Berlin Blog

lundi 28 juillet 2008

Laurent Joffrin, race et Rasse, vu de Berlin

J'avoue qu'en lisant sous la plume du directeur de Libération, Laurent Joffrin, l'expression "race juive", les bras m'en sont tombés. Le mot n'a évidemment pas bonne réputation en France -Joffrin a dû le remplacer sur le site web du journal par "communauté". Ici c'est encore pire évidemment. "Rasse" renvoit immédiatement au nazisme à la "race juive".

Hitler avait défini ainsi la communauté juive pour exclure puis éliminer en bloc toute personne supposée y appartenir. On trouve sur le site "Holocaust-Referenz, "Arguments contre les négationnistes", une page très intéressante sur cette question et sur la manière dont les néos-nazis aujourd'hui entretiennent la confusion entre les deux termes race et communauté. L'argumentaire vise à leur répondre, la notion de "Jüdische Rasse" leur servant évidemment à exclure, aujourd'hui comme hier, toute possibilité d'intégration des juifs en Allemagne, une race à part.

Mais les néos-nazis rétorquent que ce sont les Juifs qui l'affirment eux même et citent à l'appui des textes ou déclarations de rabins parlant d'une "heilige Rasse", d'une "race élue" -et non d'un "peuple élu".

Le tour de passe passe, souligne "Holocaust Referenz" est que toutes ces citations sont à l'origine des affirmations en langue anglaise. Or le mot "Race" en Anglais a une palette de signification beaucoup plus large que le mot "Rasse" en Allemand. Il peut évoquer un groupe, une communauté, dont les traits communs n'ont rien à voir avec une race au sens biologique, voir ethnique du terme. Le traduire directement ainsi est donc une faute de traduction volontaire.

On peut parler ainsi en Anglais de "the race of doctors", la "communauté des médecins". Il est évidemment impossible de parler de la "race des médecins". A moins de donner au terme race une signification imagée totalement particulière, sans rapport avec la race au sens de la "race juive".

Comble de l'humour si l'on en croit "Holocaust Referenz", un néos-nazi allemand a été jusqu'à noyer le poisson en affirmant que cette expression évoquerait plutôt la "course des médecins" -"race" a également cette signification en Anglais-, pour sauver la vie de leurs patients, et non leur "communauté". Un exemple croquant de mauvaise foi pour conserver au mot race son sens rester strictement raciste.

Si la traduction race=Rasse, était la bonne, souligne le site, on trouverait chez les juifs allemands l'expression en langue originale "Jüdische Rasse". Or de "telles expressions n'existent pas à notre connaissance", poursuit "Holocaust Referenz". Quand les juifs de langue allemande se définissent en tant que groupe, ils parlent de "Volk" (peuple).

Si le terme "Rasse" peu se retrouver dans des publications juives, datant du IIIè Reich, sa présence s'explique alors simplement par le fait qu'il était imposé aux juifs à l'époque par les nazis. N'était publié que ce qui convenait à leur langage et leur propagande.

mardi 8 juillet 2008

le mariage civil en vigueur depuis Bismarck mis entre parenthèse ?

Le mariage religieux strict, sans passer par l'état civil n'a pas que de pieuses intentions. C'est aujourd'hui un stratagème utilisé par exemple par des couples qui se remarient et ne veulent pas perdre le bénéfice du titre de pension de veuve que touche la future épouse, en passant la bague au doigt. Les évêchés reçoivent régulièrement de telles sollicitations. La loi en vigueur depuis Bismarck, en 1875, qui interdit le mariage religieux hors mariage civil s'y opposant, les futurs époux doivent en général aller se marier en Autriche, ou le mariage religieux strict est légal.

Mais surprises rétro-actives: la réforme de l'état civil adoptée en 2007 au Bundestag pourrait bientôt lever ces obstacles. Elle pourrait même ouvrir la porte à la polygamie, au mariage forcé, et légaliser le « Harem », s'insurgent nombre de commentateurs qui se demandent si l'assemblée avait bien pesé les conséquences possibles de son vote, voir ma revue de presse du 7 juillet.

A partir du 1er janvier prochain en effet il sera « légalement » possible de se marier à l'église sans être passé par l'état-civil. Mais les époux ne pourront pas bénéficier ensuite des droits "légaux" du mariage: héritage, pension en cas de séparation. Une conséquence suffisamment dissuasive ont dû estimer les députés du Bundestag, d'autant que du côté des églises on ne songe pas actuellement à remettre en cause le principe établi selon lequel le mariage laïque conditionne la cérémonie religieuse. Les règles du concordat de 1957 restent en vigueur, assure dans une lettre adressées aux prêtres l'archevêque de Bamberg, Ludwig Schick. « Il ne peut donc y avoir de mariage religieux sans cérémonie civile préalable, tant que l'église, du moins, ne prend pas d'autres décision ». 

Le mariage des veufs et veuves cependant, pourrait peut être bientôt facilité sur place. Sans que les nouveaux époux ne soient contraints de faire le voyage en Autriche. Mais la réforme pourrait avoir d'autres conséquences beaucoup plus dramatiques. « Un partenaire pourra en effet légalement se marier deux fois, une fois à la mairie, et une fois à l'église, » note ainsi le député Max Stadler, porte parole du parti libéral (FDP) pour les questions juridiques. Il ne s'attend certes pas à une épidémie de mariages bis. Mais c'est tout de même, selon lui, une éventualité que le gouvernement devra prendre en compte, pour l'interdire.

