Les adieux de Wiedeking et le pouvoir de la famille Porsche
vendredi 24 juillet 2009 à 22:14 - permalien #420
Mais pas un journal aujourd'hui qui ne rende les honneurs au vaincu du bras de fer VW/Porsche. « Pour moi il n'y a qu'un seul perdant et il se nomme Wendelin Wiedeking, explique l'expert automobile Stephan Bratzel, dans les colonnes du Berliner Zeitung. En dehors de lui tout le monde peut estimer l'avoir emporté. Piëch récupère Porsche, Wolfgang Porsche -le cousin de Piëch qui faisait cause commune avec Wiedeking, ndr- va être associé à VW et les salariés sauvent leurs jobs. »
Le Berliner Zeitung revient par ailleurs sur la « fausse nouvelle qui a ébranlé hier la République, selon laquelle Wiedeking aurait vu son départ adouci par une prime de 250 millions d'euros. » -voir la revue de presse de ce jeudi. Lancée par le Stuttgarter Zeitung la somme « obscène » a été relayée par nombre de quotidien, dont le notre s'excuse le commentateur. « Si elle avait été confirmée cela aurait renversé les certitudes automobiles sur lesquelles est fondée l'Allemagne. Et cela ne va pas avec Porsche, une marque qui a le sens de la mesure dans l'extraordinaire ». Elle colle avec ce pays et ses illusions comme la Lamborghini colle avec l'Italie poursuit le commentateur qui conclu: « c'est pourquoi nous corrigeons avec le coeur léger la fausse nouvelle d'hier. Wendelin Wiedeking n'a reçu que 50 millions d'euros de prime et il va même en investir la moitié dans des fondations » pour l'aide aux salariés de Porsche et aux journalistes âgés et dans la détresse. Ouf! La famille Porsche aurait bien été prête à donner plus à Wiedeking qui a fait des héritiers de Ferdinand Porsche des milliardaires, en redressant l'entreprise au bord du gouffre lorsqu'il en pris la tête il y a plus de quinze ans. Mais les représentants du personnel et les syndicats ont fait pression pour limiter la prime du partant.
Larmes, pluie, accolades, grandes déclarations, l'adieu de Wendelin Wiedeking au personnel: ouvriers, employés et cadres de Porsche avait tout du Happy end, soigneusement mis en scène, souligne Spiegel on line. « Le mythe Porsche ne disparaîtra pas » a promis Wolfgang Porsche, chef du conseil de surveillance du constructeur automobile. « Le nouveau géant VW/Porsche dépassera Toyata le premier constructeur mondial avant 2018 », pronostique de son côté Christian Wullf, premier ministre du Land de Bass Saxe ou se trouve le site de VW, à Wolfsburg, qui restera le centre de dommandement du futur groupe unifié. Le Land détiendra toujours 20% du capital du groupe. Un poids que voulait mettre en cause Porsche en rachetant VW. Pour en faire une entreprise privée comme les autres. Wullf fait aussi parti des vainqueurs, comme Bernd Ostersloh, président du conseil d'entreprise de VW qui ne voulait pas entendre parler de remise en cause des statuts de l'entreprise ou les droits de cogestion sont particulièrement à l'honneur.
Ferdinand Piëch, l'homme fort de VW et de la famille Porsche, le fils de Louise Porsche, la soeur du fondateur de l'entreprise sous le IIIè Reich, n'avait pas hésité à s'allier avec les représentants de salariés de VW pour faire face à l'offensive de son cousin Wolfgang Porsche, et du constructeur de Stuttgart. Il se tenait jeudi discrètement en retrait, mais il triomphe, évidemment. Bien des choses n'en restent pas mois à régler, souligne le Frankfurter Allgemeine Les négociations avec l'émirat du Quatar qui doit prendre 20% environ du capital du groupe fusionné dureront encore des mois. Les structures du nouveau Konzern doivent se mettre en place d'ici 2011. VW devrait être la maison mère rassemblant dix marques sous son « chapeau », dont Porsche AG. Mais l'intégration du constructeur de Stuttgart, dont le personnel est hostile à VW et au rachat de son entreprise emblématique par le constructeur de « voitures populaires » de Wolfsburg, pourrait donner du fil à retordre à Ferdinand Piëch. Plusieurs membres de la famille Porsche-Piëtsch vont rejoindre le conseil d'administration du groupe. Car, bataille de pouvoir, de clans, ou non, une chose est certaine: la famille Porsche détiendra plus de 50% des actions du groupe fusionné et sera propriétaire du porte drapeau de l'industrie automobile allemande.
Lire également la revue de presse de la Deutsche Welle en Français: "Wiedeking fait ses adieux à Porsche."
Pour un retour sur l'histoire du "crime", lire dans mon Berlin Blog: "Retour sur un bras de fer industriel et familial bouleversé par la crise."

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