"La crème de la crème" de l'économie allemande fait l'éloge du nucléaire
lundi 23 août 2010 à 17:11 - permalien #681
Ils mettent en garde contre les illusions et le coût des énergies alternatives auxquelles la politique énergétique de la chancelière ferait la part belle. Ils s'élèvent contre la destruction de capital que représenterait la fermeture des centrales planifiée par la loi de sortie du nucléaire du gouvernement des sociaux démocrates et des verts, adoptée en 2002. Ils plaident pour le prolongement du fonctionnement des centrales, dont le gouvernement Merkel pourrait fixer la durée à 10 voire 14 ans, et contre la taxation sur le combustible nucléaire que veut, en contre-partie, leur imposer la coalition des démocrates chrétiens et des libéraux.
Nous voulons que l'énergie soit toujours plus propres et respectueuse de l'environnement, qu'elle soit sûre et accessible aux citoyens et à l'économie Sur ces points donc je ne vois pas de contradiction avec ce qu'écrivent les auteurs de l'appel. » Mais la création d'un impôt sur le combustible nucléaire, auquel Merkel ne voit pas d'alternative pour l'instant, est contestée de part et d'autre sur le plan juridique. Les patrons de l'industrie énergétique préconisent à l'inverse la négociation d'un contrat avec les pouvoirs publics et la constitution d'un fond dans lequel ils verseraient leur contribution, équivalente à la moitié de leurs profits supplémentaires.
Une proposition qui a de l'écho dans les rangs de la CDU, souligne Stern. David McAllister, ministre président du Land de Basse-Saxe par exemple assure que son gouvernement y est favorable même s'il n'a pas d'objection à l'impôt sur le combustible sur le plan juridique. le fond permettrait de promotionner le développement des énergies renouvelables.
« Madame Merkel un diktat s'il vous plait », s'insurge le Süddeutsche Zeitung. L'impôt sur le combustible figure en effet parmi les mesures du plan d'épargne budgétaire adopté par le gouvernement en juin. « C'est l'un des rares postes ou l'économie et les détenteurs de richesse sont appelés à contribuer, souligne le quotidien de Münich.
Pour le reste, le plan d'épargne épargne sur le dos des petites gens. Et voilà que l'impôt sur le combustible nucléaire pourrait disparaître pour être remplacé par une contribution négociée. C'est le rêve de tout contribuable. Suite à ses protestations l'état ouvre les négociations et lui demande quelle somme il est prêt à payer sans protester. Une seconde contribution ne serait pas levée non plus par ailleurs, la taxe sur le nucléaire qui avait envisagée pour le financement des énergies renouvelables. »
« Le gouvernement ne doit pas se laisser intimider par l'appel et devrait poursuivre son cours estime Claudia Kemfert, experte en énergie du DIW, l'institut économique de Berlin, dans les colonnes du Handelsblatt. Les différentes orientations et propositions de sa politique énergétique vont dans le bon sens. L'impôt sur le combustible est tout à fait juste. Et la proposition du ministère de l'environnement d'en faire une contribution à la réforme du système énergétique aussi. Celle-ci nécessitera en effet du capital pour le réseau de distribution, la restructuration de la production d'énergie, le développement soutenu, et la fin du charbon et de l'atome. Subventionner ces deux ressources serait donc une erreur. Il faut choisir, c'est l'un ou l'autre. Si l'on prolonge la vie des centrales nucléaires il faut renoncer à la construction de nouvelles centrales au charbon et vice-versa. »
Plusieurs arguments de l'appel des 40 sont passés au crible par le quotidien économique Financial Times Deutschland.
-La transition vers les énergies renouvelables ne se fera pas du jour au lendemain assurent les signataires. Leur part est de 16,1% actuellement dans la production d'énergie et devrait être de 50% en 2050. Mais elle pourrait être de 100% vu les moyens dont l'on dispose aujourd'hui, selon les services de l'environnement fédéraux, note le FTD.
-Les nouvelles ressources seront principalement concentrées au nord (parcs maritimes d'énergie éolienne). C'est exact, mais les travaux de construction des réseaux hautes tensions nécessaires pour alimenter le sud de l'Allemagne (2000 km) devraient donc débuter sans attendre selon les partisans des énergies alternatives, souligne le FT.
-Les surcouts dus au développement et à l'utilisation prioritaire des énergies alternatives pour l'économie s'élèveraient à 8 milliards d'euros en 2010, et les 2,3 milliards d'euros que le budget de l'état compte tirer de l'impôt sur le combustible nucléaire sont une charge supplémentaire qui bridera les investissements d'avenir. Certes, mais les bénéfices des principaux groupes énergétiques, Rewe 7,1 milliards, E-on 9,6, leur laissent tout de même largement de quoi voir venir souligne le quotidien économique.
Le plan de politique énergétique du gouvernement Merkel est prévu pour la fin septembre. Son application sera de toute façon problématique, l'opposition étant (re) devenue majoritaire au Bundesrat, la deuxième chambre du parlement allemand. Elle envisage déjà plusieurs recours auprès de la cour constitutionnelle contre l'abrogation de la loi de sortie de l'atome.
Pour les anti-nucléaires, qui préparent une manifestation à Berlin le 18 septembre, la polémique au grand jour ouverte par l'appel des 40 est une bonne chose. Il est bon de savoir exactement qui se trouve dans le camp adverse estime Thorben Becker de la fédération de l'environnement pour la protection de la nature (Bund für Umwelt und Naturschutz), dans le Berliner Zeitung. Il estime que la déclaration publiée dans la presse est « le dernier cri des vieux Konzern»

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