Wulf élu, Merkel battue et Gauck vainqueur, les commentateurs sont -presque- unanimes
jeudi 1 juillet 2010 à 20:38 - permalien #661
Le mécontentement est très profond en Allemagne, qu'il s'agisse de la politique, de l'économie, des églises, du travail et des salaires, de la l'éducation et des perspectives d'avenir. Mais on aurait tord de croire que ces rancoeurs sont apolitiques et se consolent avec du pain, des jeux, et le football...
Le société civile n'a pas renoncé et la démocratie ne s'est pas assoupie. L'engagement étonnant en faveur de Joachim Gauck le démontre.
Que Christian Wulff, candidat de la coalition au pouvoir n'ait même pas été élu au second tour de scrutin constitue plus qu'un avertissement adressé à Angela Merkel, souligne de son côté le Tageszeitung. Ce mercredi a été la confirmation de ce que la chancelière s'est tuée elle même au sein de son propre parti.
Sa stratégie du pouvoir en solitaire, réputée marcher à tous les coups jusqu'ici s'est transformée en son contraire. Elle voulait se débarrasser de son dernier concurrent au sein de la démocratie chrétienne en l'envoyant à la présidence.
Elle se retrouve seule à la maison. Ceux qui ont entamé le putsch contre elle parce que sa politique de libéralisation de la CDU va beaucoup top loin pour eux, pourraient continuer l'offensive, elle ne trouvera plus de troupes pour la défendre. Mais elle n'est pas la seul victime des élections d'hier. Que restera-t-il de la campagne des verts et des sociaux démocrates pour Gauck? Rien. A part le fait d'avoir mis Merkel sur les charbons ardents. Mais cela n'est en rien une perspective de solution politique pour l'avenir.
Le parti la gauche, die Linke, est lui le grand perdant de ce scrutin. Il avait la possibilité de donner une perspective politique à une coalition rouge-rouge-verte, (SPD, Verts, die Linke). Il a laissé passer cette chance, en s'abstenant ou troisième tour. Il est ainsi responsable, lui aussi de la victoire de Wulff. Le seul vainqueur de cette élection est finalement Gauck, d'autant plus qu'au scrutin direct, il aurait sans nul doute été élu.
Merkel ne parvient même plus à rassembler ses troupes sur une question décisive, souligne la quotidien financier Handelsblatt. Elle se serait épargné cette pénible raclée si elle avait eu la finesse politique de présenter un candidat qui lui soit proche, tout en étant acceptable pour le SPD et les Verts -ce qui pouvait être le cas de Gauck, justement.
En voulant au contraire faire à nouveau la preuve de son pouvoir, elle récolte une humiliation en public.
Il faut analyser les chiffres du premier tour pour mesurer l'ampleur de la défaite, souligne le Tagesspiegel. 44 voix de délégués de l'Union chrétienne et du FDP ont fait défaut à Christian Wulff.
Le candidat présenté par les Verts et le SPD a recueilli lui 37 voix de plus que n'en rassemblaient ces deux partis. Les 13 abstentions venaient par ailleurs sans nul doute du camps de la coalition.
Quelques voix de moins que prévu au premier tour, aurait pu passer avec un sourire forcé pour la présidente de la CDU. Mais avec de tels chiffres cela ne passe pas. Ce n'était pas une sommation d'avertissement, mais un tir de barrage, qui signifie: "cela ne peut plus durer ainsi."
Des conseillers bien intentionnés avaient suggéré à la chancelière de laisser les délégués libres de leur vote. Il se trompaient eux même, le vote a été libre et incontrôlable, dés le départ. Et Angela Merkel a payé intégralement la note de la nomination de Wulff sans aucune consultation, du haut de la chancellerie. Et les remarques de responsables des Libéraux ou de l'Union chrétienne qui rappellent que d'autres présidents ont déjà été élus au troisième tour ne sont aucunement convaincantes. Les "blocs" des délégués qui les ont finalement élus ne variaient pas ainsi de plusieurs dizaines de voix au gré des tours de scrutin.
Wulff va devoir se mesurer à un fantôme remarque le Frankfurter Allgemeine Zeitung, au président Gauck qui n'a pas été élu. Celui-ci ne devra pas faire la démonstration qu'il aurait été le meilleur chef d'état, comme on l'a dit. Gauck peut rester pour toujours le président du coeur. C'est Wulff qui hérite du plus dur.
Les accusations du SPD et des Verts à l'égard de die Linke qui aurait fait échouer une victoire contre la coalition d'Angela merkel sont tout à fait erronées, réplique quant à lui le quotidien Neues Deutschland, proche de die Linke. S'ils avaient vraiment voulu parvenir à une majorité rouge-rouge-verte pourquoi n'ont ils pas entamé les négociations avec die Linke avant de désigner leur candidat?
Pourquoi ont-ils décidé seuls de choisir quelqu'un qui parle au coeur de nombre de conservateurs parce qu'il soutient la guerre en Afghanistan et prétend que la reconnaissance de la frontière avec la Pologne n'était pas "juste", alors qu'il n'a que mépris pour die Linke? En fin de compte Wulff n'a pas été élu président grâce à die Linke, mais grâce à la politique étroite du SPD et des Verts.
Selon des bruits de couloir l'entente aurait été possible sur le nom de Klaus Töpfer par exemple, dignitaire respecté de la CDU et longtemps responsable des programmes de l'ONU pour l'environnement. Les Verts auraient sondé Töpfer, mais celui-ci aurait refusé d'être candidat.

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