Höß détruisit lui même en écrivant ses mémoires en prison, «les illusions selon lesquelles il faut avoir des penchants sadiques invétérés pour être un exterminateur de masse.» On le décrivit comme discipliné sans être «méchant», amoureux des animaux et de la nature...alors qu’il surveillait avec attention l’enfournement d’hommes femmes et enfants dans les chambres à gaz.

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ingeb.jpg, août 2015

Établie depuis des décennies aux USA en Virginie, Ingebrigitt est aujourd'hui une vieille dame qui ne montre pas son visage. Elle vit dans le voisinage de Clinton, ou d’al Gore, qu’elle a rencontrés dans des parties. Son fils Ben, musicien de jazz lui met de la musique en fond sonore lorsqu’il part en voyage, afin qu’elle supporte mieux les souvenirs qui l’assaillent et lui donnent ses maux de tête . Il protège son fils, onze ans, le petit-fils d’Ingebrigitt, de l’ombre du grand-père, en dissimulant le nom de jeune-fille de sa mère.

Elle vécu son enfance à Auschwitz, dans la villa proche du camp ou son père fut l’organisateur de la première extermination industrielle. Du balcon de sa chambre, elle voyait la fumée des crématoires. Et «les enfants en savent souvent plus qu’on ne les croit capables, commente l'hebdomadaire Stern auquel elle a s'est confiée. Elle devint somnambule à dix ans et se levait la nuit pour rejoindre le balcon, endormie.» Elle assure qu’elle ne savait rien alors des cruautés que son père orchestrait tout à côté. Höß avait dressé un mur de silence entre son «service» en tant que commandant de la SS et sa vie familiale. Dans le sous-sol de la villa, un tunnel secret lui permettait de rejoindre le camp d’extermination sans être vu des siens.

«Après guerre la plupart des Allemands firent comme s’ils n’avaient jamais rien su d’Auschwitz». Au début «j’ai pensé aussi tout cela n’est pas possible» dit Ingebritt Hõß. Son père sera jugé à Nüremberg et pendu en 1947, elle ne restera pas en Allemagne et se réfugie en Espagne ou elle fait la connaissance du couturier Balanciaga dont elle deviendra un modèle -il l’appelait «ma petit soldate allemande». Elle rencontre son mari, ingénieur américain, avec qui elle parcourt le monde avant de s’établir à Washington ou elle travaillera dans une boutique de mode, pendant 35 ans. Les propriétaires, Sally et Ernest Marx sont juifs américains.

Elle confiera au manager de la boutique un jour l’identité de son père. Sally Marx l’ayant appris lui dira dans les années quatre-vingt-dix: «Brigitte tu n’y peux rien, tu étais juste un enfant quant ton père a agit ainsi. Mais tu dois admettre que cela est arrivé». C’est à ce moment «que j’ai cessé de nier Auschwitz». «Ce qui est arrivé est horrible, et n’aurait jamais du se passer», poursuit Ingebrigitte Hóß. «Pourtant je n’en aime pas moins mon père» conclu-t-elle après que le reporter de Stern lui ai lu des passages décrivant son comportement impitoyable en tant que chef du camp.

 

Article «Mein Vater der Auschwitz-Kommandant ». Stern 30.4.2015.