FIL D'ORIENT

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par Michel Verrier | Accueil: http://www.michel-verrier.com |

lundi 8 février 2010

Ahmadinejad et le coup du nucléaire

Mettez vous à la place d’Ahmadinejad. Son régime est aujourd’hui contesté comme jamais. Nous sommes à quelque jour des cérémonies officielles de la révolution islamique qui risquent d’être sérieusement troublées par les opposants. Les manifestations peuvent tourner au bain de sang. Le régime iranien en est arrivé à pendre ceux qui s’opposent à lui, espérant créer un effet dissuasif.
L’opposition issue des rangs du khomenisme, Moussavi en tête, qualifie elle même le régime, guide suprême y compris, de dictature, tyrannique.
Et toc, le président iranien ressort la provocation nucléaire de sa poche au nez de la conférence de Münich.
Les pays occidentaux répliquent aussitôt et si j’ai bien lu les dépêches, Robert Gates, le secrétaire américian à la défense, évoque même une intervention militaire...
Ahmadinejad sait que tous les iraniens, opposants compris, sont plutôt favorables au libre accès de Téhéran à l’industrie nucléaire et à l’enrichissement de l’uranium, même si beaucoup -à fortiori depuis ces derniers mois- n’approuvent pas le bras de fer entamé à ce propos par le régime.
La menace d’intervention militaire contre Téhéran, de bombardements des installations nucléaires est donc le meilleur argument que l’on puisse donner au régime pour appeler les iraniens à faire front, contre l’ennemi extérieur.

mercredi 29 juillet 2009

Avertissement pour Jalal Talabani à Suleymanieh

Si les pré-résultats des élections au Kurdistan d'Irak se confirment, le succès de la liste d'opposition, « Goran» à Suleymanieh est un sérieux revers pour Jalal Talabani, chef kurde et président de l'Irak, dans son propre fief. « Goran » s'est donné le but d'imposer le changement dans la région kurde, de lutter contre la corruption et le monopole du pouvoir des deux leaders « historiques de la région, Talabani et Barzani, et de leurs équipes, tribus, clans, ou familles. Massoud Barzani, semble pourtant avoir été conforté lui dans son rôle de président du Kurdistan irakien. Il a été élu avec 67,59% des voix sans guère de contestation possible semble-t-il par les électeurs de la région autonome. Son élection au suffrage universel est une première.

Et le parti contestataire de Nershiwan Muhamed n'a pas fait une percée dans la région d'Erbil que contrôlent les Barzanis, semble-t-il. «Goran» a protesté il est vrai contre les attaques dont ses membres et permanences auraient été victimes de la part de forces du KDP ou de proches du parti de Barzani.
Mais Goran est surtout issu de Suleymanieh, c'est une scission du Puk, le parti de Talabani, dont Nershiwan Muhamed fut l'un des fondateurs. Les listes de Goran dans la région de Sulemanieh étaient constitués en partie de cadres ou d'ex-cadres du Puk. Nombre d' électeurs du Puk ont « voté Goran » pour donner un avertissement à Jalal Talabani.

Un geste qu'ils ont fait avec d'autant plus de sérénité que la liste unie rassemblant les deux partis historiques le PUK (Union patriotique de Kurdistan) de Talabani et le KDP (parti démocratique du Kurdistan), garantissait l'élection au parlement kurde de candidats du PUK à parité avec ceux du KDP, sur la base du résultat final de la liste. La liste aurait totalisé environ 57% des voix dans l'ensemble de la région kurde. Le bureau politique du PUK a décidé de poursuivre l'union « stratégique » avec le parti de Barzani. Une manière de se protéger face à la contestation croissante.

Suleymanieh est connu depuis longtemps comme la ville des esprits rebelles. Nombre d'intellectuels, de responsables politiques, d'esprits indépendants, y animent la vie intellectuelle et politique. Narshiwan Muhamed lui même est à la tête d'un ensemble médiatique, « Wisha », comportant chaîne de télévision, journaux et site web, indépendant du pouvoir dominé par Talabani.
Nashirwan estime que l'époque de la peur et du danger est révolue au Kurdistan. La situation économique et politique s'est stabilisée, les relations avec le gouvernement central de Bagdad aussi. L'heure est donc venue, selon lui, de doter les Kurdes des services dont ils ont besoin, de démocratiser le Kurdistan, de battre en brèche la corruption, de réduire l'éventail des richesses, de casser le monopole du pouvoir du Puk et du Kdp, de donner leurs chances aux jeunes qui ne sont pas membres des réseaux familiaux ou d'intérêts des Barzanistes ou des partisans de Talabani. Talabani a réagi en instaurant une politique de « réforme » au sein du PUK.

Mais si les élites politiques kurdes s'étaient installées dans le confort politique du pouvoir, ces élections marquent en quelque sorte la fin de cette époque, estime Bashdar Pusho Ismaeel (The Kurdish Globe). Le prochain gouvernement devra être plus transparent, et comptable de ses actes, accompagné d'un système judiciaire indépendant et respecté. Et si les électeurs sont mécontents la majorité du PUK et du KDP s'érodera encore lors du prochain scrutin.

lundi 20 juillet 2009

Liban: Joumblatt confirme les rumeurs de l'assassinat d'Hariri par des membres du Hezbollah

Selon le quotidien francophone libanais l'Orient le jour, "le leader du PSP Walid Joumblatt a transmis aux dirigeants du Hezbollah des informations précises sur une possible implication de certains membres du parti dans l'assassinat du Premier ministre Rafic Hariri."
Joumblatt aurait appris que des noms de membres du Hezbollah figureraient dans l'acte d'accusation du Tribunal spécial de l'ONU, même si le parti en tant que tel n'est pas mis en cause. Une rumeur qui confirmerait les révélations de l'hebdomadaire allemand der Spiegel du 23 mai dernier selon lequel: "le tribunal spécial de l'Onu qui enquête sur l'assassinat de l'ex premier libanais Rafik al-Hariri aurait découvert une réalité surprenante qu'il dissimule: le coup viendrait du Hezbollah." Joumblatt avait alors critiqué ouvertement ces « prétendues révélations » les comparant à un « nouvel autobus de Aïn el-Remmaneh » -une référence à l'événement qui déclencha la guerre de 1975.

