Berlin Blog

mercredi 5 mars 2008

Sarko vu de Berlin

Vu de Berlin, le "correspondant" français qui a l'habitude d'éplucher la presse des collègues allemands est certes vacciné. Si l'image du président de la République a pris quelques rides en France, ici aussi. La une du Spiegel du 21 janvier, Sarkozy, Carla, amoureux sur fond de patrouille de France bleu, blanc, rouge: "le mariage du sexe de la politique et du soap" en titre, étalé sur tous les kiosques allemands reste un souvenir inoubliable pour un Français en Allemagne. Qu'il soit chauvin, indifférent, anti-Sarko ou pro.
Mais en lisant lundi midi le titre les "cabrioles européennes de la France" dans le quotidien Frankfurter Rundschau le jour de la visite de Sarkozy à Hanovre pour l'inauguration du Cebit avec Angela Merkel, j'ai d'abord jeté l'oeil sur la signature de l'auteur du billet, le professeur Eckart D. Stratenschulte, président de l'Académie européenne de Berlin. Bref un connaisseur.
Son billet dit en gros:
* Sarkozy est de retour en Europe -on se demande ou il était parti entre temps- fort d'avoir fait avaliser le mini-traité européen, après que l'élite française l'aie coulé il y a deux ans. Il a trouvé un nouveau truc pour se faire mousser, sachant qu'il avait peu de chances de prendre la Banque centrale européenne en laisse, c'est l'Union méditerranéenne, qui devrait renforcer les liens des états du sud de l'Europe et de la mer Méditerranée, tenir la Turquie à l'écart de l'Union européenne et redonner à la France un rôle dirigeant au sein de l'Union.
*A terme son projet signifierait la mort de l'Europe, la constitution d'une Union de l'Europe de l'est, opposant finalement la France et l'Allemagne. Pour éviter ce sort funeste Angela Merkel a fait pression pour que l'Allemagne soit d'emblée partie prenante de l'Union méditerranéenne, et le perdant du match de boxe sera finalement Sarkozy. Le couple franco-allemand aura fait les frais de sa crise de la "middle-life" -les sursauts du quinquagénaire ndt. Heureusement les français en ont déjà visiblement assez de ses cabrioles et devraient le lui signifier, espérons le, lors des municipales du 9 mars.

Le soir même, à Hanovre, Sarkozy et Merkel annonçaient leur réconciliation -je caricature. L'Union méditerranéenne aura bien le profil "rectifié Merkel", et la chancelière annonçait également avec le sourire un accord sur la réduction des émissions de CO2 des véhicules automobiles, entre Paris et Berlin. Pour la petite histoire l'Allemagne obtiendrait ainsi le feu vert de Paris pour poursuivre la production de ses grosses cylindrées, Mercedes, Porsche, Audi et BMW sur le compte de la réduction globale des émissions de la communauté européenne -j'exagère, mais à peine. En prime notre président se fendait d'un éloge dithyrambique du modèle allemand que "nous" aurions décidé de suivre à la lettre: "nous voulons tout faire comme vous" concluait-il!
Ce qui est en gros la dernière des choses à faire, et la plus grosse bourde que l'on puisse dire à nos amis Allemands lorsque l'on veut engager un dialogue constructif.
Mercredi l'Allemagne était paralysée par une grève des transports, et les statistiques officielles soulignaient que les salaires réels ont été réduits en 2007 pour la quatrième année consécutive. Un bon modèle en effet pour le président français, héraut du "pouvoir d'achat".

jeudi 28 février 2008

Citroën, un coup de pub' qui flatte l'âme, et la lame germanique

La pub' de carla Bruni pour le nouveau modèle de la marque italienne Lancia n'avait pas échappée aux plumes de la rédaction du Spiegel, cette fois c'est la publicité de Citroën pour son nouveau modèle C5, à destination du marché britannique, qui fait la joie de l'hebdomadaire, on line. Sur fond de chevauchée des Walkyries de Wagner, elle accumule tous les poncifs habituels qui collent à l'image de l'Allemagne...Château bavarois, fine lame au regard direct qui décoiffe, en duel, la plume du chapeau de son adversaire avant de grimper dans sa Citroën. Aigle allemand stylisé, cavalière, ciel bleu, arbres enneigés, fanfare et auberge bavaroise où le héros avale trois saucisses (sans moutarde), servies par une blonde plantureuse. Ciel tourmenté, autoroute "nach Berlin", où le chevalier arrive en un clin d'oeil après avoir dépassé tous les poids lourds, et terminant son voyage en beauté devant la porte de Brandenbourg, avec sa C5, un véhicule qui a indiscutablement "quelque chose d'allemand".
Il paraît que la pub' marche en Angleterre ou l'on a toujours un faible pour les véhicules "made in Germany"...et que les poncifs font sourire le spectateur allemand, sans le vexer au contraire. "Le film est charmant et se termine finalement comme un beau compliment, du style: vous les Allemands vous êtes un peu particulier -mais vos bagnoles sont de premier cru." si vous voulez voir la bande publicitaire.

