point sur: LA RAF FAIT A NOUVEAU LA UNE
mercredi 24 septembre 2008 à 11:45 - permalien #176
Le film est déjà un succès avant sa sortie demain, jeudi 25, sur les écrans. La campagne de promo a été impressionnante, le film s'inspire du livre de Stefan Aust, l'ex directeur du Spiegel. Un classique vendu à plus de 300000 exemplaires depuis sa première publication. Le Spiegel a fait une "Une" percutante sur le Baader-Meinhof Komplex, ce qui n'est pas rien. "Arrêtez de les voir comme ils n'étaient pas. Un film détruit le mythe de la Raf". Eichinger et Edell sont censés révolutionner la façon de voir les membres de la Fraction armée rouge souvent dépeints en "victimes", pour les présenter plutôt comme des coupables. Le film a été sélectionné pour représenter le cinéma allemand à la course aux oscars, le 22 janvier prochain à Los Angeles. "Son interprétation hors du commun et l'extraordinaire mise en image de l'histoire permet de se faire une opinion sur les années soixante dix en Allemagne, sans pour autant glorifier les criminels, explique le jury."
Pour le magazine berlinois Tip il s'agit plutôt d'un nouveau coup de maître du "RAF business". Documents, CD et DVD de compilation des précédents films concernant le groupe, pré-projections exclusives pour les médias sélectionnés, campagne de pub' et gadget divers...accompagnent le tirage d'une nouvelle édition du livre de Stefan Aust. Rien n'a été oublié. Le succès potentiel du film s'appuie bien sûr sur une demande, une curiosité, une attente. La RAF reste un pilier de l'histoire, de la mémoire allemande de l'après guerre. "Peu de choses remuent autant le public que la Fraction armée rouge. Seuls le Führer et les nazis font mieux, commente Tip Berlin".
La RAF symbolise les espoirs, les illusions, les remords, les deuils et les interrogations de la génération 68 et de sa suivante immédiate, dont nombre de représentants sont encore actifs dans les médias, le monde intellectuel, chez les journalistes et commentateurs. Nombre de ceux qui se disaient opposés aux méthodes du groupe et au principe selon lequel le "pouvoir est au bout du fusil", le soutenait tout de même. "Le mythe peuple le cimetière des peluches collectives des années soixante dix et quatre vingt: protestation, révolution, terreur, intensité, imagination, masques, et réalités crues, larmes et répression", commente le Frankfurter Allgemeine Zeitung, sous la plume de Frank Schirrmacher.
Les trailers du film en font d'abord un film d'action politico-médiatique. Les bombes explosent dans l'immeuble dont les terroristes sortent sans même se retourner. Les rafales se succèdent au milieu des flammes et les balles percent les portes de voiture et les têtes des victime que les terroristes visent froidement, avec application. "Ces porcs. Bourgeois et flics en uniformes".
"On ne devait rien enjoliver dans ce film assure Stefan Aust". On oublie souvent selon lui que la RAF assassinait proprement des gens. Le groupe revendiquait ses actes au nom de la lutte contre les USA, contre la guerre du Viet-nam, contre la justice fasciste. Mais ses victimes, un avocat général par exemple, avec une femme et des enfants, avaient "aussi le droit de vivre. Je pense qu'il est important de remettre les faits à leur place et de ne pas les diluer dans la politique, la psyche", souligne l'ex directeur du Spiegel dans un interview au Frankfurter Rundschau . Mais les terroristes peuvent fasciner aussi par leur usage de la violence.
"Baader-Belmondo": le rapprochement du critique du Frankfurter Rundschau est percutant. Moritz Bleibtreu, l'acteur qui incarne Baader prend, selon lui, la pose à la Belmondo qui incarnait le révolutionnaire sud-américain dont vont s'éprendre Jeanne Moreau et Brigitte Bardot dans le film de Louis Malle, Viva Maria, tourné en 1965.
Baader aimait le cinéma et le style. Un papier décalé dans Stern, revient sur les "pneus de la révolution". Le magazine commente les goûts de Baader pour les voitures de sport dont une Porsche. Sa préférée était une Iso rivolta, une voiture de sport italienne coûteuse et rare. La bande fauchait les voitures pour son propre usage ou pour perpétrer les attentats en BMW, Mercédes, Alfa-roméo. A la RAF on conduisait souvent comme les bandits des films français de la "nouvelle vague" qui se déplaçaient au volant de vieilles grosses américaines huit cylindres.
Le film de Bernd Eichinger décrit ANdreas Baader, le chef de la Raf comme un macho brutal, beau gosse triomphant qui assène par exemple dans un camp d'entraînement au Moyen-Orient à ses "camarades " arabes:"baiser c'est comme tirer (un coup)". Gudrun Ensslin (incarnée par Johanna Wokaleks), la camarade et l'amante de Baader, paraît, elle, sexy et sympathique. L'exact inverse de ce que fut la RAF.
"La fascination qu'exerce la Fraction armée rouge ne tient pas seulement à la brutalité et à la spirale de l'exercice de la violence, explique Moritz Bleibtreu, dans l'interview du Frankfurter Rundschau déjà cité. Ce qui est central également c'est cette liaison entre Baader et Ensslin. S'il n'y avait pas cette histoire d'amour, si le trio Baader-Meinhof-Ensslin était constitué uniquement de trois types, ce serait beaucoup moins excitant. Mais c'était même romantique. Comme un Bonny and Clide. Même si ça paraît déplacé de dire ça. Ce couple qui va se suicider l'un pour l'autre est la force centrale de l'histoire".
Le commentaire du magazine des spectacles Tip-Berlin est sarcastique: "le film aurait plu à Baader comme Hitler aurait aimé le film d'Eichinger sur sa fin dans son bunker." Tout est décrit très exactement dans "le film allemand le plus cher de tous les temps" assène Tip Berlin. Même les 119 balles que recensent les p-v de la police lors de l'enlèvement du patron des patrons, Schleyer, sont là. Rien n'est oublié, ni la manif' contre le Shah d'Iran à Berlin au cours de laquelle la police tuera l'étudiant Benno Onesorg, radicalisant la révolte étudiant, ni l'attentat contre Rudi Dutschke, le leader du mai 68 allemand. Mais le "best of" de la violence du groupe est enfilé comme des perles le long d'un film qui dure deux heures et n'apporte pas grand chose de neuf.

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Commentaires
1. Le dimanche 3 janvier 2010 à 02:45, par princessa
2. Le mardi 9 février 2010 à 03:47, par claude54
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