Pegida Dresde n' aura pas tenu le moi de janvier 2015 et vient de scissionner jeudi 29 en deux mouvements concurrents. Les sortants emmenés par Katrin Oerkel, porte-parole publique de Pegida depuis la démission de Luz Bachmann, veulent regrouper un mouvement pour la démocratie directe, la régulation de l'immigration et semblent mettre une sourdine à l'anti-islamisme qui est le propre de Pegida depuis son origine. Le nouveau mouvement a déjà annoncé des manifestations pour les lundi 9 et 23 février, avançant le chiffre de 5000 participants.  Pegida "maintenu" accuse les sortants de s'être vendus à la politique. Les uns vont ils finir par manifester contre les autres? L'explosion du mouvement d'origine est le produit d'une spirale qui s'en enclenchée avec la démission de Luz Bachmann.  Le porte-parole d'origine et figure de proue de Pegida Dresde traînait déjà quelques casseroles, ayant été condamné notamment à trois ans et 8 mois de prison pour bracage. Avec sa photo sous les traits d'Hitler publiée début janvier dans les médias allemands, il a dépassé toutes les bornes et a été contraint de démissionner de la direction du mouvement anti-islam. Le procureur de Saxe a par ailleurs ouvert une enquête contre lui pour xénophobie, l'homme ayant utilisé des termes sur sa page Facebook tels que" bestioles", "ordures", "bande de déchets", à l'égard des immigrés et demandeurs d'asile. Legida.jpgAutant de méfaits qui discréditent le mouvement Pegida et devraient renforcer encore son caractère d'exception, limité à Dresde.Bachmann.png Le rassemblement  organisé dimanche  25 janvier dans la capitale saxonne était par ailleurs moins massif que lors de la manifestation précédente. La police recensait 17000 manifestants, contre 25000 le 12 janvier. Les organisateurs aveint choisi de ne pas manifester lundi, cette fois, en raison de la soirée de solidarité organisée à Dresde par les anti-Pegida. Un concert réunira de nombreux artistes, le chanteur Herbert Grönemeyer notamment. Et Pegida ne veut pas priver ses fans d'assister à un spectacle offert gratuitement, même s'il est organisé par ses adversaires.

D'autant plus qu'une guerre d'influence et de pouvoir semble déclarée entre les inspirateurs des différentes manifestations contre les immigrés et les demandeurs d'asile dans l'ensemble de l'Allemagne. Katrin Oertel, la porte-parole de Pegida Dresde, menaçait ainsi mercredi 21 janvier de poursuite judiciaire les animateurs de Legida à Leipzig, qui veulent reprendre  l'étiquette des patriotes européens de Dresde « contre l'islamisation de l'occident ». Une usurpation selon elle. La principale dirigeante de Pegida depuis la chute de Bachmann assurait dimanche 25, aux côtés d'un représentant de Leipzig, que ces querelles étaient des affabulations de la "presse mensongère". On peut sérieusement en douter

Legida annonçait ainsi  une manifestation de 60000 personnes à Leipzig mercredi 21 janvier. Elle devait au départ rassembler également les marcheurs de Pegida Dresde -Leipzig et Dresde sont les deux capitales de la Saxe. Le rassemblement devait emprunter le parcours du Ring, immortalisé par les manifestations du lundi « nous sommes le peuple », qui firent chuter le mur de Berlin.

On ne comptait finalement que 15000 personnes selon la police -face à 20000 contre-manifestants. Un chiffre que nombre d'experts et photographes ont remis en cause, estimant le nombre de manifestants de Legida à 5000 tout au plus. L'hostilité affichée alors par la porte-parole de Pegida à l'égard de ses concurrents de Leipzig tient sans doute à la part prépondérante de l'extrême droite néo-nazie dans le mouvement Legida. Son porte-parole Jörg Hoyer est connue pour ses activités passées de commerce des souvenirs du IIIè Reich, uniformes SS et autres babioles. Le NPD parti néo-nazi, les Hooligans d'extrême-droite et les associations locales de "camarades national-socialistes", sont l'épine dorsale de Legida selon les services de renseignements. Les slogans de la manifestation réclamaient entre autres la fin de la culpabilisation allemande dans la dernière guerre, la souveraineté de l'Allemagne et « Ami go home », la ré-instauration de la « culture allemande », la « démission de Merkel ». Autant de revendications qui s'opposent à la volonté de Pegida Dresde d'apparaître comme un mouvement « respectable », distant des néos-nazis et compatible avec le parti Afd, souverainiste et anti-euro, qui se développe actuellement à la droite de la démocratie chrétienne. La direction du parti en Saxe, visiblement très proche de Pegida, commentait d'ailleurs la démission de Lutz Bachmann avant même qu'elle soit officielle : « la crédibilité personnelle va de pair avec l'intégrité ». Une immixtion partidaire dénoncée dimanche par Katrin Oertel

La manifestation de Leipzig du 21 janvier a rompu également avec la consigne de Pegida-Dresde « Keine Gewalt » -pas de violence. Une cinquantaine de manifestants s'attaquèrent ainsi aux représentants des médias qui couvraient la manifestation mercredi. Une vingtaine de journalistes furent insultés, voire frappés.

Pegida a pu sembler être le point de départ d'une vague xénophobe parcourant l'ensemble de l'Allemagne. Le mouvement  a certes rassemblé jusqu'à 25000 manifestants dans la capitale saxonne. Mais il est resté jusqu'ici une exception locale. Dans toutes les autres villes allemandes les contre-manifestations des anti-Pegida ont très largement surpassé les rassemblements contre les demandeurs d'asile. A Dresde même d'ailleurs 35000 manifestants se rassemblaient le 10 janvier pour une Allemagne colorée, ouverte, démontrant que Pegida n'est pas Dresde.

Le mouvement xénophobe se heurte d'ailleurs à une contradiction insurmontable. Il revendique officiellement dans sa plate-forme la limitation de l'accueil des demandeurs d'asile et la réglementation de l'immigration. Mais dans les discours l'accent anti-musulman, la mise en garde contre l'islamisation de l'occident est permanent. Or l'immigration en Allemagne aujourd'hui vient d'abord de l'est de l'Europe, Pologne en tête. Très loin devant les pays musulmans.

Les institutions allemandes par ailleurs, qu'il s'agisse de la retraite ou de l'assurance maladie ne survivront à l'avenir que par une immigration annuelle massive, chute des naissances oblige. C'est une donnée indépassable qui commence à faire son chemin dans l'opinion. L'immigration est l'assurance de l'Allemagne de demain. Pegida paraît d'autant plus une réaction à courte-vue. A fortiori dans une ville, Dresde, ou les immigrés sont rares. Dans les villes ou l'immigration est au moins dix fois plus forte comme Stuttgart, bastion de l'automobile gouverné aujourd'hui par les Verts, les tentatives de lançer un Pegida local ont fait flop...

Pour en savoir plus, lire également mon billet: Pegida, Dresde, la xénophobie en terre saxonne