la crise financière et le duel du duo franco allemand

Le refus par Angela Merkel du plan de sauvetage européen avancé par Paris a donné lieu a diverses interprétations. Le blog de Gilles Bridier sur Rue 89, « Echaudée par l'Europe, Merkel ne veut pas du pot commun » en est un bon exemple, à lire. Il faut lire également le blog "Ma semaine Allemande" d'Edouard Husson, sur le site de Marianne. Lecture hebdo vivement conseillée pour qui s'intéresse à l'Allemagne.

Je ne pense pas pour ma part que ce soient pour l'essentiel les feux de la campagne électorale déjà allumés en Allemagne pour les élections fédérales de l'an prochain qui ont conduit la chancelière à refuser de « payer » pour les autres banques européennes, afin de rassurer les épargnants allemands -même si cela a joué bien sûr.
Le conflit à propos d'un éventuel « plan européen » avec Sarkozy, ne se termine pas forcément à son avantage d'ailleurs. Comme ce fut le cas par exemple lorsque Sarkozy du plier face aux exigences d'Angela sur la question de l'Union des pays de la Méditerranée.

En plaidant à Colombey les deux églises pour une réponse commune et concertée des pays de la zone euro à la crise Angela Merkel a plutôt semblé faire à moitié marche arrièreet renoncer à toute solution du "chacun chez soi". Elle pronait certes toujours l'utilisation par chaque pays de sa propre « boîte à outils ». Mais l'importance des mesures décidées de concert par les pays membres de la zone euro et l'Angleterre, 1800 milliards d'euros -500 milliards d'euros pour l'Allemagne, l'équivalent des 700 milliards de dollars des USA- ne relève plus de la simple mécanique à domicile. Il s'agit bien d'un plan européen, dont l'application relève des états.

En Allemagne même, le refus d'un "fond de sauvetage européen" une semaine auparavant avait brouillé en partie l' image de la chancelière championne de l'Europe, éveillant comme rarement les feux de la critique à son égard. Tandis que les médias relayaient avec une générosité inhabituelle le scoop du "Canard enchainé" selon lequel le président français lui attribuait la responsabilité de la panne de réponse européenne à la crise, Sarkozy perdait peu à peu cette image caricaturale, voire bouffonne qu'il s'était taillée dans la presse allemande de l'affaire des infirmières roumaines délivrées par Cécilia, à son roman-feuilleton avec Carla. Nombre d'analystes et de commentateurs regrettaient un réflexe « national » de la chancelière, inadapté -autant de commentaires repris dans la presse financière et dans les quotidiens notamment, du Tagesspiegel à die Welt (voir ma revue de presse du 7 octobre). Les banquiers allemands prenaient d'ailleurs Angela Merkel à contre-pied, en revendiquant au contraire un plan systémique, "européen", emmenés par le banquier suisse Josef Ackerman, président de la Deutsche Bank, et jusqu'alors conseiller particulier de la chancellerie.

C'est d'abord parce qu'elle sous-estimait l'ampleur de la crise du système bancaire en Allemagne même que la chancelière a rejeté tout plan de cetype, alors qu'au même moment le directeur de la Deutsche Bank, mesurait mieux les dégâts en Allemagne et hors frontières. Peer Steinbrück, le ministre des finances d'Angela Merkel, avait écarté lui d'emblée tout plan de l'ampleur de celui adopté à Washington, en expliquant au Bundestag que la crise était avant tout un problème des marchés américains, tandis que les banques allemandes étaient solides (!).
Or à son retour du G4 parisien du 4 octobre ou elle avait campé sur sa position Angela Merkel se retrouvait à Berlin en pleine crise de confiance. Les banquiers l'avaient laissé tombée sans l'en avertir, et le plan de sauvetage de la banque HRE, négocié la semaine précédente avec le gouvernement, était à l'eau(voir mon billet à ce propos). Partis de 35 milliards d'euros sur les indications du ministère du ministre Steinbrück, ils évaluaient bientôt à 50, voire 100, à partir de leurs propres vérifications, le cout du sauvetage indispensable de la banque immobilière. Les obligations sécurisées de la HRE, les fameux « Pfandbrief » sont en effet des valeurs réputées solides -rien à voir avec les sub'prime- gagées souvent sur des biens publics, communaux, détenues par une multitude de banques allemandes et d'investisseurs ( voir "pourquoi le sauvetage de l'Hypo Real Estate était vital" ). La HRE mise en faillite, le système bancaire allemand ébranlé aurait entrainé un effet domino catastrophique en Europe.

