Atome: nouvelle zizanie dans la coalition
lundi 8 février 2010 à 21:47 - permalien #550
Au sein de la démocratie chrétienne la ministre présidente de Thuringe, Christine Lieberknecht (CDU) soutient Norbert Röttgen.
L'énergie nucléaire est une énergie de transition et "la durée d'activité des réacteurs ne doit pas être prolongée outre-mesure".
En échange Röttgen ne devrait pas réduire les subventions pour le développement de l'énergie solaire, selon elle. Il faut faire dans la continuité et les critiques sur l'excès de subvention dont profiterait la branche, seraient déplacées.
Peter Müller (CDU), qui gouverne le Land de Sarre avec les Verts salue lui aussi les dernières déclarations du ministre de l'environnement. "Nous devons construire un avenir sans énergie nucléaire".
C'est une technologie qui permet seulement de faire le pont vers un approvisionnement en énergies renouvelables, bon marché, sur et inépuisable. Müller assure que son Land en restera aux termes de la loi de sortie de l'énergie nucléaire adoptée sous le gouvernement rouge-vert de Schröder, et n'approuvera pas les modifications et l'allongement de la durée de fonctionnement des centrales qui seraient soumis au vote du Bundesrat, la chambre des régions.
Mais d'autres dirigeants de la CDU ne partagent pas ce point de vue. Michael Fuchs vice-président du groupe parlementaire au Bundestag souligne que l'accord de gouvernement avec les libéraux est clair et vaut également pour le ministre de l'environnement. "Il est impossible d'atteindre nos objectifs environnementaux, sans l'énergie nucléaire". Il prône l'allongement conséquent de la durée d'activité des centrales, rapporte le Tagesspiegel. Les centrales qui ne sont pas sures devront certes être fermées. Les réacteurs fiables doivent fonctionner par contre non pas quarante ans, mais soixante, comme c'est le cas aux USA, voire plus longtemps même. Il souligne que ce serait "une énorme faute économique" de stopper des centrales qui donnent satisfaction et qui ne peuvent être remplacées ni par les éoliennes, ni par le solaire.
"Sortir du nucléaire maintenant serait une grave erreur", estime également Guido Westerwelle, ministre des affaires étrangères et chef du FDP. Les libéraux veulent certes tracer la voie de l'ère des énergies renouvelables, mais nous savons bien que nous n'en sommes pas encore là. L'énergie nucléaire est indispensable pour faire la jonction. Westerwelle assure être sur ce plan du même avis qu'Angela Merkel.
Barbel Höhn, dirigeant des verts, invite au contraire Röttgen à "traduire ses paroles en acte" et à fermer dés cette année les centrales qui devraient l'être suivant la loi de sortie du nucléaire adoptée sous l'ex chancelier Schöder.
Mais le ministre de l'environnement ne se réfère pas à la durée d'exploitation moyenne de 32 ans qui fondait la politique du gouvernement rouge-vert (SPD, écolos) de cette époque, souligne der Spiegel. Les centrales peuvent continuer à produire selon lui, mais sans excéder 40 ans d'activité, la durée limite pour l'opinion publique allemande -un délai beaucoup trop court pour les exploitants des centrales. Röttgen veut être "le ministre de la mise en oeuvre des énergies renouvelables, celui qui leur fera parcourir un bond en avant."
Röttgen avait été critiqué par ses adversaires écologistes pour son concept passe partout du nucléaire, technologie de transition, qui peut permettre de faire durer la transition très longtemps.
Il a précisé, souligne le Frankfurter Rundschau, qu'à partir du moment ou les énergies renouvelables fournissent 40% du courant allemand, "il n'y aura plus de place pour l'énergie nucléaire." A l'heure actuelle les énergies renouvelables produisent 16% et le nucléaire 23% du courant.
Mais selon la fédération des énergies renouvelables (BEE), 47% du courant sera produit en 2020 par le solaire, l'éolien et autres ressources propres. Les 40% seraient atteints facilement à cette date, ce qui permettrait de ne pas remettre en cause l'échéance de sortie de l'atome fixée par le gouvernement des verts et du SPD du chancelier Schröder et les exploitants des centrales à l'époque, à 2020 justement.
Mais le ministère de l'environnement lui, envisage pour l'instant 30% du courant seulement produit par les énergies renouvelables en 2020.
Ces pronostics démontreraient, selon les Verts, que Röttgen freine en fait le développement des énergies renouvelables, au lieu de freiner le nucléaire. La réduction des subventions dans la branche solaire et la mise en cause du "consensus" de la loi de sortie de l'atome en seraient les meilleures preuves.
"Le prolongement de la durée de vie des centrales -même limité à 40 ans- est le meilleur moyen de freiner le développement des énergies alternatives. Le simple débat sur cette question ralentit déjà la réalisation de projets de centrales propres souligne le quotidien de Francfort". Röttgen parle du pont de la technologie nucléaire. Il peut être court. Mais il nécessite alors une décision de fond: pas de prolongation de l'activité des réacteurs.
Les propositions de Röttgen rapprochent en fait les la CDU des verts, comme jamais encore, souligne au contraire die Welt. On en est encore à l'alliance avec les libéraux du FDP mais la démocratie chrétienne est en train de mettre le cap sur un accord avec les écologistes à moyen terme.
Elle a entrepris de phagocyter le parti Vert, pour aspirer à l'avenir ses revendications et ses électeurs. Finalement les racines de l'écologisme prolifèrent sur le terreau conservateur. On vit dans les mêmes quartiers, on partage les mêmes habitudes de consommation. Dans les mariages bourgeois le doublé, elle verte, lui noir (la couleur fétiche de la CDU) est un déjà un classique.

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