Nouveau massacre dans une école, à Winnenden près de Stuttgart

Il est neuf heures trente du matin lorsque Tim K. 17 ans pénètre dans le collège Albertville, à Winnenden, 30000 habitants, à 20 kilomètres de Stuttgart. Il est habillé en tenue de combat noir, armé d'un pistolet Beretta. L'école qui comprend également un lycée est fréquentée par un millier d'élèves. Tim y a terminé ses études l'an dernier, et suit depuis une formation professionnelle. Il choisit une classe, fait irruption en plein cours, tire autour de lui, tue cinq élèves, sort pour recharger son arme. continue la carnage dans deux salles voisines tue quatre élèves et une professeur. Puis il prend la fuite à l'arrivée des premiers policiers qui ont été alertés à 9h33, et tue encore deux enseignantes avant de disparaître. Dans l'école c'est l'affolement. Les élèves ont entendu les coups de feu, les enseignants vident les salles, les flots d'élèves dévalent les escaliers, au milieu des cris d'angoisse. « Je pleurais, c'était terrible on ne savait pas vraiment ce qui se passait j'avais peur. Je pensais c'était fini pour nous », raconte une écolière.
Au fil des minutes, un millier de policiers, dont les commandos spéciaux, hélicoptères, ambulances, véhicules de secours arrivent à Winneden, cernent l'école, quadrillent la ville. Les blessés sont évacués, les élèves rassemblés dans le hall de la piscine, pris en charge par des équipes de soutien psychologique. Devant les bâtiments Les visages sont pâles, tendus. Les rumeurs s'entrecroisent on ne sait pas vraiment ou est passé le fuyard. L'entreprise Schäffer, à deux pas a fermé ses portes pour protéger son personnel. L'adolescent en fuite est signalé près d'un hôpital psychiatrique, ou il tue à nouveau un passant. Puis il prend le conducteur d'une VW en otage, pour rejoindre l'autoroute. Le chauffeur parvient à s'échapper. Après avoir abandonné le véhicule Tim K poursuit sa fuite à pied, avant d'être retrouvé par la police, encerclé sur le parking d'un centre commercial. Il se réfugie dans un magasin d'automobiles, fait feu, tue à nouveau deux personnes avant de se supprimer. 16 morts!

Sur les chaînes de télévision, les images de policiers en armes se mêlent aux premières réactions. Pourquoi un tel massacre, qui évoque trait pour trait le carnage du lycée d'Erfurt, en 2002, en Thüringe, qui fit 17 morts et marque toujours les mémoires. « C'est un acte inexplicable, horrible, qui frappe les écoliers, les parents, les équipes éducatives, ici justement dans une école, lieu de l'avenir, de la formation, de l'éducation », soulignait hier Günther Oettinger le ministre président démocrate-chrétien du Land de Bad Würtember(CDU), accouru sur place, le visage figé par l'émotion.

Policiers, psychologues, éducateurs, tentent de comprendre la furie de Tim K . Le jeune garçon ne s'était jamais fait particulièrement remarquer à l'école qu'il avait quitté l'année précédente. Au contraire. Il paraissait calme, rangé, en retrait. Mais il aurait été « frustré » par ses résultats scolaires, selon l'un de ces camarades. Il pratiquait le sport, tirait chez lui avec un pistolet à air comprimé. « Mais on n'aurait jamais imaginé qu'il puisse faire ça ». Il avait peut être une « double personnalité » s'interroge le ministre de l'éducation du Land, Helmut Rau. L'adolescent vivait au milieu d'une famille aisée, dans une villa luxueuse. Son père entrepreneur, membre d'un club de tir, possédait une vrai collection de quinze armes. Quatorze étaient sécurisées. La loi sur les armes, renforcée au lendemain du carnage d'Erfurt , limite leur accès aux chasseurs, aux membres des clubs de tirs, qui doivent les entreposer en sécurité, empêchant leur usage par un tiers. Mais la quinzième, un pistolet Beretta, était cachée dans la chambre familiale. C'est elle que Tim K. s'est procurée, faisant ensuite provision de munitions.

Choquée, Ursula von der Leyen, ministre de la famille démocrate chrétienne, évoquait hier la « spirale de l'isolation » dans laquelle s'enferme parfois un jeune, sans amis réel, blessé par un échec qu'il rumine, construisant peu à peu un scénario délirant pour en sortir. Le professeur Rainer Hellweg, psychiatre à l'hôpital de la Charité à Berlin, n'excluait même pas que les images du massacre aux USA, en Alabama, la veille, aient été le dernier maillon qui ait enclenché l'acte du desperados. Tout en soulignant combien une telle folie meurtrière mûrit pendant des mois, voire des années. C'est alors qu'il faut mesurer le désarroi croissant de celui qui la couve, aller à sa rencontre, lui porter secours avant qu'il ne soit trop tard.

Ce billet reprend un article paru dans Sud-Ouest le 12 mars.

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