Angela Merkel a lancé un avertissement à Wladimir Poutine dans sa déclaration de politique gouvernementale, aujourd'hui jeudi 13 mars devant le Bundestag. Moscou ne se comporte pas en «  partenaire » dans la crise en Ukraine. La Russie exerce au contraire « le droit du plus fort contre la force du droit », rapporte le quotidien die Welt (conservateur). Elle veut annexer la Crimée à la façon des conflits du 19è et 20è siècle que l'on croyait avoir dépassés. « L'intégrité du territoire de l'Ukraine et sa souveraineté sont ouvertement ignorés et mis en causes », assène-t-elle.

MerkelPutinBDTAG.PNGUne façon explicite de mettre en question le lien particulier entre Berlin et Moscou, qui repose, dans le domaine économique et industriel en particulier, sur le partenariat justement -voir mon billet précédent : « Crimée, le Poker des sanctions fait hésiter l'Allemagne » .

Afin que les choses soient claires, la chancelière en a profité pour régler ses comptes de la tribune du Bundestag avec l'ex-chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, l'ami de Poutine, qui siège aujourd'hui à la direction du gazoduc Northstream, fournissant en direct le gaz de Gazprom' à l'Allemagne.

Schröder défend aujourd'hui l'attitude de la Russie dans la cadre de la crise, même s'il juge que la prise de la Crimée est contraire aux règles en vigueur entre états. Il estime que Poutine « fait comme lui », au Kosovo, lorsqu'il donna le feu vert à l'intervention de l'Otan pour bombarder les troupes serbes et permettre aux Kosovars de proclamer leur indépendance.

Sans nommer Schröder, Merkel a explicitement rappelé qu'à l'époque toutes les tentatives diplomatiques des Russes pour résoudre la crise avaient échouées. Il avait été impératif alors de « mettre fin à la politique de « nettoyage ethnique » entreprise par la Serbie, qui n'a rien à voir avec la situation que traverse l'Ukraine aujourd'hui. La comparaison entre les deux conflits est même une honte a-t-elle asséné. » Un passage de son discours vigoureusement applaudi sur les bancs de Bundestag, y compris dans les rangs des députés du SPD. Ce qui démontre combien l'amertume à l'égard des déclarations de Schröder doit être vive chez ses « camarades », commente le quotidien die Welt.

Gerhard Schröder est l'un des principaux partisans en effet du partenariat privilégié avec Moscou et du rôle particulier de Berlin entre l'est et l'ouest.

Angela Merkel est aujourd'hui l'intermédiaire chargé par l'UE et les USA de ramener Poutine autour de la table de négociation -d'ou sa proposition de groupe de contact, rejetée jusqu'ici par Moscou. Elle est la chancelière de ce pays qui a été libéré en 1945 par l'armée rouge et les alliés à l'ouest, note le quotidien berlinois Tageszeitung proche des Verts. Le soldats soviétiques hissèrent le drapeau rouge sur le toit du Reichstag, le Bndestag aujourd'hui.

« Mais les développements politiques de ces dernières années montrent que la République fédérale n'est plus neutre à l'égard de la Russie. Que le chancelier n'est plus neutre. L'Allemagne est partie constituante de l'UE, de l'Otan, ancrée solidement au sen de l'Europe de l'ouest. Merkel a démontré avec fermeté par son discours que l'Allemagne ne se laissera pas détacher de ces alliances. Le rôle particulier de la l'Allemagne entre est et ouest a ses limites, et elles sont visiblement atteintes. »

La mise en garde de Merkel a Poutine a cependant elle aussi ses limite... La principale annonce de la chancelière est que toute intervention militaire est exclue. La diplomatie et l'aide directe à l'Ukraine -financière notamment- restent la priorité. Ensuite seulement et si l'escalade se poursuit tomberaient les sanctions politiques et économiques qui inquiètent énormément l'oligarchie russe. « Mais avant qu'on en arrive là, les habitants de Crimée auront ans doute depuis longtemps le passeport russe... » comment le Tageszeitung.