Strasbourg condamne la discrimination des pères non mariés et déchaine les polémiques
vendredi 4 décembre 2009 à 18:16 - permalien #508
Selon les termes du droit familial allemand seuls les pères mariés ont accès, de droit, à la responsabilité parentale partagée en cas de séparation. Dans les couples dit « libres », l'accord de la mère est un préalable. Faute de quoi le père reste exclu des choix tenant à l'éducation de l'enfant. Mais les juges du tribunal européen des droits de l'homme ont jugé qu'un père "célibtaire", non-marié ne devait pas être traité autrement que la mère ou qu'un père marié, en ce qui concerne la responsabilité à l'égard de l'enfant. C'est "une césure historique qui rend le mariage superflu. Une erreur." Le mariage est un engagement pour la vie.
La constitution protège d'ailleurs non seulement la famille, mais également le mariage qui en est la condition, souligne Stern. Il constitue le cadre idéal pour la croissance des enfants. C'est ce modèle qui avait déjà été mis en cause par la cour fédérale de Karlsruhe lorsqu'elle a retiré le droit d'une mère divorcée à percevoir une pension propre en plus des pensions alimentaires versées par le père, pour les enfants dont elle avait la garde. Rester à la maison élever les enfants est devenu peu à peu le signe d'une autre époque.
Le jugement de Strasbourg torpille le mariage, au profit d'une société à intérêt temporaire, conclu le commentateur de Stern.
Un point de vue qui a déclenché aussitôt l'ire de l'un de ses collègues: « mais ou vit-il? Visiblement encore du temps du Reich, ou le devoir de toutes les femmes était d'abord d'élever des enfants pour fournir de la chair à canon. Ou les pères étaient contraints à élever leurs enfants avec les femmes auxquelles ne les liaient rien d'autres que l'acte sexuel. Ou dans les cas extrêmes le mariage n'était qu'une prison et la séparation une trahison sociale ». Une polémique qui indique combien le jugement de la cours européenne touche un point sensible.
Il ne signifie pas bien sûr que tous les tribunaux familiaux devront automatiquement accorder la responsabilité parentale aux pères non mariés qui la réclament, souligne le Tagesspiegel. Seule une minorité d'entre eux s'intéressent réellement à leurs enfants d'ailleurs. La plupart d'entre eux font déjà la grimace lorsqu'il s'agit de payer la pension alimentaire. C'est la triste réalité.
Mais le jugement de Strasbourg concorde bien avec l'évolution du partage des rôles des parents en Allemagne et avec les nouvelles découvertes des sciences humaines. Il n'y a pas si longtemps encore, la mère semblait être la seule capable d'assumer la bonne éducation de l'enfant. Elle devait donc y sacrifier toute ambition personnelle, professionnelle. Faute de quoi elle se faisait étiqueter bientôt de « Rabenmutter » « mère corbeau ». Les sciences humaines ont démontré depuis le rôle particulier que jouent les pères vis à vis de l'enfant, dés son plus jeune âge.
« Victoire sur les clichés », titre de son côté le Frankfurter Rundschau. Le 3 décembre, le jour du jugement de Strasbourg, est une journée heureuse pour les pères. C'est vrai. Mais c'est aussi une bonne journée pour les mères et les enfants. Strasbourg estime explicitement que les pères non mariés sont discriminés, lorsque leur responsabilité parentale dépend du choix de la mère de l'enfant.
Mais les femmes sont elles aussi victimes du droit familial issu de la réforme de 1998, qui privilégie l'accès des mères à la responsabilité parentale dans les couples , non mariés.
Il les enferme dans les vieux clichés habituels selon lesquels elles savent toujours mieux ce qui est bon pour l'enfant.
Un préjugé confirmé crument par la cour fédérale de Karlsruhe qui a confirmé la règle selon laquelle les femmes qui refusent l'accès à la responsabilité parentale du père le font pour le « bien de l'enfant » . Que les hommes qui portent plainte contre ce refus ne soient pas motivés par le souci de leur fils ou de leur fille est un jugement qui ne colle plus avec la société actuelle, dans laquelle un nombre croissant de pères s'occupent de leurs enfants. Tandis qu'un nombre croissant de mères refusent d'être les seules à porter cette responsabilité. Pire encore, suggèrer que les hommes sont incompétents en tant que pères leur donne un prétexte pour ne pas jouer leur rôle. Au dépend des enfants.
Le rôle des mères en Allemagne est sur-valorisé pour des raisons idéologiques. Il les sollicite en permanence, au delà du possible. Si un enfant revient à la maison avec une mauvaise note en math, c'est de la faute de la mère qui n'a pas fait assez d'exercices avec lui souligne der Spiegel. S'il a une allergie, c'est de la faute de la mère qui ne l'a pas assez allaité. Et quand l'adolescent enchaine les relations en crises les unes après les autres, c'est parce que sa mère n'a pas su lui assurer une liaison satisfaisante au cours de ses toutes premières années. La pression sur les femmes est telle que nombre d'entre elles renoncent aux enfants. Tandis que celles qui en ont renforcent encore les contraintes, en se livrant à une compétition entre elles pour savoir qui est la meilleure mère.
Selon une récente étude du centre de recherches sociales de Berlin et du magazin Brigitte, 90% des jeunes femmes de 17 à 29 ans veulent pouvoir concilier l'enfant et le travail. Pour que ce souhait devienne réalité les rôles au sein de la famille doivent être répartis sur un pied d'égalité.
Le rôle de l'homme avant tout doit se transformer, poursuit l'hebdomadaire. Le jugement de la cour de Strasbourg va en ce sens, estime der Spiegel. Il donne le moyen au pères non mariés, séparés, de mieux se consacrer à leurs enfants. Ce n'est pas par hasard que ce jugement provienne de la cour européenne des droits de l'Homme. Dans divers pays d'Europe, tels que la France ou la Suède, le poids de l'éducation des enfants est beaucoup plus assumé par les "Kindergarten", les écoles maternelles, les jardins d'enfants, et l'école. Les mères ne jouent pas dans ces pays le rôle d'exception qui leur est imparti en Allemagne. Il est temps que nous tournions cette page nous aussi.

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