"De son côté, rapporte l'Orient le jour, le Hezbollah estime que toutes ces « épées de Damoclès » brandies contre lui s'inscrivent dans un même plan visant à l'affaiblir, d'abord pour satisfaire Israël, mais aussi pour exercer des pressions sur l'Iran." Le Hezbollah, expliquait lors de la parution de l'article de Der Spiegel qu'il était inspiré par l'état hébreu -dont l'hebdomadaire allemand serait le porte-parole- et visait à influencer les électeurs qui hésitaient encore sur leur vote lors de la campagne des dernières élections libanaises. L'article aurait été destiné également à faire oublier la libération des généraux libanais libérés après des années de détention sous l'accusation d'avoir fomenté l'assassinat.

La confirmation des révélations du Spiegel démentirait donc cette explication officielle et serait évidemment explosive. Elle entraînerait de sérieuses difficultés pour le parti de Nasrallah sur la scène libanaise. Avec leurs contrecoups dans la région. Le Hezbollah souligne qu'elles sont destinées aujourd'hui à influencer en sa défaveur la constitution du futur gouvernement. Il est évident par ailleurs que les révélations du Spiegel n'étaient pas réellement une surprise pour Joumblatt et ses alliés. S'ils accusaient d'abord Damas jusqu'alors d'être à l'origine du coup contre Rafiri, ils évoquaient en même temps l'implication inévitable de forces spéciales du Hezbollah dans ce cas.
Mais Joumblatt et le camps du 14 mars emmené par Saad Hariri tient avant tout aujourd'hui à stabiliser la situation issue des dernières élections qui leur est favorable, conscients des conséquences terribles que pourrait avoir les révélations du tribunal si elles se confirment.

Les avertissements de Joumblatt au Hezbollah, et son "dialogue" avec le parti de Nasrallah visent peut être donc à concilier l'inconciliable -ou du moins ce qui peut le paraître- l'implication de réseaux du Hezbollah dans l'assassinat d'Hariri si elle est confirmée et la participation de leur parti au gouvernement. Le Hezbollah de son côté devrait dans ce cas faire d'incontournables concessions au 14 mars, dans le domaine de son armement peut être même.

samedi 18 juillet 2009

Iran la crise révolutionnaire se poursuit

Après être resté des plus discrets depuis le début de la crise, à tel point que selon certains analystes il avait en fait ravalé ses critiques, Hachemi Rafsanjani a exposé vendredi au grand jour la fracture qui traverse le régime iranien. Réclamant la libération des prisonniers politiques, l'écoute des revendications des manifestants, la prise en considération de leur défiance à l'égard du régime et de l'élection d'Ahmadinejad, il a mis en cause directement sans le nommer, le guide suprême Ali Khamenei. Un mois après le début de la "révolution verte", la répression n'a rien résolu. Ahmadinajd et le guide suprême, Ali Khamenei ont perdu ce qui leur restait de légitimité aux yeux de la majorité des iraniens sans doute. Le prêche réformiste de vendredi de Rafsanjani, généralement considéré comme le numéro 2 de l'état islamique; les critiques des ayatollas les plus révérés de Quom -au delà de Montazeri que l'on présente souvent à tord en Europe comme l'esprit le plus influent; l'absence de soutien significatif des religieux à l'élection d'Ahamadinejad; l'attitude sans concession de Moussavi-Karroubi face au vote truqué et au coup d'état à froid qu'il était censé faire passer; tous ces facteurs s'accumulent pour fragiliser la position du guide suprême et du président "ré" élu et renforcent en retour la détermination populaire.

Comme le signale l'éditorialiste du journal allemand Die Welt, l'Iran est entré dans une situation révolutionnaire telle que les décrivaient Lenine: le peuple ne veut plus être gouverné et les gouvernants ne peuvent plus gouverner comme avant.

Selon Shirin Ebadi, prix nobel de la paix, la crise ouverte depuis un mois et les manifestations de vendredi lors du prêche de Rasfandjani sont un évènement historique pour l'Iran et le reste du monde. La mobilisation populaire ne s'effacera pas tant que les revendications des manifestants réitérés depuis un mois ne seront pas satisfaites, en partie au moins. De ce point de vue, souligne Ebadi, Rafsanjani a été muet justement sur la question principale, la remise en cause du vote truqué par les électeurs qui n'ont pas été dupes. Décevant les attentes des manifestants les plus déterminés, vendredi.

Ce n'est guère étonnant. Le projet réformiste de Rafsanjani est avant tout d'arrondir les angles de la République islamique, d'en alléger les contraintes, les diktats, afin de la préserver sur le fond. C'est sous cet angle que la politique d'Ahmadinejad-Khamenei lui parait coupable. D'où ses appels vendredi à respecter le cadre et les lois de la République. Il n'a aucune intention de faire la révolution. Il n'empèche! Quelles que soient ses intentions ses critiques vont approfondir encore la crise de légitimité de la doctrine du guide suprême, du velayat e faqih, transformée en système par la révolution de Khomeni. L'autorité du religieux sur le politique incarnée par un seul homme. On dit que Rafsanjani cherche à mettre sur pied une autre version plus collective du "guide de la religion", sous la forme d'un conseil des sages en quelque sorte. Difficile à mettre sur pied, une telle réforme marquerait en fait la fin du khomenisme. La crise actuelle accroît de toute façon le poids des partisans de la séparation des autorités religieuses du politique en Iran, de la rue de Téhéran à Quom même -comme elle renforce le poids de l'Irak, de Nadjaf, des ayatollahs de la ville sainte et d'Ali Sistani -iranien lui même- hostiles à la doctrine Khomeni.

