Tous les trois avaient le sourire mercredi en présentant à midi après cinq semaines et une dernière -longue- nuit de négociation le programme de la future grande coalition-bis. Angela Merkel, Sigmar Gabriel,président du SPD et Horst Seehofer, président de la CSU bavaroise, sont il est vrai de vieilles connaissances de la première grande coalition d'Angela Merkel et du SPD, de 2005 à 2009. Sigmar était alors son ministre de l'environnement et Horst celui de l'Agriculture. La faillite électorale lors des élections du 28 septembre dernier du parti libéral, partenaire de la chancelière dans le gouvernement suivant, la conduit à « remettre ça » en 2013. Si elle est ré-élue chancelière elle totalisera donc deux grandes coalitions en trois mandat. Un record -l'Allemagne fédérale ne fit cette expérience qu'une fois auparavant en 1966 avec Brandt et Kiesinger.

Mais il reste encore un sérieux obstacle à franchir. Le SPD a décidé de consulter ses adhérents avant de faire le pas et d'entrer au gouvernement -voir mon billet "Coalition, le pari de Sigmar Gabriel à moitié gagné". L'avenir de la chancelière dépend donc finalement de l'opinion des membres du parti qu'elle n'avait cessé de combattre pendant la campagne électorale et auquel elle a du céder sa première exigence, l'instauration en Allemagne d'une salaire minimum -voir mon billet: "le triomphe de Mutti, c'est vite dit...".

Les sociaux démocrates avaient fait en effet du salaire minimum un préalable à tout accord de coalition, ils ont obtenu gain de cause dans un programme ou les démocrates chrétiens ont aussi imposé leur marque

Salaire minimum

Un salaire minimum de 8,50 euros étendu à toute L'Allemagne entrera en vigueur au 1er janvier 2015. Angela Merkel a dû ainsi souscrire à une revendication longtemps rejetée par les démocrates-chrétiens, en particulier par les petits et moyens entrepreneurs de la CDU. Mais le président du SPD, Sigmar Gabriel en avait fait un préalable à tout accord de coalition. Les démocrates-chrétiens ont obtenu en échange une certaine flexibilité dans sa mise en œuvre. Des accords pourront encore être conclus dans une branche ou une région particulière avec un salaire minimum inférieur à 8,5 euros de l'heure, mais celui-ci devra respecter la norme au 1er janvier 2017. Une commission des partenaires sociaux déterminera ensuite régulièrement son évolution. 5,6 millions de salariés touchent actuellement un salaire inférieur à 8,50 euros de l'heure selon l'institut économique allemand de Berlin (DIW).

C'est la mesure du programme de coalition, déjà saluée par la confédération des syndicats (DGB), qui influencera sans doute le plus le vote des 470 000 adhérents du SPD pour ou contre la grande coalition.

Mais les partis démocrates chrétiens, la CDU et la CSU, ont également imposé chacun sa marque.

Péage autoroutier pour les étrangers

Le péage sur les autoroutes pour les automobilistes étrangers, revendication fétiche de la CSU bavaroise de Horst Seehofer, figure dans l'accord. Il devrait entrer en vigueur en 2014 et être investi dans la rénovation du réseau routier, négligé. Mais deux conditions ont été imposées à cette nouvelle taxe par le SPD et la CDU, hostiles l'un comme l'autre, à cette mesure. Le péage ne concernera pas les automobilistes allemands, tout en étant « conforme au droit européen ». Une contradiction dans les termes pour Bruxelles, qui interdira la mise en œuvre de la taxe, estiment les spécialistes de l'Adac, le puissant club des automobilistes allemands.

Politique européenne

Angela Merkel a quant à elle imposé sa politique européenne au SPD. L'accord signé hier rejette toute mutualisation des dettes de la zone euro. Qu'il s'agisse des euros-obligations, ou d'un fond européen de remboursement de la dette, commun aux différents pays de l'Union. Chaque pays reste responsable de la remise en ordre de ses finances, quel qu'en soit le coût. Le président français François Hollande ne pourra attendre de renfort sur ce point de ses amis sociaux-démocrates allemands.

Impôts/Investissements

A l'inverse de ce que prônait le SPD, il n'y aura pas non plus de hausse des impôts, pour les plus aisés en particulier. La coalition suivra cette exigence de la CDU/CSU. Les sociaux-démocrates estimaient pourtant cette mesure indispensable au financement des investissements d'avenir, dans les communes, l'enseignement, la recherche. Le programme de la future grande coalition prévoit en ces domaine des dépenses qui s'élèveraient à plus de 23 milliards. Sachant que le gouvernement s'interdira tout nouvelle dette dés 2015, comment seront-ils financés? Les Verts accusaient sur ce point dés hier les trois partenaires de tromper déjà les contribuables.

Double nationalité

Le SPD par contre a obtenu gain de cause sur l'accès à la double nationalité, une revendication dont il faisait également condition de l'accord. Les enfants de parents étrangers qui sont nés et ont grandit en Allemagne accéderont donc à la nationalité allemande comme c'est le cas depuis 2000. Mais le choix entre le passeport allemand et la nationalité d'origine de leurs parents auquel ils étaient contraints entre 18 et 23 ans est abrogée. Ils pourront dorénavant cumuler les deux nationalités -comme c'est le cas pour les ressortissants des pays de l'Union européenne ou pour les Suisses.

Une mesure qui touche avant tout les Turcs, le première communauté immigrée d'Allemagne, avec trois millions de personnes. Leur porte parole la « Türkische Gemeinde », s'affirme déçue cependant parce qu'elle est limitée aux enfants et laisse de côté les parents et grands parents, dont beaucoup sont électeurs du SPD.

Retraite/Allocation

Les sociaux-démocrates ont obtenu enfin la réduction de l'âge de la retraite à 63 ans pour les salariés ayant cotisé 45 annuités, chômage compris. Tandis que la CDU et la CSU imposaient de leur côté l'amélioration de la retraite pour les mères de familles et le maintien de l'allocation d'éducation des enfants à la maison jusqu'à trois ans, chère à la CSU et honnie par le SPD.