jeudi 17 janvier 2008

Merkel, Sarkozy, à chacun sa conférence de presse

Le président de la République française et la chancelière allemande ont dû l'un comme l'autre, à une semaine d'intervalle environ, reprendre le gouvernail et réaffirmer leur profil. Sarkozy parce qu'il avait été totalement pipolisé les semaines précédentes(?) par son coup de foudre médiatisé avec la chanteuse Carla Bruni -ce qui n'est tout de même pas la fonction première d'un président de la République.

Merkel parce qu'elle s'est laissé embarquer par Roland Koch, ministre président démocrate chrétien du Land de Hesse (Francfort, Wiesbaden) dans une campagne électorale "raciste", selon le consistoire des juifs en Allemagne et la communauté turque. Une campagne contre les délinquance des jeunes immigrés. Le NPD, parti néo-nazi, la soutient à 100%, et elle risque de laisser des plumes si Koch est battu lors des élections régionales dans la Hesse le 27 janvier.
Angela Merkel l'a faite sereine, avec la pointe d'humour nécessaire -mais légère- pour écarter quelques questions piquantes. C'est son style. Elle a fait passer comme une lettre à la poste son double rôle: sa participation à la campagne électorale de Roland Koch en Hesse en tant que présidente de la CDU, contre le SPD, et son rôle de chancelière, "au dessus de la mélée", à la tête de la grande coalition, SPD-CDU.
Sarkozy lui paraissait plus donneur de leçon à l'égard des 600 journalistes convoqués à l'Elysée. Sa diatribe contre le directeur de Libération qu'il a voulu remettre en place en expliquant qu'une "monarchie élective" est un contre sens en soi, en est un bon exemple. On imaginait bien Merkel, renvoyant ce type de question avec humour d'une courte phrase. Sans en faire trop.
Les médias allemands ont retenu de la conférence de presse du président français, sa volonté de faire vivre son nouveau concept de "politique de civilisation", la "fin annoncée des 35 heures" et de la publicité sur les chaines publiques, sa déclaration de mariage -sans date précise- avec Carla Bruni ("c'est du sérieux"), ou sa proposition d'un siège pour l'Allemagne au conseil de sécurité de l'ONU, au même titre que pour le Brésil, l'Afrique du Sud ou l'Inde...ce qui agace, ici! La presse allemande soulignait par ailleurs le septicisme croissant vis à vis des promesses de Sarkozy, en particulier à l'égard de la croissance du pouvoir d'achat.
lire Berliner Morgenpost|lire également Berliner Zeitung
La chancelière quant à elle a profité de sa conférence de presse pour envoyer deux messages à Paris. Un bon point d'abord en rappelant le travail fructueux entrepris dés l'élection de Nicolas Sarkozy en ce qui concerne la restructuration de la direction d' Eads, et l'adoption du traité européen "bis", dont le rejet par la France de l'original avait tant déplu aux Allemands, aux politiques au moins.
Un avertissement ensuite. Elle réaffirmé très carrée son soutien inconditionnel à la politique de la BCE, de Trichet -la stabilité des prix est l'objectif premier, toute intervention sur les marchés financiers pour influer sur la valeur euro/dollar est à rejetter, l'indépendance de la BCE est une pierre angulaire de la politique allemande et européenne. Une politique inspirée de la tradition de la Deutsche bank, et dont on a tous les droits de penser le plus de mal possible. Mais c'est le type de déclaration simple et sans effet de scène, face à laquelle Nicolas Sarkozy -et la France avec-, ne fait pas le poids, malheureusement. Quel que soit le style.

lundi 14 janvier 2008

Le plus écolo des deux...