Or selon l'un des conseillers de Khamenei cité par Juan Cole dans son blog Informed Comment, la doctrine du guide suprême étaye la poursuite de la révolution islamique en Iran. Le simple discours de Rafsanjani en sape donc les fondements, estiment les conservateurs. Durant son discours vendredi, nombre de manifestants traduisaient abruptement ses critiques de la politique de Khamenei-Ahmadinejad en scandant:" mort au dictateur". Rafsanjani a fait référence à la puissance du peuple qui mit à bas la dictature du shah. Il légitime en ce sens la mobilisation actuelle aux yeux de ses participants, y compris pour le renversement de ce que nombre de ses participants considèrent comme une "nouvelle" dictature.

vendredi 26 juin 2009

Ballons verts dans le ciel de Téhéran

Les Chiites divisés, de Quom à Nadjaf en passant par Beyrouth

Au Liban,
« Le Hezbollah n'a rien à voir avec les affaires intérieures de l'Iran. Nous ne prenons le parti de personne », a affirmé le numéro deux du Hezbollah Naïm Kassem dans une interview jeudi à l'AFP . « Il s'agit d'une affaire intérieure iranienne ».
« Ce qui se passe en Iran n'a rien à voir avec la situation du Hezbollah. Nous avons notre spécificité libanaise et notre popularité. Ces événements ne touchent pas le Hezbollah », « Ce qu'on voit là-bas n'est pas un simple mouvement de contestation de la présidentielle, il y a des émeutes et des agressions dans la rue qui sont orchestrées par l'étranger pour déstabiliser le régime islamique en Iran », a poursuivi le dirigeant du parti chiite.
Il a toutefois refusé d'accuser l'ensemble des manifestants ou les leaders de la contestation menée par Mir Hossein Moussavi, principal rival de Mahmoud Ahmadinejad, d'être « à la solde de l'étranger ».
« Je considère que les choses en Iran se dirigent vers une fin de la crise et un retour à la normalité ».

En Iran,
L'Ayatollah Montazeri, ancien allié de Khomeiny,
figure de référence du chiisme iranien est sous surveillance du régime depuis des lustres. Il est beaucoup plus féroce. « Je me suis impliqué autant que j'ai pu dans les combats contre le régime du Shah et l'instauration de la République islamique. J'ai honte devant le peuple et je répète avec force que l'islam n'a rien à voir avec le comportement des dirigeants actuels. Ces actes et cette politique conduites sous la bannière de la religion vont très certainement éloigner avec cynisme nombre de gens des principes de l'Islam et ruiner les efforts méritoires et courageux des Oulemas.
Dans un régime qui se prétend fier d'être islamiste, et chiite, 30 ans seulement après la victoire de la révolution contre le Shah, alors que les gens se souviennent encore des scènes du renversement de l'ancien régime, comment ont-ils pu transformer Téhéran et d'autres grandes villes en vaste garnison alors que le monde nous regarde? »
Ils envoient les militaires, les uniformes qui rappellent les agents du Shah avec leurs matraques et leurs bâtons, « attaquer comme des lâches les jeunes, les femmes et les hommes de ce pays, répandant leur sang. »

Le Grand Ayatollah Nasser Makarem-Shirazi appelle lui à la conciliation. « Des évènements très regrettables ont suivi la magnifique élection présidentielle et certains aventuristes se sont saisi des polémiques entre les honorables candidats. "Ces évènements ont causé peines et regrets à tous les Iraniens loyaux aux dirigeants de l'Islam et à la révolution et ont réjoui nos ennemis."
Insistant sur l'importance de résoudre les différents dans la légalité, l'Ayatollah Nasser Makarem-Shirazi souligne que "la solution du conflit ne doit pas être superficielle et tout doit être fait pour que le feu ne couve pas sous les cendres, et pour assurer que les hostilités, antagonismes et rivalités se transforment en amitié et coopération entre toutes les parties. Il appelle les rivaux à la retenue, afin de résoudre les problèmes rationnellement dans le souci de l'avenir du pays, et tous les observateurs à participer à la solution des problèmes en cours."

Selon Babak Sarfarz, le pseudonyme sous lequel écrit un journaliste iranien dans "the Nation". Hachemi Rafsanjani, s'agiterait furieusement dans les couloirs de Quom, la ville sainte, selon une source digne de confiance. Il cherche à convoquer une réunion extraordinaire de l'assemblée des experts, théoriquement chargée de nommer et de contrôler les actes du guide suprème, Ali Khamenei. Ce dernier serait « juridiquement » accusé d'avoir manigancé un coup d'état dans le dos du conseil des experts; d'avoir comploté contre Rafsanjani, lui même président du conseil des experts; d'avoir mis en danger la stabilité de la République islamique par ambition personnelle.
Le plan de Rafsanjani serait le remplacement de la dictature d'une seule personne, le guide suprême, par un conseil de direction composé de trois membres haut placés du clergé, ou plus. Une formule qui avait déjà été envisagée, puis abandonnée en 1989. Rafsanjani accorderait un siège à Khamenei pour éviter tout affrontement violent avec ses partisans. Mais rien n'assure que Rafsanjani puisse rassembler les deux tiers des membres du conseil des experts sur sa position.
Symboliquement il voudrait tenir cette prochaine réunion à Quom, la centre de la vie religieuse en Iran dont Khamenei a réduit l'influence au profit de Téhéran.

En Irak,
A Nadjaf, la ville sainte irakienne, c'est le silence.
Les autorités religieuses des deux pays sont sur deux orbites différentes depuis la révolution en Iran, il y a trente ans. Le clergé irakien rejetait alors la doctrine Khomeini des plein pouvoirs du guide suprême. Mais les autorités chiites ne se sont pas prononcées ces dernières semaines lorsque Khamenei a utilisé la force pour réprimer les manifestants. La Hawza, les séminaires de Nadjaf ne s'intéressent pas à ce qui se passe en dehors de l'Irak, selon Mohammed Ridha al-Gouraifi, 56, cité par l'agence kurde Peyamner, un assistant du Grand Ayatollah Ali al-Sistani, le plus haut dignitaire chiite, iranien d'origine d'ailleurs. Les mobilisations en Iran sont « une affaire intérieure et la Haza ne se mêle en aucun cas des affaires intérieures de quelque pays que ce soit. » A l'inverse de l'Iran qui interfère par contre beaucoup trop dans les affaires intérieures de l'Irak estime-t-on à Nadjaf. La République islamique entraîne et finance quelques unes des milices les plus actives et entretient des liens particuliers avec le conseil suprême islamique de l'Irak, un parti politique qui s'est organisé en Iran.
Un point de vue partagé par la plupart des autres membres du clergé de la ville sainte et qui tient à la fois d'une philosophie politique différente et des retombées de la guerre Iran-Irak qui a coûté un million de victimes à chacun des deux pays, et marque l'image de l'Iran chez son voisin. Le quiétisme (Taquia), qui implique de ne pas prendre part aux querelles politiques est la doctrine régnante à Nadjaf. Le silence du clergé pendant le règne de Saddam Hussein lui a même valu d'être accusé de passivité alors que le dictateur faisait des milliers de martyrs, y compris dans ses propres rangs. L'Ayatollah Mohamed Sadiq al Sadr, le père de Moqtada fit seul exception.
Le quiétisme a eu ses effets positifs cependant en tenant à l'écart la doctrine religieuse de la vie politique au lendemain de la chute de Saddam. « Selon nos études et nos principes, nous n'avons pas le droit de nous méler de la politique du gouvernement », explique le Sheik Ali al Najafi, le fils de l' Ayatollah Bashir al-Najafi, l'un des quatre clercs qui font référence à Nadjaf. “La séparation entre le gouvernement et la Hawza est totale ».

