Auschwitz, le prix de la mémoire

Soixante quatre ans après sa libération, Auschwitz-Birkenau, ses baraques en bois et ses fours crématoires, est rongé par le temps, l'humidité, les intempéries. Sur les 200 hectares du site classé au patrimoine mondial de l'Unesco, l'administration du camp doit entretenir 155 bâtiments 300 ruines et des milliers de pièces d'exposition. Leur conservation est impérative. Car c'est l'ensemble qui donne au visiteur la dimension du crime: plus d'un millions de juifs furent exterminés dans les chambres à gaz.
Les nazis n'avaient pas bâti en dur, Auschwitz devait être « provisoire », le temps d'éliminer les populations indésirables, juifs, polonais ou tziganes. Les bâtiments sont donc d'autant plus difficile à conserver en l'état. Les planchers se craquellent, les murs se fissurent, les moisissures gagnent les plafonds et les toits. Chaque année six millions d'euros environ sont nécessaires à l'entretient du camp de la mort. La Pologne fournit la moitié de la somme, l'autre provient des ressource propres d'Auschwitz-Birkenau: visites et vente de livres. L'Allemagne a versé 15 millions d'euros environ au début des années quatre-vingt-dix. Mais pour assurer la pérennité du camp dans les décennies à venir on est loin du compte.

La restauration coûte plus cher qu'une « simple » reconstruction. Mais il est impensable de refaire du neuf. « Nous ne sommes pas à Disney Land assénait récemment Volkhard Knigge directeur du camp de Buchenwald sur Deutchland Radio ». Un million de visiteurs parcourent le site chaque année, le musée d'Auschwitz Birkenau reste un lieu essentiel à l'histoire européenne, à la recherche. Un fond de 120 millions d'euros, produisant 3 à 5 millions d'argent disponible par ans, serait donc indispensable pour assurer l'avenir selon Jarek Mensfeld porte parole du musée. Donald Tusk, le premier ministre polonais vient d'adresser une lettre d'appel à l'aide aux chefs de gouvernement des pays membres de l'Union. Selon son ministre des affaires étrangères Franck-Walter Steinmeier, l'Allemagne est prête à verser un million dans un premier temps et à accroître sa participation dans les années à venir. Sa dette est incompressible.

A Berlin la fondation Axel Springer et les quotidiens die Welt et Bild Zeitung exposaient ces dernières semaines dans leurs locaux les plans de constructions originaux du camp d'Auschwitz. Authentifiés par les services des archives fédéraux, ces panneaux de papier dessins alignent des rangées de bâtiments dessinés avec précision, bien ordonnés, retrouvés par hasard en juin dernier, en vidant les cartons et archives d'un appartement berlinois resté anonyme. Datés de 41 à 43 ils portent le tampon de la « direction de la Waffen SS et de la police ». Ces plans veulent témoigner de la minutie avec laquelle les nazis conçurent et organisèrent leur oeuvre d'extermination industrielle. Himmler avait ordonné en mars 1941 la remise en état de vieux bâtiment datant de 1916, dans la région de Kattowitz sur une zone occupée par les SS pour accueillir 30000 prisonniers. Des bâtiments neufs devaient s'y ajouter pour recevoir 100000 personnes. Sur un plan du 30 avril 1942, s'alignent leurs rectangles soigneusement crayonnés. Les rangées de baraquements des prisonniers, entourent la cour d'appel « pour 30000 prisonnier». La Kommandantur, les ateliers de travail forcés des prisonniers, les bâtiments de garde et de surveillance remplissent la zone limitée par une voie ferrée, deux traits parallèles, « arrêt gare d'Auschwitz ».

Des plans d'octobre 1941 détaillent eux à l'échelle la construction du camp d'extermination voisin de Birkenau, avec sa propre gare et sa fameuse « rampe » ou les futurs gazés étaient sélectionnés dés la sortie du convoi. Les rangée de dix baraquements flanqués de leurs baraques à toilettes; le Krematorium dominés par ses cheminées; les « caves à cadavres » dans lesquelles les gazés étaient éliminés au Zyklon B; le plan du hall voisin de plus de 700 mètres carrés prévu pour empiler temporairement des milliers de cadavres en attente d'être brûlés; le dessin détaillé des « bâtiments d'épouillage » ou les vêtements des gazés pouvaient être entassés par dizaines de milliers, désinfectés au gaz (!) dans des chambres spéciales avant d'être triés pour être distribués à des familles allemandes; tous ces plans de papier fixent avec précision, à leur échelle, l'ampleur de l'extermination dont ils devaient permettre la mise en oeuvre. 880 000 à 1,5 millions de juifs européens furent éliminés à Auschwitz.

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