris pension.

Le parc du château

L'homme sur l'eau (statue), Hambourg

Un "Beluga" avale un fuselage Airbus à Hambourg, pour l'emmener à Toulouse.

Manifestants anti-nucléaire sur les chars russes du monument du souvenir. Berlin 2009

Sortie du quart d'après midi, Volkswagen Wolfsburg.

Carrelage

Jardin à Remlingen, à deux pas du site de stockage des déchets nucléaires d'Asse II

Gendarmermarktplatz, Berlin, la plus belle place

Mur reconstitué et (fausses) croix pour ses victimes, checkpoint charlie






Par Michel Verrier journaliste à Berlin
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Les bons billets
à lire:

Berlin-Prenzlauer-Berg 2010, un premier mai anti-nazi (en photos) hué par les habitants du quartier,
le défilé des néos-nazis n'a pas pu finir son parcours
.


der, die, das, la journal, le voiture, la soleil et le lune.
Petites réflexions sur les traductions impossibles



Existe-t-il un racisme anti-allemand dans les collèges ou les jeunes immigrés sont la majorité?
Un "choc des cultures" contesté.



Hambourg, l'éclairant échec d'une réforme scolaire. La majorité des parents cautionne la "sélection précoce" des écoliers


L'Euro, comment Merkel est prise entre deux feux.
Les orthodoxes lui reprochent ses compromis à Bruxelles, les européens convaincus ses diktats


Lidl, salaire minimum et société à deux vitesses.
Précarité, dumping salarial, tout le monde n'est pas logé à la même enseigne.


Stuttgart en révolte contre la "gare du 21 ème siècle".
Une mobilisation qui a coûté à la CDU un Land qu'elle gouvernait depuis 58 ans.


Les morts de Duisbourg ont tué la "Love Parade".
Née à Berlin avec la chute du mur elle avait redonné à l'Allemagne l'image de la jeunesse


Oskar Lafontaine, politique et religion en Allemagne.
Les super-marchés ne peuvent pas remplacer les églises.


L'Allemagne n'attire plus les immigrés.
Des jeunes turcs nés en Allemagne retournent "au pays".


Thilo Sarrazin est-il un imposteur?
Une équipe d'universitaires démonte son usage des statistiques



"L'Allemagne se liquide elle même", selon Thilo Sarrazin, record des ventes en librairie
Le livre-choc critique le poids de l'immigration



La CDU n'aura pas gouverné la Rhénanie du nord plus de cinq ans.
Elle l'avait conquise en 2005 au SPD



Le bombardement de Kunduz par la Bundeswehr en Afghanistan, poursuit le gouvernement.
Propositions d'indemnisation des victimes


Berlin les ours, les oursons, les sangliers, les Guerilla gardener.
Et les lapins dans les coins verts


Les infiltrations minent le site de stockage nucléaire d'Asse.
La mine de sel modèle est un désastre.


Les juges favorables à la notation des prof's par les élèves.
En défense du droit à la liberté d'expression



BMW et la Bavières espèrent sortir renforcés de la crise.
Après une année de creux dans les commandes.


Berlin ,les cafés fumeurs contre l'interdiction de fumer.
Comment tourner la loi anti-tabac!


Winnenden, rien ne sera plus comme avant.
Tim K. a tué neuf élèves, 3 professeurs, dans son collège


Porsche, VW, bras de fer familial.
VW rachète Porsche qui voulait acheter VW.


Les déserteurs du III Reich réhabilités.
Il a fallu 65 ans pour briser le tabou


Margot Käßman, présidente de l'église protestante.
Une femme pour la première fois à la tête de l'église réformée


L'Élysée se prend les pieds dans l'hymne allemand.
Et le confond avec le "Deutschland über alles" des nazis


retraite paisible à Stuttgart pour Martin Sandberger, criminel nazi.
Condamné à mort à Nüremberg, ses relations familiales faciliteront sa libération


Anne Frank retrouve sa famille.
Un livre écrit par son cousin Buddy Elias fait revivre sa jeunesse au milieu des siens


La politique familiale ne décolle pas.
Peut-elle donner l'envie de faire des enfants?