lundi 22 juin 2009

La révolte en Iran secoue le monde chiite

Le conflit s'approfondit sur le plan politique et religieux dans les milieux dirigeants de la République islamique, tandis que les affrontements se poursuivent aujourd'hui dans les rues de Téhéran. Des milliers de manifestants affrontent les Basiji, la police anti-émeute et les gardiens de la révolution mobilisés pour défendre l'élection d' Ahmadinejad, avec l'aval du guide suprême, Ali Kamenei. Des dizaines de milliers de personnes, selon certains Twiter, allument des bougies rendant hommage aux victime de samedi, comme l'ont demandé les partisans de Moussavi et Karoubi.

En arrière-plan, selon les rumeurs dont se fait écho notamment la chaîne al Arabiya, Hachemi Rafsanjani, supposé être le dignitaire religieux le plus puissant en Iran après Khamenei, chercherait à obtenir à Quom l'accord d'une majorité du conseil des experts pour mettre fin au pleins pouvoirs d'Ali Kamenei. Une décision qui remettrait en cause le statut du guide suprême. Le conseil des experts que préside Rafsanjani est censé désigner et surveiller le guide.
Khamenei détient ses pleins pouvoirs de la« wilayet el-faqih », la particularité de la révolution islamique iranienne, imposée par l'ayatollah Khomeni lui même. C'est une juridiction prônant le pouvoir absolu du savant religieux qui a été imposée à l'Iran au lendemain de la révolution contre le Shah et qui n'est pas un dogme incontesté dans le monde chiite. Loin de là.

« Mélanger l'autorité politique à l'autorité du guide religieux » est dangereux, pour la religion, soulignent les adversaires chiites de ce système. « Car l'échec du politique rejaillit alors sur la religion elle même. » C'est là un argument que j'ai souvent entendu en Irak par exemple, chez les partisans du conseil suprême islamique, l'un des partis chiites dominant, lié à la famille religieuse des al Hakim, dont l'ayatollah Mohamed Saïd al Hakim. L'ayatollah al Sistani, la figure de référence des musulmans chiites, le gardien des lieux saints de Nadjaf, iranien d'origine, est lui même un adversaire de la wilayet el-faquih -et s'opposa à Khomeni, sur cette question entre autres.
Selon al Arabiya, un représentant d'al Sistani participerait d'ailleurs actuellement à Quom aux concertations avec Rafsanjani.

La mobilisation contre Ahmadinejad secoue tout autant le monde chiite libanais. Quel que soit son enracinement au Liban même, le Hezbollah est en effet issu de la révolution iranienne et se réfère toujours à la volonté du guide suprême iranien, à la wilayet el-faquih. Un « dogme » qu'il ne faut pas mettre en cause, selon Hassan Nasrallah, dont les récentes affirmations à ce propos sont contestées aujourd'hui.
La répression des manifestants en Iran percute la communauté chiite dans l'ensemble de la région.
La mobilisation populaire en cours -quels que soient ses résultats immédiats- bouleversera à terme les courants et les rapports de force en son sein. Elle va conforter notamment le sentiment des chiites irakien d'être les vrais gardiens fidèles du dogme dont les liens saints sont en Irak même, à Nadjaf et Kerbalah.

Au lecteur curieux je conseille la lecture de ce texte: L’Imamat et la « Marja’yya » chez les chiites par Saoud Al-Mawla.

dimanche 21 juin 2009

Lendemain du samedi sanglant, Moussavi défie Khamenei.

Au lendemain du samedi sanglant quelques milliers de manifestants ont manifesté à nouveau dimanche après-midi dans la capitale iranienne. Le site Revolutionary road diffusait notamment cette vidéo montrant un cortège à 14H50, dans Forsat Shirazi str, qui défile en scandant: "à mort le dictateur".
Selon les estimations les manifestations auraient fait 13 morts hier d'après la télévision d'état. 19 selon plusieurs sources dont CNN. Le chiffre s'élèverait à 150 selon certaines sources hospitalières.

Les manifestations à Téhéran Shiraz, Tabriz, marquent un tournant dans la crise iranienne ouverte depuis le 12 juin. Elles ont été certes beaucoup moins massives que les précédentes. Nombres de manifestant(e)s ont préféré se replier chez eux devant le déploiement des forces de répression qui ont réussi à éviter toute jonction des cortèges. Mais après le discours provocateur de Khamenei la veille , la répression sanglante ôte au guide suprême ses dernières cartes d'autorité spirituelle. En déployant la violence médiatique et physique contre les adversaires d'Ahmadinejad, il est redescendu ainsi ouvertement au rang de simple dictateur, défendant ses intérêts de caste et faisant tirer sur le peuple qui le conteste. Un prototype de gouvernement bien connu dans la région, ou le modèle iranien a perdu en une semaine ce qui lui restait de son image à part.

La répression des manifestations d'hier ne suffira pas à défaire la contestation. La déclaration de Moussavi publiée hier soir qui met ouvertement en cause Khamenei, sans le nommer directement, prend acte de ce fait. Elle caractérise ses manoeuvres comme un vrai coup d'état rampant qui met fin au consensus existant jusqu'à présent au sein de la République islamique. Elle trace une perspective de défense des acquis de la révolution contre le Shah sur le plan social, démocratique, des droits de l'homme, qui ne peut être possible que par le renversement du duo Ahmadinejad-Khamenei. D'ou l'exigence réitérée hier d'annulation des élections. La "défense de la révolution islamique" peut paraître évidemment vouloir remettre sur pied exactement ce qui a entraîné les causes du drame que vivent les iraniens aujourd'hui. Mais il est impossible d'attendre autre chose de la part de Moussavi, l'un des piliers de l'islamisation de la révolution de 1979.

Sa proclamation d'hier n'en est pas moins décisive. Elle montre qu'il n'abandonne pas le projet de réforme de la République islamique actuelle qui lui a valu le soutien populaire de millions de manifestants ces derniers jours et qu'il justifie ce cours politique, face à Khamenei et y compris contre lui.