Que la France, le royaume du nucléaire, soit citée en exemple dans les milieux de sensibilité écologiste en Allemagne n'est pas coutumier. C'est le moins qu'on puisse dire. Mais la politique adoptée par Paris à l'égard du maïs transgénique de Monsanto, le Mon 810, fait des envieux ici. "Le MON 810 est la première plante génétiquement modifiée -et la seule jusqu'à maintenant a recevoir l'autorisation d'être cultivée pour des raisons commerciales dans notre pays, s'insurge Bärbel Höhn, dirigeante des Grünen, les Verts. Seehofer, (le ministre de l'agriculture, CSU, ndr) est le premier a avoir ouvert la porte aux OGM".
"Seehofer devrait suivre l'exemple de la France, poursuit-elle et lever l'autorisation accordée au Mon 810. Celui-ci peut avoir des conséquences négatives sur l'environnement, les recherches scientifiques le démontre". La France l'a reconnu et en a tiré les bonnes conséquences en interdisant sa culture." Seehofer devrait faire de même."
Le quotidien berlinois alternatif die Tageszeitung qui rapporte ses propos en rajoute contre le ministre de l'agriculture allemande qui est assis "le cul entre toutes les chaises". Il lui reproche sa politique en zigzag qui consiste à donner raison aux uns et aux autres. "Quand les partisans et les adversaires d'une politique critiquent une réglementation, il y a de bonnes raisons pour qu'elle soit bonne dans la majorité des cas, assure Horst Seehofer", qui préfèrerait encore ne pas avoir à se mêler de la question des OGM, poursuit le quotidien berlinois. Le feu vert de Bruxelles pour les plante génétiquement modifié devrait reposer uniquement sur les décisions et avis de la commission scientifique européenne des biens de consommation, selon lui. Les politiques se verraient ainsi épargner le cruel dilemne de devoir choisir quel OGM doit être autorisé ou non.
lire die Tageszeitung

reportage Antenne 2 sur le Mon 810 (you Tube avril 2007)

dimanche 13 janvier 2008

Sarkozy, "le seigneur des anneaux"

"Speedy Sarko" comme on le surnomme maintenant dans les médias en Allemagne avait fait sensation les premiers mois. La crise du non français au traité européen résolue, en duo avec Angela Merkel, avait impressionné. Le ton direct et sans apprêt, la bise au lieu du baise-main chiraquien aussi. Les commentateurs berlinois voyaient déjà un président français conquérant, en passe de ravir sa place de leader de l'Union européenne à Angela Merkel. Et ils le prévenaient gentiment: "attention, elle sait mordre".
Puis "Speedy Sarko" a commencé à perdre son crédit. Ses charges contre la politique monétaire de la BCE -inspirée de la tradition de la Bundesbank-, heurtent Berlin, comme les libertés prises avec les critères du traité de Maastricht. Les heurts avec le ministre des finances allemand, Steinbrück, ont été sévères. Son attitude a-critique vis à vis de la Russie de Poutine, très proche de celle de l'ex chancelier Schröder, irrite la chancelière. La médiatisation de l'expédition lybienne de Cécilia Sarkozy a été très mal vécue en Allemagne ou le ministre des affaires étrangères, Steinmeier, avait déployé énormément d'efforts pour la libération des infirmières. La perspective de l'Union méditerranéenne renforçant le poids de la France en priorité ne séduit pas plus, au contraire.
Mais c'est la politique people du président français qui est en passe de ruiner sa stature. "Cela tourne à la farce", commente le Spiegel. tandis que le berliner Morgenpost raille Sarko: "le seigneur des anneaux"! Le divorce suspens après quelques semaines à peine à l'élysée; les rumeurs de reconquêtes et/ou de nouvelles conquêtes égrainées sur le web; le show à Disneyland enfin, ont fini par lasser les plus patients. La sortie de trois livres à la fois dévoilant les faces cachées du couple Nicolas/Cécilia les a achevé ce week-end. "Sarkozy bluffe avant tout les Français et de plus en plus l'opinion internationale avec sa vie privée turbulente, son amour du luxe et sa présence croissante dans les unes de la presse boulevard. Son coup de foudre avec l'ex-top model Carla Bruni est avant tout un nouvel eldorado pour les paparazzi", commente le Spiegel.
Les divorces et les remariages ne sont pas rares dans les milieux politiques allemands pourtant. Schröder en est à la quatrième noce, Fischer à la cinquième, Seehofer, dirigeant de la CSU bavaroise a fait pendant des mois la une de la presse avec sa double liaison, sa femme et sa maîtresse. Mais ils ne donnaient pas l'impression d'en faire un spectacle prenant la place de leur politique estime-t-on ici. Et la critique de ce côté du Rhin est d'autant plus rude pour Sarko que l'on s'interroge de plus en plus sur le fond des réformes qui devaient faire les gros titres de sa présidence. Face à une conjoncture maussade, "Speedy Sarko" n'a pas de "recettes miracles" semble-t-il. lire der Spiegel
Sarkozy et Merkel à Berlin le 12 nov 2007. Premier conseil franco-allemand pour le président français.

