VW/PORSCHE, retour sur un bras de fer industriel et familial bouleversé par la crise

Porsche voulait avaler VW, mais n'avait pas vu venir la crise, et c'est le constructeur de voitures de sport qui est devenu la cible du fabricant de la Coccinelle. Six mille cinq cent travailleurs du groupe Porsche, manifestaient lundi 18 mai contre Ferdinand Piëch, l'homme fort de VW, avec panneaux et slogans: « Porsche doit rester Porsche, et VW VW ». A leur tête Uwe Hück, président du conseil d'entreprise du constructeur de voitures de sport, dirigeant de l'IG Metal, le syndicat de la métallurgie, et conseiller de l'ex Chancelier Schröder lors de la campagne électorale de 2005 contre Angela Merkel.
Hück redoute les suppressions d'emplois qui pourraient être la conséquence de la fusion, ou de l'intégration du groupe automobile de Stuttgart qui emploie 8000 salariés, dans le Konzern de Wolfsburg, à deux pas de Hanovre en Basse Saxe. Le premier constructeur européen emploie lui 170 000 salariés en Allemagne et fédère les marques les plus diverses: VW, Seat, Audi, Lamborghini ou Bentley, jusqu'aux poids lourds Man. Porsche ne doit pas se dissoudre dans VW, assène Hück. « Wolfgang Porsche et Hans Michel Piëch -le frère de Ferdinand- m'ont assuré que la famille qui détient l'entreprise est assez puissante pour nous garantir cette indépendance. »

En huit mois, c'est le monde à l'envers pour les deux groupes. En septembre dernier, 40 000 salariés de Volkswagen manifestaient contre Porsche et le manager du groupe de Stuttgart, Wendelin Wiedeking, avec l'appui discret de Ferdinand Piëch. « Bas les pattes devant VW » assénait alors Bernd Osterloh, membre de l'IG Metall et président du conseil d'entreprise de VW. Il s'insurgeait contre la prise de contrôle de VW concoctée par un Wiedeking qui rêve d'abolir la « loi Volkswagen ».
Les règles en vigueur à Wolfsburg accordent un pouvoir de cogestion décisif au syndicat de la métallurgie et le Land de Basse Saxe, détenteur de 20% du capital de VW, détient même un droit de veto sur les décisions stratégique du Konzern qui pourraient mettre en cause l'emploi. Wendelin Wiedeking au contraire voudrait faire de Wolfsburg une entreprise aussi rentable que Porsche. Il est réputé pour avoir redressé le constructeur de voiture de sport dont il a pris les commandes lorsqu'il était au bord de la faillite. Il supprima alors un quart des emplois. Pour mettre en oeuvre une telle politique chez VW, il lui faudrait d'abord remettre le syndicalisme à sa place.

Pour devenir seul maître à bord Porsche devait acquérir 75% des actions de VW. Un enjeu colossal, qui fit dérailler la bourse de Francfort en pleine crise financière. L'action VW cotait 200 euros début septembre et 450 euros en octobre. Alors que toutes les valeurs boursières dégringolaient en chute libre, Porsche s'envolait sous la pression des achats. La valeur boursière accordée à VW à l'époque équivalait à la somme des valeurs de Daimler, BMW, Ford, Renault, Fiat, Peugeot, GM, Mitshubishi et Hyundai réunis. Mais pour réussir son coup, Wiedeking a contracté auprès des banques 9 milliards d'euros d'emprunts. Ferdinand Piëch, « le petit fils de Ferdinand Porsche » l'inventeur de la « coccinelle » -son petit neveu en fait- , n'a jamais pardonné cette tentative de rachat hostile montée de toute pièce, avec l'appui de son propre cousin, Wolfgang Porsche, à la tête de Porsche AG, contre le groupe dont il s'estime l'inspirateur et le maître. Derrière l'enjeu industriel se joue un bras de fer entre deux hommes de pouvoir, deux chefs du clan familial le plus puissant d'Europe. Piëch serait « plus attaché à VW qu'à Porsche », selon Wolfgang Fürweger, auteur d'un ouvrage sur la dynastie: « notamment parce que son père Anton Piëch, l'époux de Louise Porsche la fille du fondateur de la marque, a tenu les rennes de Volkswagen pendant la seconde guerre mondiale. Wolfgang Porsche, porte parole de la famille, est plus attaché au constructeur de voitures de sport. »

Mais la crise frappant le marché de l'automobile a fini par étouffer Porsche. Avec une dette de 9 milliards d'euros, des intérêts annuels de 500 millions d'euros, des chiffres de vente en chute libre, l'horizon est devenu très noir. VW a les reins bien plus solides. Et Piëch a su fignoler sa revanche en proposant la fusion des deux groupes après avoir « racheté » Porsche d'un montant qui permettrait de faire face à ses dettes, sauvant ainsi le constructeur de Stuttgart d'une débâcle financière. Le pouvoir dans le groupe fusionné resterait à Wolfsburg, avec l'appui du Land de Basse-Saxe et de son ministre président Christian Wullf, homme fort de la CDU.

Wiedeking a fini par perdre le bras de fer avec celui qui l'avait promu à la tête de Porsche il y a plus de quinze ans. Car Piëch, ingénieur en automobile, « père » de la Porsche 911 et du rajeunissement de la marque Audi ou il travaillera après avoir quitté la maison familiale, reste l'homme fort de la famille, détenteur de 13% du capital de la maison mère, le holding Porsche. Il paie en quelque sorte avec les fonds de VW les neuf milliards de dettes de Porsche contractées pour acheter les titres du groupe de Wolfsburg. Et va devenir du coup avec la famille Porsche-Piëch -et les titres achetés- l'actionnaire majoritaire de VW. Martin Winterkorn, ex-patron d'Audi et actuel président de VW, prendra la tête du groupe réunifié.
Wiedeking, le patron de Porsche, cherchera bien à éviter l'issue fatale en tentant de faire entrer un gros investisseur, l'émirat du Quatar, dans le capital de Porsche pour reprendre du souffle et faire face à VW. Mais l'état arabe, investisseur avisé préfère placer ses billes et ses fonds dans le groupes VW/Porsche réunifié qu'en jouant avec Porsche contre VW.

Ce billet reprend en partie un article publié le 20 mai dernier dans la Croix.

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