Or il n'existe pas aujourd'hui d'alternative politique, en Iran même, au sein de ce mouvement, même dans les rangs des jeunes qui considèrent simplement que Moussavi n'est que le moindre des maux possibles dans un cadre qu'ils contestent beaucoup plus profondément.

Il ne faut pas ignorer que les revendications démocratiques telles que le respect du scrutin populaire, le rejet des manipulations et des fraudes, ne sont certes pas particulières à l'Iran. Mais les traditions, la culture, l'histoire qui imprègne le pays restent déterminantes pour conserver sa force, son unité au mouvement qui n'en est qu'à ses débuts dans l'affrontement, trente ans après la révolution contre le Shah.
Annuler les élections -et donc en finir avec Ahmadinejad- reste son but.
Les jours qui viennent vont montrer quel est l'assentiment populaire du mouvement de révolte contre Khamenei et Ahmadinejad. Les manifestants d'hier sont ils soutenus par la majorité de la population, même si elle n'a pas participé aux affrontements? Comment réagit le clergé à Quom face à la nouvelle donne? Quelle est l'attitude des forces militaires et des gardiens de la révolution face à la répression, la multiplication des arrestations d'opposants? Moussavi sera-t-il arrêté lui même? Les Iraniens vont-ils avoir recours à la grève après les manifestations, voire la grève générale?

Ahmadinejad et Khamenei ont voulu tourner la page le plus brutalement possible en truquant les élections avec une telle énormité qu'ils espéraient écraser sous le coup les vaincus par un score incontestable, et en menaçant puis en faisant donner la troupe dés la première semaine de manifestation sans avoir tenté auparavant de trouver le moindre compromis.
Dans le premier cas ils ont fait l'erreur la plus monumentale qui soit. Croyant intimider les vaincus par un score énorme d'Ahmadinejad, ils n'ont fait que rendre celui-ci totalement irréaliste pour l'électorat.
Il est possible qu'ils aient fait le même type d'erreur en voulant écraser militairement le mouvement samedi.

Tout le problème est de savoir maintenant note Juan Cole dans son blog Informed Comment si la situation est plus proche de 1963, quand le Shah parvint à écraser la rébellion emmenée par Khomeni, ou de 1979 quant il échoua face à la révolution qui abattit son régime.

samedi 20 juin 2009

Manifestations et affrontements en dépit des menaces de Khamenei.

Les manifestations pour l'annulation des élections se sont tenues aujourd'hui samedi, en dépit des mises en garde du guide suprême Khamenei et du quadrillage de Téhéran et des grandes villes iraniennes par la police, les milices bassidji et selon certaines informations par les gardiens de la révolution et l'armée.



Les cortèges ont été attaqués, dispersés, avec les motos et les matraques, les gaz lacrymos, les jet d'eau, des tirs dans certains cas. Une bombe a explosé près du mémorial de Khomeni, tuant deux personnes.


Les manifestants se sont alors affrontés avec les forces de répression dans nombre d'endroits, à Téhéran, comme à Ispahan, Chiraz, Tabriz...
Selon diverses sources, de Revolutionary road à la correspondante de CNN à Téhéran le nombre des morts serait de 19, à 150 (!).




Moussavi s'est adressé aux manifestants à Téhéran, du sein du cortège, à Azadi street : "le sang des innocents retombera sur les coupables", il leur aurait donné la consigne de faire grève s'il était arrêté.
Il revendique toujours l'annulation des élections.

Mort au dictateur", mais aussi "Mort à Khamenei", ont été parmi les slogans repris par les manifestants.

Cortège de manifestants à Téhéran






Les manifestants s'affrontent avec les forces de répression.

A Ispahan.


A Téhéran


Affrontement avec les milices Basiji', à Téhéran


Sources: Twitter, http://twitter.com/iranbaan;
Revolutionary road: http://shooresh1917.blogspot.com/;
niacINsight: http://niacblog.wordpress.com/

vendredi 19 juin 2009

"C'est la fin de l'ère de Khamenei"

Mehdi Jami, journaliste iranien connu, photographe, cinéaste, écrivain, a écrit sur son blog après avoir entendu le discours-prière de Khamenei ce vendredi. (Traduction d'après le texte en Anglais publié sur le site de la communauté iranienne aux USA).

C'est la fin de Khamenei, et le début d'une nouvelle ère. Il n'entend pas notre voix, il ne parle pas notre langue. Khamenei a montré au peuple aujourd'hui qu'il n'est pas son guide...il nous considère comme des ennemis. Les élections ne lui importent pas. Il parle seulement au nom d'un petit groupe d'individus. Le problème c'est qu'il veut éliminer tous les autres, afin qu'ils ne puissent participer aux prises de décision collectives! Les gens le ressentent.

Ils réalisent que le pouvoir est confisqué dans les mains d'un petit clan. Khamenei méprise même les vieux leaders de la révolution. Dans ce régime il n'y a pas la moindre place pour quelqu'un qui a ses propres opinions. Khamenei a renoncé au poste de guide, il a été dégradé au rang de chef d'un groupe de supporters. Il ignore et menace avec légèreté cette opposition immense, qui si l'on en croit ses propres statistiques regroupe treize millions de personnes. Son problème est qu'il veut nier la population. Sa plus grande faute est d'avoir avoué qu'il se sent plus proche du président en exercice que du peuple.

Si l'on se fie à notre constitution notre guide ne peut pas appartenir à un parti ou un autre. Or on se souviendra de lui, Khamenei, comme de celui qui a partagé le peuple, et qui a mis fin à son rôle de rassembleur pour devenir un chef tribal. Il a divisé notre société. Khamenei prétend qu'il existe des moyens légaux pour protester. Mais dans un tel système, quelles lois sont légitimes? Une loi n'est pas du papier. Une loi va de pair avec ceux qui l'administrent. Et si les administrateurs sont corrompus, créent des obstacles pour troubler l'application de la loi, ou bien l'interprètent selon leurs propres désirs, comment peut on faire encore confiance à la loi?

Sur quelle loi repose donc l'arrestation de centaines de personnes? Quelle loi permet d'ignorer les complaintes de millions de gens? Je suis sur que l'opposition du grand peuple iranien va se poursuivre contre cette politique et contre ces dirigeants, jusqu'à ce que nous trouvions de nouveaux guides qui soient capables de penser au peuple et cessent de dominer la population. Moussavi et Karoubi sont les guides de l'opposition qui n'a pas voté pour Ahmadinejad. C'est la conséquence des fautes de Khamenei qui a lié son destin à celui d'Ahmadinejad.

