Berlin, la fête de la planète met le peuple en coulisse
mardi 10 novembre 2009 à 00:58 - permalien #489
C'est ce sentiment qu'une centaine de milliers de témoins, de jeunes nés après la chute du mur, de visiteurs de Berlin venus du monde entier, cherchaient sans doute hier dans la capitale allemande. La magie d'un moment qui a changé la vie d'une ville puis du monde. Et qui ce lundi, après 21 heures, a connu son couronnement officiel dans la chute des dominos et les feux d'artifice.
Le Tagesspiegel, quotidien berlinois lui aussi, décrit bien de son côté ce curieux rassemblement de foules, de bataillons de journalistes, de personnalités, de visiteurs du monde entier, au milieu desquels les Berlinois, devaient se frayer le passage dans les couloirs du métros et les encombrements, après le poids d'une journée de travail, en ruminant parce que le 9 novembre justement n'est pas une journée de fête, fériée. Ils ont bien sûr ouvert leur ville en grand aux visiteurs, ils sont « gentils ». Un peu étonné, tout de même. Pourquoi cette invasion pour ce jubilé? Que sont venus chercher l'enseignante danoise, l'experte en software des USA, le diplomate du Congo ce jour là à Berlin. Cette histoire vieille de vingt ans dont nous conservons scrupuleusement les trace et qui sont recouvertes chaque jour par les peines les contradictions, les frustrations du quotidien de la réunification?
La fête pour la chute du mur était un spectacle médiatique qui met le peuple sur la touche, estime quant à lui le Frankfurter Rundschau, quotidien libéral de gauche de Francfort.
Le mur de dominos en polystyrene est tombé finalement comme prévu par le plan. Une idée de carnaval pour divertir le peuple emporté une fois par une révolution. Elle servira d'image dans les résumés des évènements des années à venir. Mais le peuple est cette fois la coulisse et non l'acteur historique de l'évènement. On peut trouver exagérée cette mixture de cérémonies officielles, de conférences, de nuit du souvenir, de kermesse d'automne, avec lesquelles le 20 ème anniversaire de la chute du mur a été transformé en spectacle médiatique, estime le quotidien de Francfort. La signification historique des évènements qui se sont produits avant et après le 9 novembre 1989 ne gagne pas grand chose à une mise en fête contrainte, que les citoyens et les passants regardent avec scepticisme. Il est certain qu'une identité nationale fragile, contradictoire a besoin de journées du souvenir pour s'affirmer, il est sur aussi que le cohésion d'une société ne se commande pas par une fête de la liberté.

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