La grève de la Sncf et le blocage des raffineries sont inimaginables en Allemagne, car elles ne visent pas le patronat de ces entreprises, mais le gouvernement. Le Süddeutsche Zeitung  souligne la faible taux de syndicalisation en France, soit 8 % contre 18 % en Allemagne, et une moyenne de 23 % dans l'UE. Les syndicats enregistrent peu de succès avec leurs grèves dans les conflits salariaux, mais l'affrontement avec le gouvernement donne à la CGT une importance qu'elle n'a pas en temps ordinaires.

Les Allemands se sentent bien au sein de leurs communautés et cultivent le consensus, les Français au contraire sont beaucoup plus individualistes, et cultivent leurs penchants révolutionnaires. L'acquisition d'avantages immédiats ou le rejet de suppression d'acquis ont la primeur. A l'inverse de l'Allemagne, la cogestion paritaire n'existe pas en France, souligne le SZ. Les entrepreneurs, comme les salariés la rejettent.

Les premiers ne veulent pas qu'on se mêle de leurs décisions, les seconds refusent de se salir les mains avec les problèmes de gestion. Conséquence : les sujets de polémiques sont courants lorsque les uns parlent des autres au lieu de s'entretenir avec eux. La cogestion existe en Allemagne depuis 40 ans dans les grandes entreprises et de nombre de grandes entreprises tentent de s'en dégager à travers de multiples astuces juridiques. Sans doute parce qu'elles considèrent la paix sociale sur les lieux de production comme allant de soi. L'exemple de la France démontre ce qui se passe quand ce n'est pas le cas.

Mais il y a aussi des acteurs sociaux qui envient les syndicats français et le recours aux grèves politiques, avant tout dans le parti die Linke et dans certains courants du syndicat des services Verdi.  

Le "Tageszeitung" du 3 juin souligne que les deux tiers des syndicats, qui ont plus l'habitude de se concurrencer que de se soutenir, s' opposent à la loi travail. La division se cumule avec un faible taux de syndicalisation. Mais les syndicats ont une autre tradition de lutte qu'en Allemagne et ils agissent dans un pays ou les grèves politique ne sont pas interdites, mais sont censées être légitimes.

Le mouvement de grève contre la « modernisation » du droit du travail à l'image de la politique allemande est soutenu par 70% des « citoyens et citoyennes » et qui se rebelle ne s'est pas trompé en vivant en France au contraire. Même s'il s'agit là pour les correspondants en France de la presse allemande, d' une voix d'exception « social-romantique » car ils estiment « que les démontage des normes du droit du travail n'a pas d'alternative et que la grève siffle la fin du match. » En France la CFDT, fondée sur le christianisme-social est le seul syndicat à se fonder sur le partenariat social.

Paradoxe, souligne l'hebdomadaire "Freitag" du 9 juin, alors que leurs collègues français sont au coeur d'un affrontement décisif, les directions de la confédération syndicale allemande, le DGB, le syndicat de la métallurgie, IG Metall, et le syndicat des services Ver-di n'ont même pas édité un communiqué de presse de solidarité. C'est d'autant plus remarquable qu'ils sont membre de la même association syndicale internationale. « Il s'agit pourtant d'une réforme du droit du travail, d'une attaque frontale contre les droits des salariés.

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manifestation, juin 2016

Le paradoxe s'efface quand on a à faire a des responsables syndicaux "ordinaires" ou des délégués d'entreprises. La sympathie pour les rebelles français est alors manifeste. L'envie aussi ». Ce n'est pas facile d'être syndicaliste en effet dans un pays ou la "pause déjeuner active" est déjà considéré comme un pas vers la grève politique. Un peu d'esprit rebelle à la française ne ferait pas de mal aux bien sages syndicats allemands

Le faible taux de syndicalisation en France s'explique aussi par le pragmatisme des salariés face aux organisations représentantes de leurs intérêts. Être adhérent ne rapporte pas grand chose, il n'existe pas d'indemnités de grèves, les conventions salariales de branches n'apportent que de faibles standards minimum.