L'opposition est devenu un mouvement puissant, de millions de personnes. Soit Moussavi et Karoubi le comprennent et prennent leur responsabilité pour le conduire. Soit ils reculent face aux menaces. Mais il est certain que ce pouvoir de l'opposition en marche ne restera pas sans guide et ne s'épuisera pas. L' ère de Khamenei est close. Et de nouveau guides vont inévitablement apparaître.

Khameinei déclare la guerre aux manifestants

« Déclaration de guerre », titre l'hebdomadaire allemand der Spiegel sur son site web pour commenter le discours de Khamenei, le guide suprême, lors de la prière du vendredi. En effet, à la veille de la manifestation qui avait été appelée par l'association du clergé combattant demain samedi et reste « interdite », Khamenei a clairement mis les choses au point. Ahmadinejad est le président qu'il soutient. Les candidats malheureux devront se contenter d'une caricature de vérification des votes, sans remise en cause des résultats. Il ne cédera à aucune manifestation de rue, celles-ci doivent cesser immédiatement et ceux qui ne respectent pas ses ordres seront responsable de la répression qui va s'abattre sur eux.

Bel exemple de ce que le guide suprême, spirituel ou non, se comporte comme n'importe quel dictateur établi. "C'est une déclaration de guerre pure et simple à Moussavi, Karoubi, et à l'élite du mouvement de réforme islamiste, estime Mahran Barati, opposant en exil à Berlin interrogé par Spiegel on line. Avec le discours de Khamenei la rupture du système politique iranien est accomplie. Il n'y aura pas de réconciliation entre les deux camps. Je ne m'attendais pas à ce type de menaces, mais plutôt à la recherche d'un compromis entre les deux parties. En même temps c'est logique, tout autre comportement signifierait pour Khamenei la fin de ses pleins pouvoirs ».
Farzad Agha, observateur iranien analyse sur Al Jazeera: "C'est clairement une menace adressée au manifestants et aux supporters des candidats de l'opposition. Il leur dit, si vous continuez on va s'occuper de vous".

Mais Khamenei a-t-il toujours les moyens de convaincre, d'exercer un pouvoir sans partage? Il pense sans doute intimider le mouvement de son autorité. Après vingt ans à la tête de l'Iran, il lui est probablement impossible d'imaginer qu'il est en train de désacraliser sa fonction lui même, en rompant avec sa position d'arbitre au dessus des clans, au moment ou des millions d'iraniens sont mobilisés, révoltés. A terme les conséquences peuvent être fatales à ce qui reste encore du modèle iranien.

« Le pouvoir islamique ne manipulera jamais le vote populaire et ne le trahira jamais affirme-t-il dans son discours. Les structures légales et les règlements électoraux ne le permettent pas. Le résultat du scrutin est absolument incontestable et définitif.  On pourrait manipuler quelques centaines de milliers de voix, mais pas onze millions...» Autant d'affirmations qui ne passent pas la rampe actuellement, et vont saper son personnage auprès de la majorité des iraniens, convaincus du contraire.

Même le candidat conservateur, Mohsen Rezaï, ancien chef des gardiens de la révolution, arrivé troisième lors de la présidentielle, dénonce maintenant les fraudes en affirmant que dans certaines circonscriptions la participation aurait atteint 140 % (!), remarque Le Monde. Le ministère de l'intérieur a refusé de lui communiquer les résultats détaillés du scrutin par région et bureaux de vote qu'il réclameait, parce que c'est « interdit par la loi ». Et probablement en fait parce que le trucage du vote a été tel qu'ils n'existent pas.
Shirin Ebadi, appelle elle aussi à l'annulation du scrutin dans un point de vue publié par le Huffington Post, et souligne que déjà en 2005, l'élection d'Ahmadinejad avait probablement été manipulée, en partie au moins. Les candidats de l'époque, Karoubi, Rafsandjani, avaient à l'époque déposé de multiples plaintes restées sans réponse. Ahmadinejad, maire de Téhéran à l'époque, avait déjà utilisé les Basidji, le milices du régime, pour forcer le résultat.

La première réponse au discours de Khamenei sera la manifestation de demain, si elle n'est pas annulée par ses initiateurs. Si elle est massive, Khamenei sera au pied du mur à nouveau. Et si son discours ne doit pas rester pure forfanterie, il devra faire donner la force de la répression contre les manifestants, enclenchant un engrenage qui ne laissera aucun des deux camps indemnes. Sinon son prêche n'aura eu aucun effet. Dans les deux cas la crise a toutes les chances de s'accroître encore.

jeudi 18 juin 2009

Nouvelle manifestation à Téhéran

Plusieurs centaines de milliers de personnes ont à nouveau défilé dans la centre de la capitale, selon le correspondant de la première chaîne allemande ARD, à Téhéran ce soir. Le noir en souvenir des victimes de ces derniers jours se mêlait au vert, couleur du candidat Moussavi. Le geste des joueurs de l'équipe de foot nationale arborant pour certains un brassard vert lors du match contre la Corée du Sud a renforcé la mobilisation, le match était retransmis en direct à la télévision... -l'équipe est accompagnée d'un garde de la morale qui a contraint les joueurs à retirer le brassard, et aurait déjà envoyé son rapport aux autorités iraniennes sur la conduite des joueurs de foot.
Après la journée de demain qui sera une journée clé, notamment parce que le guide suprême prononcera un discours-prière du vendredi à Téhéran, Mousavi qui a réitéré la demande d'annulation des élections prévoit une nouvelle manifestation pour samedi.

Ahmadi chahuté par les partisans de Moussavi | La farce des élections | Manifestation à Shiraz et Tabriz |

Ahmadinejad chahuté à la sortie de la mosquée.
Les partisans de Moussavi l'entourent alors qu'il sort de la mosquée,
scandent le nom de leur candidat, puis "menteur, menteur" à l'adresse d'Ahmadinejad,
et chantent
"Ahmadi bye, bye"...tandis que le président iranien s'éloigne
entouré de ses gardes du corps.




Cette vidéo a été repiquée du site de la diaspora iranienne aux USA.

