On considère en général les deux pays comme les porte paroles respectifs de nord de l'Europe pour Berlin, du sud pour Paris. Il s'agit plus que de simples comportements économiques, ou de différences dues à l'histoire, et aux penchants culturels. L'opinion publique allemande, alimentée quotidiennement par des médias généralement hostiles au gouvernement grec, et l'opinion française reflètent cette divergence.

Bien qu'il soient les second contributeurs à l'aide de la Grèce après l'Allemagne les Français en majorité (53%) ne sont pas pour le "Grexit",  remarque le Frankurter Allgemeine Zeitung. Mais ils réagissent plus par intérêt que par compassion à l'égard des Grecs. Les Français sont des Européens déçus et sont inquiets des conséquences d'une sortie des Grecs de la zone euro. Ils préfèrent ne pas en faire l'expérience. A gauche, de l'aile gauche du PS en passant par le PC et le Front de gauche, on préfère Tsipras à Hollande. Il refuse de céder en effet et tient ses promesses à l'inverse des socialistes français qui ont ait campagne contre la politique d'austérité de l'UE mais n'y ont rien changé, une fois élus. A droite les Républicains de Sarkozy sont également contre la sortie de la Grèce de l'Euro «qui serait contraire aux intérêts de l'Europe et de la France ».HollMerkTsip.JPG

Tsipras sait qu'il peut compter sur l'indulgence des Français à l'égard du déficit budgétaire de son pays. « Ici au contraire en Allemagne, 58 % des sondés sont pour la sortie de la Grèce de la zone-Euro», souligne le Tagesspiegel berlinois. La chancelière jusqu'ici affirme au contraire qu'Athènes doit rester membre de l'Euro. Un autre scénario est certes possible. La Grèce pourrait faire défaut, rester formellement membre de l'Euro-zone, tout en introduisant une monnaie parallèle dans une situation économique encore aggravée si le gouvernement de gauche à Athènes et ses créanciers ne trouvent pas d'accord.

Mais dans les deux cas, accord ou non avec Tsipras, Merkel a besoin du soutien du président français. Car la crise grecque concerne directement la cohésion entre les pays du nord de la zone euro et ceux du sud, en proie à la crise. L'Allemagne avec son budget en excédent et la France qui a des difficultés à respecter le pacte de stabilité, incarnent d'une certaine façon le Nord et le Sud. Une solution à la crise qui serait imposée uniquement par Merkel manquerait de légitimité au sein de la zone-euro.

Tsipras spéculait sur une alliance avec Hollande, lors de son entrée en fonction en janvier. Il est allé plaider pour sa politique à Paris et ne s'est rendu qu'en mars à la chancellerie à Berlin pour exposer des heures durant à Merkel la situation de son pays. Mais l'espoir de Tsipras de remettre en question les accords avec les créanciers de la Grèce avec l'aide du socialiste Hollande a été déçu.