La BCE s'inspire du « modèle américain », dans lequel les banques centrales veulent sauver à la fois la monnaie et la conjoncture, souligne le Süddeutsche Zeitung. Ce qui est l'inverse de ce que défendent tous les bons banquiers « centraux » allemands, le modèle de la Bundesbank, ou l'on se préoccupe seulement de la stabilité et de la valeur de la monnaie. Un « modèle » embourbé dans la crise ?

Alors que le modèle US a la cote.

Rien ne garantit poursuit le quotidien de Münich que le modèle américain ne transmette à l'Europe ses défauts comme ses avantages. La banque centrale américaine, la Fed, a sauvé les banques US face à la crise et abreuvé l'économie américaine d'argent liquide pour relancer la croissance. Résultat l'économie américaine reste fragile et sur-endettée, et dépend des injections de crédit de la banque centrale.

Les mesures de Draghi, qui abaissent encore le coût du crédit et de l'accès à l'argent frais des banques qui prêtent ensuite aux entreprises, risquent d'avoir les même effets selon le quotidien münichois. Car, selon « nombre d'économistes allemands » ce n'est pas le manque d'argent bon marché qui est la source des difficultés des économies européennes mais le manque de compétitivité. « C'est seulement quand la Grèce, la France et l'Italie seront concurrentielles qu'elles pourront rester dans une union monétaire avec l'Allemagne reine des exportations. »

Les mesures de la BCE risquent donc d'accroître le mal au lieu de la guérir, et d'inciter les économies européennes fragilisées à repousser les fameuses « réformes structurelles » et autres modèles d'« équilibres budgétaires », qui font loi chez les adeptes du modèle de la Bundesbank.

Remarquons au passage que le SZ donne raison par contre à Draghi d'avoir imposé son point de vue contre les tenants de l'orthodoxie monétaire allemande pour la sauvegarde de l'euro, en assurant que la BCE ferait tout pour sauver la monnaie unique.

Les dernières mesures de la BCE choquent d'autant plus en Allemagne que l'épargne, l'assurance vie et donc le rendement des taux d'intérêts est en quelque sorte le nerf de la guerre des retraites complémentaires, « retraite privées » ou retraites d'entreprises. La politique de la BCE qui ne cesse de faire pression pour la réduction des taux et l'argent facile est donc « très dommageable » pour les épargnants.politBCE.JPG Ce qui explique le pessimisme de nombre de commentateurs allemands.
Conséquence de la baisse des taux, le parlement doit adopter le projet de réforme de l'assurance vie du gouvernement avant la pause estivale !

Il réduira notamment les taux d'intérêts garantis des contrats d'assurance vie à 1,25 % contre 1,75 % actuellement, à partir de janvier 2015. Les compagnies d'assurance qui ne pourront tenir leurs engagement à l'égard de leurs clients devront également réduire les dividendes de leurs actionnaires.

Or l'épargne, l'assurance vie, la retraite complémentaire privée, passait depuis des lustres pour la garantie d'avenir en Allemagne, assurant des taux de 4 à 4,5 % et plus, et préférable au placement immobilier, à l'achat de l'appartement. Des certitudes qui se sont envolées avec la crise financière de 2008, la crise de l'euro « provoquée par les mensonges budgétaires de la Grèce, le dilettantisme des fonctionnaires de Bruxelles et la politique de sauvetage de la monnaie unique de la banque européenne qui a consisté à ramener les taux au plancher à tel point que tout un chacun n'a plus qu'à faire son deuil de tout espoir de faire fructifier son argent décemment aujourd'hui, résume le Tagespiegel berlinois ».

Les épargnants vont voir de fait leurs contrats dévalorisés à partir de l'an prochain et peuvent même avoir intérêt à les résilier immédiatement. « Et il y en aura toujours un petit peu moins pour les futurs retraités qui devront de plus travailler plus longtemps. »

Auparavant le gouvernement appelait les citoyens à prendre en main eux même la préparation de leur retraite pour pallier aux manques de la retraite de base et aux menaces que la décroissance démographique de l'Allemagne fait peser sur elle. Le gouvernement de l'ex chancelier Schröder, célèbre pour sa politique de « réformes structurelles », inventa la « retraite Riester » -du nom du ministre de travail de l'époque- retraite complémentaire qui s'est déjà révélée être un « flop » d'une rentabilité chimérique. C'est au tour maintenant de la retraite privée par capitalisation .

Une bonne démonstration de ce que la « politique » du gouvernement économique de la zone euro ou du couple franc-allemand ressemble fort à la quadrature du cercle !