samedi 12 janvier 2008

Les mythes franco-allemands

Vue de France ou je viens de faire un cours séjour, l'Allemagne fait toujours figure de modèle. Les plaquettes écolos pour les véhicules, verte, jaune, rouge, qui viennent d'être instaurées dans plusieurs grandes villes comme Berlin, pour réduire les émissions de poussières fines notamment, ont été souvent présentée dans les médias français comme beaucoup plus efficaces qu'elles ne le sont en fait. Un véhicule à moteur à essence post 1988, avec catalyseur, est ainsi à peu près certains d'obtenir la plaquette verte, garantissant une circulation sans limite aucune. Les plaquettes jaunes et rouge qui ne permettront plus après 2010 aux véhicules qui en sont dotés de circuler au centre de la capitale -plus précisemment à l'intérieur de la zone délimitée par le réseau circulaire du SBahn, le RER berlinois-, sont en général attribuées à des véhicules diesel. Ceux qui ne peuvent pas ou ne peuvent plus être dotés d'un filtre à particule, des véhicules utilitaires, des "vieilles" Golf ou des "petites françaises des années quatre-vingt-dix" ne valent désormais plus un clou.
Mais pour l'instant l'interdiction en vigueur depuis le 1er janvier n'aurait guère d'effet. Les contrevenants "sans plaquette", sont nombreux. Et puis le réseau circulaire du S-Bahn ne filtre pas les gaz émis à l'extérieur de la zone réservée au plaquettes, où les sans plaquette peuvent circuler librement. La protection est quasi-nulle. C'est un peu comme la blague des nuages de Tchernobyl, qui ne franchissaient pas les frontières.
Plus intéressant par contre: l'idée de la limitation de vitesse commence à faire son chemin. L'Allemagne est le dernier pays du monde ou vous pouvez encore pousser à 250 km/h sur un autoroute. Sans crainte. Le dernier congrès du SPD vient d'adopter une résolution estimant qu'il était temps que l'Allemagne se mette au goût du jour, si elle veut garder son profil écolo, et adopte donc la limitation à 130 km/h, elle aussi. Sigmar Gabriel, ministre de l'environnement (SPD), vient d'adopter cette position à laquelle il était hostile jusqu'ici -il vient du Land de Basse-Saxe ou est implanté VW. Il y aura ceci dit encore loin sans doute de la parole à l'acte. Le modèle même de l'industrie automobile allemande repose sur les "grosses" cylindrées, puissantes et rapides.
Vu de France toujours, on insistait récemment sur une chaîne de télévision française sur le "courage" des Allemands dans la réforme des régimes de retraite, reportant même l'âge de la retraite à 67 ans. C'est ignorer que si l'Allemagne justifie cette décision certes par l'allongement de la durée de vie, comme ailleurs, elle la fonde surtout sur le "tournant démographique" qu'elle est en train de subir. "Nous devons allonger la durée du travail jusqu'à 67 ans, parce que depuis les années soixante-dix nous avons décidé de ne plus faire d'enfants" -ou presque plus-, explique-t-on au ministère du travail. Or les futures générations assurent la retraite des anciennes. La France, elle, ne connait pas ce "tournant". On voit même se multiplier les reportages dans la presse allemande sur le thème "pourquoi les Français font-ils encore des enfants", sous-entendu: et pas nous? Il serait donc absurde en France de vouloir suivre le modèle allemand. Enfants ou retraites.

Bloc Note

Musiques



Photos



Manifestation anti-atome à Berlin le 5 septembre 2009, colonne de tracteurs venus de la région de Gorleben, le site de stockage des déchets nucléaires, devant la porte de Brandenbourg

Les jeunes anti-nucléaires ont pris d'assaut les chars russes du mémorial à l'armée rouge.

Anti-nucléaire toujours, à Asse, le site catastrophe de stockage qui devra être évacué.

Marathon berlinois 2008, sous un ciel bleu, des danseuses danoises font la samba d'honneur aux coureurs imperturbabes.


Marathon berlinois toujours.


Leipzig en 1989, il y a plus de vingt ans, le mur tombe, on s'informe sur le kiosque, devant la salle de concert du Gewandthaus, de quoi l'avenir sera-t-il fait?





Calendrier

« mars 2008
lunmarmerjeuvensamdim
12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31

Je suis correspondant de presse en Allemagne pour les quotidiens la Croix, Sud Ouest, La Tribune de Genève, 24 heures de Lausanne. Vous trouverez sur ce blog billets et articles sur la vie politique, sociale, culturelle, en Allemagne et à Berlin.
Sur l'actualité quotidienne vous pouvez lire ma :
Revue de la presse allemande
.