Un responsable du parti communiste des travailleurs iraniens explique
pourquoi selon lui les élections en Iran sont "une farce" totale.
Il explique que les différents candidats tentent en fait de répondre
à la pression populaire montante contre le régime,
tout en défendant le système en place
.



Cette vidéo a été reprise du site Revolutionnary road, proche du parti communiste des travailleurs iranien. Un blog qui fait le point en permanence sur la situation en Iran
et dont le site est même cité par le Figaro
pour suivre l'évolution de la situation.

Manifestation à Shiraz.


vidéo reprise du site Iran after the elections.

Manifestation le 13 juin à Tabriz, la capitale de la région Azérie,
dont est originaire Moussavi.

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Nombreux morts en Iran, de Téhéran à Sannandaj (Kurdistan)

Selon le site Iran-resist, des partisans du fils du Shah, Reza Pahlavi, il y a eu depuis les trois derniers jours 23 morts à Téhéran, 11 à Chiraz, 7 à Ispahan, 29 au Baloutchistan, 4 à Qom, 2 à Arak, 9 à Machad, 5 à Sari, 3 à Babol, 1 à Bouchehr, 6 à Ahwaz, 4 à Khorram-shahr, 11 à Tabriz, 13 à Rezayieh, 2 à Marageh, 7 à Kermanshah, 26 à Sannadaj, 11 à Saghez, 3 à Baneh, 12 à Mahabad, 7 à Karaj, 6 à Hamedan, 4 à Rasht, 7 à Anzali, 12 à Shoush et haft Tapeh et 25 dans différentes villes du Lorestan : En tout 249 iraniens en 3 jours.
(Le chifre paraît énorme et doit être pris avec d'autant plus de réserve que Les analyses politiques de ce site sont assez parano...
et font de la vague verte un mouvement échappant totalement à Moussavi -"allié de fait à Ahmadinejad dans la défense du système"- et qui serait influencé de l'extérieur par le fils du Shah et ses prises de position répercutées en Iran même (!). Jugez vous même.


Selon le site Revolutionnary road, cité plus haut, proche du parti communiste des travailleurs iraniens, on compterait au moins 43 morts depuis le début du mouvement de protestation le 13 juin. Trente personnes auraient été tuées à Téhéran et 13 dans différentes villes, dont Ispahan, Shiraz, Mashhad, Kermanshah.
"Officiellement" la télévision d'état reconnaît pour l'instant 8 morts à Téhéran. Il est quasi certain hélas qu'il y en a en fait beaucoup plus. Plusieurs vidéos sur le web montrent la mort de manifestants, étudiants notamment, dans d'autres villes d'Iran, dont Ispahan.


Selon Amnesty International les manifestations auraient fait 15 victimes. L'ong iranienne “Iran Human Rights” évoque de son côté 32 morts, dont une fillette de 10 ans. Un chiffre repris également par le site TehranBureau.

Reza Pahlavi quant à lui est interviewé dans le Figaro d'aujourd'hui et une part de son analyse est intéressante.
"Même parmi les pasdarans et les bassidjis, beaucoup sont mécontents. De leur niveau de vie, de leur situation. Il y a aussi une question de conscience. Ils finiront par s'interroger sur leur rôle. Dans ce type de situation, soit ils restent neutres, soit ils prennent le parti de la population et refusent l'ordre de répression... Un Tian'anmen iranien reste une hypothèse. La menace d'une faction organisant une nouvelle forme de dictature, conjuguant éléments religieux et militaires, contre Khamenei n'est pas à exclure. La dictature en Iran est complexe, elle s'exerce par un amalgame de forces qui se réclament d'un intérêt commun. Nous craignons que le régime ne choisisse la fuite en avant jusqu'à la proclamation de la loi martiale pour mener une répression totale contre les opposants. Dans ce cas, des générations seraient sacrifiées et le régime accélérerait son programme nucléaire, ce qui pourrait déclencher des frappes israéliennes préventives. Un scénario catastrophe. Pour l'empêcher, il faut soutenir le mouvement de désobéissance civile. Nous devons préparer dès aujourd'hui un processus de transition qui permette de faire basculer une partie du régime en faveur du changement, en leur assurant une amnistie et une place au sein d'un système politique laïque et démocratique."

Pahlavi n'est pas restaurationniste et milite pour la mise en place d'un système démocratique et d'une stricte séparation du religieux et du gouvernement.

mercredi 17 juin 2009

Des manifestations qui posent d'emblée la question du pouvoir

Difficile de savoir ce qui se passe ce mercredi à Téhéran, lors de la manifestation appelée par l'opposition. Le régime a pour l'instant réussi à mettre l'information en quarantaine. Selon les informations diffusées par Twiter, reprises sur l'un des blog de la diaspora iranienne, 100 000 manifestants seraient rassemblés depuis 13 heures et leur nombre croîtrait sans cesse. La manifestation de lundi a démontré en tout cas -si l'on se fie aux informations qui viennent de Téhéran- que le camp de l'opposition était massif, face à celui d'Ahmadinejad. La manifestation contre la fraude aurait rassemblé jusqu'à 2 millions de personnes selon les estimations d'un participant rapportée sur le blog de Juan Cole. Il souligne que les manifestants occupaient toute la Enghelab Street, la plus large avenue de Téhéran, longue de six kilomètres. La contre-manifestation de soutien au régime a rassemblé elle mardi plusieurs dizaines de milliers de manifestants, 100 000, 200 000 tout au plus. Un rapport de 1 à 10, ce n'est pas rien. Il rend compte de la force d'une mobilisation qui, pour le moment, n'en est qu'à ses débuts.

Rien d'étonnant d'ailleurs. La première manifestation appuyée par Moussavi-Karoubi-Khatami, rassemblait tous les opposants au régime Ahmadinejad-Khamenei, le président et le guide suprême. La seconde leurs stricts soutiens, dont les fonctionnaires des forces de répression, les milices Bassiji, leurs familles, les électeurs d'Ahmadinejad. La victoire de ce dernier en 2005, lors des dernières élections présidentielles reposait sur l'abstentionnisme, le découragement, le repli sur soi de l'écrasante majorité des électeurs, à Téhéran tout particulièrement. Un abstentionnisme ancré sur les déceptions encaissées depuis des années face à l'échec de la politique de l'ex-président Mohamed Khatami, incapable de faire passer les réformes qu'attendaient ses électeurs face à la résistance des gardiens de la constitution et du guide suprême. Face à ce mur, Khatami, partie prenante lui même de la caste qui dirige l'iran depuis la fondation de la République islamique se refusera à en appeler à la mobilisation populaire, voire désavouera les manifestations des partisans des réformes, afin de ne pas semer le chaos.

