Depuis la mort à Berlin le 18 février d'un enfant malade de la rougeole, le débat sur la vaccination obligatoire a repris de plus belle dans les crèches, les écoles, les terrains de jeux pour enfants... « Je ne fait pas vacciner mon fils, explique une mère qui s'estime seule à avoir le droit de décider au quotidien Tagesspiegel. « En tant que mère je n'ai aucun reproche à recevoir».

« Je connais une femme qui est restée deux ans en arrêt de travail après avoir été vaccinée, renchérit un père. » La mort de l'écolier est-elle due à la rougeole d'ailleurs. Il voudrait au minimum que la preuve soit faite.rougeole.jpg

Pour l'hôpital de la Charité qui a pratiqué l'obduction, il n'y a pas de doute à ce sujet. L'enfant d'un an et demi qui n'avait pas été vacciné est bien décédé de la rougeole.

Au Bundestag, le responsable du SPD pour les questions de santé, Karl Lauterbach, revendique vigoureusement la vaccination obligatoire. Herman Gröhe, CDU, ministre fédéral de la santé est au moins pour qu'elle ne soit plus tabou. Mais les « experts » sont généralement sceptiques sur la légitimité et les bienfaits de la vaccination obligatoire, note le Süddeutsche Zeitung.

L'idée n'est pas nouvelle cependant. La vaccination était obligatoire dans plusieurs Länder de l'Allemagne de l'ouest dans les années cinquante. Dans l'ex RDA la contrainte du vaccin était en vigueur jusqu'au début des années quatre-vingt.

Au sein de l'UE la vaccinations obligatoire est en vigueur dans quatorze pays membres dont la France et l'Italie.

La résistance à la vaccination à Berlin est la plus forte dans les circonscriptions ou les électeurs des Verts sont les plus nombreux. Elle peut atteindre jusqu'à 20 % des 20 à 40 ans. Mais si l'on prend en compte l'ensemble des enfants scolarisés en première année à six ans, le taux de vaccination est de 90 %. Il faudrait cependant atteindre le taux de 95 % pour être tranquille, estiment les experts médicaux afin que le virus ne se répande pas aussi facilement dans les écoles, les foyers, les transports.

Berlin n'envisage pas pour l'instant d'instaurer la vaccination obligatoire, qui impliquerait de forcer les parents qui sont en désaccord, police et médecins réquisitionnés à l'appui.

Viktor Schmidt -nom d'emprunt-, 35 ans, a contracté la rougeole à noël. Il s'en souviendra ! Il a cru au début à une mauvaise grippe, puis s'est vu contraint pour la première fois d'appeler le médecin des urgences avec 41 de fièvre. Celui-ci l'a mis aux antibiotiques -dont on est très économe en Allemagne. Rien n'y faisant il a été hospitalisé de nuit. On a d'abord soupçonné une allergie aux antibiotiques. Et le test de la rougeole lui a été appliqué presque par acquis de conscience, avant qu'il ne regagne son domicile. Il a su deux jours plus tard, en rappelant l'hôpital que c'était bien cela. Impossible de se rappeler s'il avait été vacciné enfant. Les services de santé ont tenté avec lui de déterminer ou il avait contacté le virus. En vain.

Une campagne de conviction pour faire vacciner ceux qui ne le sont pas devrait débuter en juin à Berlin. Les experts médicaux de l'organisation mondiale de la santé s'interrogent en effet sur les raisons pour lesquelles l'Allemagne, et Berlin en particulier reste ainsi sujette à la rougeole. 600 cas auraient été déclarés en 2014 ans la capitale allemande. La génération de ceux qui sont nés dans les années soixante-dix y est pour quelque chose sans doute. Les défauts de vaccination furent nombreux à cette époque.

Certains ont également accusé les demandeurs d'asiles, le virus ayant fait ses méfaits il y a quelque mois dans un foyer. Les Bosniaques, les Roms ont souvent échappé à la vaccination au milieu des ravages des guerres civiles des années quatre-vingt-dix. Mais l'argument a tourné court, les réfugiés syriens par exemple sont en moyenne plus vaccinés contre la rougeole que les Allemands du voisinage eux mêmes. Et surtout : les familles d'origine turques qui constituent la plus forte communauté immigré ne connaissent pratiquement pas le tabou du vaccin. Une grand-mère d'un village d'Anatolie, fustige dans le Tagespiegel ceux qui sont assez fou et irresponsables pour ne pas vacciner leurs enfants les mettant ainsi en danger, « pour de la politique ».