C'est entre autres ce qui a conduit dans la semaine la chancelière à revoir sa politique et à se rallier finalement à un plan européen de grande ampleur, dont le premier ministre britannique, Gordon Brown, avait dessiné les traits, avec l'appui de Sarkozy. Sa traduction en Allemagne dépassait toutes les estimations précédentes. Peer Steibrück souligne ainsi dans l'hebdomadaire die Zeit (16.10) que l'Allemagne a certes eu raison de refuser le fond européen de compensation que « certains » voulaient imposer (devinez qui?). Mais il reconnait également qu'il n'avait pas d'alternative à proposer, jusqu'à ce que l'affaire de la HRE démontre que le « coup par coup » le chacun chez soi n'était pas la réponse à la hauteur.

Angela Merkel n'avait pas vraiment convaincu d'autre part en garantissant les dépôts privés des épargnants allemands le 5 octobre, à son retour du sommet du G4 à l'Élysée. La mesure mettait les banques et les pays voisins de l'Allemagne sur la défensive soulignaient ses critiques, alors que la chancelière avait elle même fustigé pour cette raison les mesures unilatérales prises huit jours auparavant par l'Irlande. Sa déclaration semblait être une simple promesse, ne reposant sur aucun engagement précis, validé par le Bundestag. On ignorait si elle garantissait les 560 milliards de l'épargne, ou les 1000, voire 1600 milliards de l'ensemble des fonds et dépôts privés. 29% des Allemands seulement assuraient avoir été rassurés par cette mesure selon un sondage Infratest/der Spiegel paru le 12 octobre. Les déclarations de la chancelière auraient renforcé au contraire les craintes de 53% des épargnants!

La raison profonde de ces incertitudes repose sur la fragilité du système bancaire qui est un peu le talon d'Achille d'une Allemagne, locomotive industrielle de la zone euro. Il est en pleine phase de restructuration et reste coupé en deux blocs aujourd'hui entre les banques privés d'un côté et les caisses d'épargne et les banques populaires de l'autre qui drainent pour l'essentiel les dépôts des particuliers. Les principales banques privées ne disposent pas ainsi de cette assise -à l'inverse des banques françaises qui font figure en Allemagne de modèles de banques universelles. Elles souffrent d'autant plus du gel total des échanges sur le marché inter-bancaires. Certaines banques conservaient ainsi pour leur propre sécurité les dizaines de milliards d'euros injectés sur le marché par la banque centrale européenne, alors qu'elles auraient dû les prêter aux entreprises qui en ont durement besoin, soulignait le 10 octobre la chaine de la bourse de Francfort (DAF). Certaines les re-déposaient même à la BCE pour en tirer profit!

Le dernier conflit a montré une fois de plus que le couple franco-allemand finit toujours par se raccommoder et que son accord est indispensable pour que l'Union européenne marche. Mais c'est un couple effectivement, constitué de deux partenaires aux fortes personnalités, qu'unit un projet commun. Les conflits, les confrontations, les réconciliations, les concessions, sont l'habitude plus que l'exception. Après le fond européen, le duel pourrait d'ailleurs repartir avec le débat sur le plan de relance européen lancé par Paris qui déplait à Berlin.

Ce billet reprend en partie mon article paru dans la Croix du 13 Octobre.

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