L'élection d'Ahmadinejad en 2005 n'a jamais rien eu à voir avec l'enthousiasme populaire. Et je doute fort qu'il rassemble aujourd'hui plus de 35% des Iraniens derrière lui. Il suffirait d'élections « propres » pour s'en rendre compte (!). Après avoir fait l'expérience de quatre ans d'Ahmadinejad -pires encore pour eux que les années Khatami- les abstentionnistes se sont donc engouffrés dans l'espace ouvert par la candidature de Moussavi, un pilier de la révolution islamique lui aussi pourtant. Nombre d'opposants au régime, chez les jeunes par exemple, ne se font d'ailleurs guère d'illusions sur le duo Moussavi-Rafsandjani qui fait face au duo Ahmadinejad-Khamenei, par les hasards des affrontements de clans et de personnes pour le pouvoir, au sein de la République islamique qu'ils ont eux même, ensemble, créée.

Moussavi n'est que « le moindre mal , tout vaut mieux qu'Ahmadinejad», expliquent des jeunes interviewés dans un café Internet de Téhéran nord par le correspondant du quotidien allemand Tageszeitung. « Moussavi on ne peut pas non plus lui faire confiance, mais on ne dispose de rien de mieux ». Le propriétaire du café internet explique lui que Moussavi au moins a fait la preuve lorsqu'il était premier ministre autrefois qu'il « savait gérer un pays. » Sous l'oeil réservé voire indifférent des jeunes consommateurs.

Le camp des opposants à la fraude est des plus divers et rassemble tout et son contraire. Du jeune « occidentalisé » des quartiers privilégiés, à l'écrasante majorité des étudiants, en passant par les enfants des familles des quartiers populaires coincés entre l'échec scolaire, le chômage, la drogue, la répression sexuelle, vestimentaire, cinématographique et musicale, sous l'oeil des gardiens de la morale, les bataillons de Bassiji, bâtons, motos et tchadors - parmi ces gardiens de l'ordre islamique on retrouve beaucoup de jeunes qui ne voient aucun autre avenir. Le flot des opposants regroupe des conservateurs écoeurés du populisme d'Ahmadinejad, des réformateurs sincères, en passant par tous ceux qui rêvent d'un peu de mieux être, de respect, de liberté, ou sont réfractaires depuis des lustres à un système qui n'a rien de naturel pour les Iraniens et repose sur l'écrasement d'une part des acteurs de la révolution contre le Shah. La force de ce rassemblement, en dépit de ses diversités, est de vouloir tous, au minimum, la même chose pour l'instant: la fin d'Ahmadinejad et de la dictature du guide suprême Ali Khamenei.

Une exigence radicale qui pose d'emblée la question du pouvoir, sous la forme de l'annulation des élections du 12 juin et de l'organisation d'un nouveau scrutin. Une revendication qui semble impossible à négocier. Après avoir tenté de faire l'innocent en saluant la victoire magnifique d'Ahmadinejad comme un don de Dieu, Khamenei est d'ailleurs redescendu sur terre à la vue des protestations monstres qui ont débuté immédiatement lors de la proclamation des résultats du vote. Et a entamé la marche arrière. Le conseil des gardiens de la constitution a reçu l'ordre de vérifier les résultats du scrutin à la demande des candidats vaincus. Mais il est probable qu'il ne modifiera en rien le résultat final. Ce qui signifierait avouer la fraude. Le compte à rebours a été lancé, le conseil n'a plus que huit jours avant de rendre son verdict, tandis que les manifestations vont probablement rester quotidienne.

Un bain de sang pour écraser la mobilisation n'est pas impossible. Ahmadinejad n'a aucune intention de rendre le pouvoir. Il a eu le temps de placer ses hommes aux postes de commandes. Ceux qui lui sont proches, chez les gardiens de la révolution, dans l'armée, ont prévenu déjà qu'il n'y aurait pas de « révolution de velours en Iran ». Ils profitent à plein pour leur part de ce qu'ils reprochent à Rafsandjani lorsqu'ils l'accusent d'avoir fait fortune sur le dos de la révolution. A la tête des ministères ils bénéficient des contrats d'états, du commerce des ressources pétrolières, et des bénéfices du marché noir. Ahmadinejad peut compter sur eux, sur leurs troupes, sur les milices du pouvoir et sur l'électorat qui le soutient. Ce qui constitue en tout une force armée, non négligeable. Un danger dont sont très conscients Moussavi, ses partisans et l'écrasante majorité des manifestants. D'où leurs consignes de s'adresser en permanence aux forces de répressions pour les convaincre de rester passives.
Mais un bain de sang pour faire rentrer les manifestants dans le rang pourrait aussi être fatal à terme pour le régime. L'armée suivrait-elle comme un seul homme? Des Ayatollahs et des membres du clergé chiite ont déjà multiplié les signes à Quom, la ville sainte iranienne, pour montrer qu'ils ne suivaient pas Khamenei et Ahmadinejad. Or sans l'appui du clergé que reste-t-il de la République islamique?

Le camp Moussavi est également bien armé sur ce terrain. Le bras de fer avec Ahmadinejad-Khamenei est une lutte au sommet entre les artisans de la République islamique, eux même. Rafsandjani est depuis des lustres l'ennemi de Khamenei. Il a su se faire élire à la tête du comité des experts qui est en théorie chargé de « surveiller » le guide suprême après l'avoir élu et peut éventuellement le démettre s'il juge qu'il est indigne de sa fonction. Ce qui est le cas actuellement, selon Rafsandjani, qui serait à Quom depuis ces derniers jours. Il aurait même selon certaines sources convoqué une réunion d'urgence du comité des experts. Un sérieux obstacle pour Ahmadinejad? Il faut observer tout de même qu'il n'a pas hésité lors de la campagne électorale à traîner dans la boue Rafsandjani, publiquement, sur les écrans de la campagne électorale, l'accusant de s'être enrichi sans limites sur le dos de la révolution islamique. Une manière de retirer à l'avance toute valeur à quelque condamnation du comité des experts dirigé par Rafsandjani!
Ahmadinejad est par ailleurs un laïque, un militaire, qui n'hésite pas à se confronter au clergé. Après avoir organisé la fraude reculerait-il devant un coup de force?