Et pour les musulmans dans la communauté turque notamment c'est un comble: les conséquences de la réforme pourraient " justifier ici ce qui est interdit en Turquie », assène Seyran Ates, militante des droits des femmes. "Le mariage de l'Imam deviendrait en quelque sorte "légal", facilitant les mariages forcés, la polygamie. Selon le droit musulman en effet, selon elle, l'homme peut en effet légalement se marier religieusement quatre fois.

vendredi 4 juillet 2008

Les juges favorables à la notation des profs par les élèves

Récolter un 4,3 à l'école ce n'est pas être tout à fait nul en Allemagne, mais pas loin. La note la pire est le 6, un quasi zéro, et la meilleure le 1 -de 18 à 20 environ. On imagine donc la réaction d'une prof' de lycée qui s'est retrouvée avec un 4,3 sur le site web Spickmich.de, ou les élèves sont invités à noter leurs professeur(e)s. « Cool et plein d'humour », compétent professionnellement », « humain », « bien préparés» ou tout simplement « pénible », ce sont quelques uns des qualificatifs avec lesquels les collégiens peuvent y tracer le portrait de leur prof'.

Piquée au vif, Madame Schüler (nom fictif), avait donc déposé plainte contre Spickmich, en découvrant son 4,3. Elle y voit une atteinte à ses droits, au respect de sa personne et une atteinte à la protection de ses "données" protégées, son métier, le lieu et la classe ou elle enseigne...
Le tribunal civil de Cologne l'avait déboutée voici un an. Elle n'a pas eu plus de chance devant le tribunal du Land à Cologne.

« Il n'y a pas lieu de considérer qu'une enseignante est atteinte dans sa personnalité, son image, tant que les critères employés par les élèves pour la juger sont liés à l'exercice de sa profession", assènent les juges. Il n'y a là ni injure, ni diffamation. Et même les étiquettes familières du langage écolier style « cool » ou « pénible », ne transgressent pas cette frontière. D'autant, souligne le tribunal, que la notation des profs n'est accessible qu'aux collégiens concernés, abonnés à Spickmich. Personne ne trouve le 4,3 de madame Schüler, avec un moteur de recherche.

Mais les juges de Cologne vont encore plus loin. « Le droit fondamental à la liberté d'expression » protège, selon eux, les jugements des écoliers qui s'érigent en censeurs. Même s'ils sont « émotionnels », « irrationnels», «inutiles». Une sentence qui évoque le souci de faire participer les élèves à leur enseignement, censé prévaloir dans les écoles allemandes. L'enseignement magistral "à la française" est souvent vu d'un oeil très critique.

D'autres profs sont d'ailleurs plus heureux que madame Schüler sur Spickmich. Marion Beckman, elle, est citée par le Tageszeitung pour avoir obtenu un excellent 1,1. Elle enseigne notamment le Latin, une matière à la réputation « sèche et ennuyeuse », selon elle. Son école, réputée, pratique une pédagogie intensive du « soutien ». Chaque élève y a droit. Les plus faibles peuvent suivre des cours de rattrapage dispensés par les meilleurs pendant les vacances, afin d'éviter de redoubler, et d'être perdu à la reprise des cours.

Elle ne pense pas souligne-t-elle que ses élèves « aient besoin de Spickmich ». Ils reçoivent un questionnaire quelques semaines après la reprise des cours pour dire ce qu'ils pensent de l'enseignement de leurs profs. Les trois qualités qu'ils jugent être les meilleures et les trois questions qu'ils souhaitent par contre discuter avec lui ou elle. Les élèves de sa classe n'en ont pas moins éprouvé le besoin de la noter.

Bloc Note

Musiques



Photos



Manifestation anti-atome à Berlin le 5 septembre 2009, colonne de tracteurs venus de la région de Gorleben, le site de stockage des déchets nucléaires, devant la porte de Brandenbourg

Les jeunes anti-nucléaires ont pris d'assaut les chars russes du mémorial à l'armée rouge.

Anti-nucléaire toujours, à Asse, le site catastrophe de stockage qui devra être évacué.

Marathon berlinois 2008, sous un ciel bleu, des danseuses danoises font la samba d'honneur aux coureurs imperturbabes.


Marathon berlinois toujours.


Leipzig en 1989, il y a plus de vingt ans, le mur tombe, on s'informe sur le kiosque, devant la salle de concert du Gewandthaus, de quoi l'avenir sera-t-il fait?





Calendrier

« juillet 2008 »
lunmarmerjeuvensamdim
123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031

Je suis correspondant de presse en Allemagne pour les quotidiens la Croix, Sud Ouest, La Tribune de Genève, 24 heures de Lausanne. Vous trouverez sur ce blog billets et articles sur la vie politique, sociale, culturelle, en Allemagne et à Berlin.
Sur l'actualité quotidienne vous pouvez lire ma :
Revue de la presse allemande
.