A l'inverse de Le Pen, Petry n'est pas élue au parlement européen, ou l'AfD est représenté par Beatrix von Storch, vice-présidente du parti et hostile à une "collaboration étroite avec le FN et sa politique économique socialiste",  selon le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Il serait par ailleurs difficile de concilier les ambitions des deux présidentes des partis. Petry serait ainsi opposée à une rencontre avec Le Pen, selon le Frankfurter Allgemeine, à l'inverse de son compagnon Marcus Pretzel, président de l'AfD en Rhénanie du nord et membre du parlement européen qui a décidé déjà d'intégrer le groupe "Europe des Nations et des Libertés" (ENL), fondé en juin 2015 et coprésidé par Marine Le Pen et milite pour un rapprochement avec le FN (voir mon billet, "AfD, à droite sans bornes" ).

Bjorn Höcke leader du courant le plus nationaliste de l'AfD est également pour le rapprochement avec le FN qui se mobilise comme l'AfD contre "l'aggravation de l'invasion migratoire et pour la défense de l'identité des peuples européens". Il souligne également les "critiques communes des deux partis à l'égard du traité d'échanges commerciaux avec les USA

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Petry  Le Pen mai 2016

et de la politique étrangère atlantiste de l'UE". Or Or Petry ne peut ignorer l'influence d'Höcke au sein de l'AfD.

Les deux partis peuvent utiliser également de concert l'hostilité croissante en France et en Allemagne aux conséquences de la politique de Bruxelles, dans la crise dans l'euro en particulier. L'ascension de l'AfD ne tient pas seulement à la question des réfugiés en effet. Elle a pour origine la politique de l'euro et de la crise grecque notamment. Il faut rappeler que ce sont aux départ des économistes hostiles à la monnaie unique, dont Bernd Lübcke qui ont lancé le parti. "La crise de l'euro a démontré que son introduction allait à l'encontre du bon sens économique et politique" soulignait l'AfD dés 2013, revendiquant dans son programme électoral "une dissolution maitrisée de la zone euro". Car "nous n'avons pas besoin de l'Euro", rappelle le Süddeutsche Zeitung.

Si l'AfD a profité de la crise des réfugiés, après avoir chassé d'ailleurs sous l'impulsion de Frauke Petry Bernd Lübcke de la direction du parti et du parti, les thèmes qui lui permettent d'agréger son électorat ne manquent pas sur le plan économique. La crise grecque, le conflit entre Athènes, Bruxelles et l'Eurogroupe reste un test-clé pour l'Allemagne de ce point de vue.

Le paiement d'une nouvelle tranche de crédit prend du retard, et le ministre des finances Wolfgang Schaüble fera tout pour éviter de demander à noouveau l'aval du Bundestag qu'il vient de provisionner 12,8 milliards d'euros sur le budget pour la crise des réfugiés. La participation du FMI au supposé sauvetage de la Grèce est par ailleurs toujours dans le brouillard -le FMI estime que la dette de la Grèce n'est pas soutenable et devrait être réduite à l'inverse de ce que professe Berlin. Or le concours du FMI est une condition posée par Berlin au "sauvetage" d'Athènes.

Si le FMI fait défaut, comme le rapporte le Süddeutsche Zeitung, le plan de sauvetage de la Grèce sera à nouveau à la une de l'actualité et pourrait être un thème majeur de la campagne pour les élections fédérales de 2017. L'AfD en profitera évidemment pour chevaucher le courant d'opinion hostile au maintien de la Grèce dans la zone euro, voire dans l'UE.

La politique des taux zéros de la banque centrale européenne et des rachats des obligations des états de l'UE est également un terrain d'agitation tout trouvé pour l'AfD. Le système des retraites allemand basé en partie sur le rendement des taux d'intérêts est mis en question. Il est facile alors d'en rendre responsable la BCE et les pays de l'Union du sud de l'Europe.

L'AfD exige la fin du "rachat des obligations pourries par la BCE" qui "heurte les citoyens qui se sentent dépouillés du fruit de leurs économies" par la politique du président Mario Draghi. Ce qu'oublie de signaler l'AfD, estime le Süddeutsche Zeitung, c'est que cette politique ne se traduit pas par ailleurs par une dévalorisation de la monnaie, car l'inflation est aux taux zéro. Ce qui signifie qu'en fin de compte l'épargne conserve sa valeur. A l'inverse des années d'infations, lorsque les taux d'intérêts étaient certes conséquents, mais étaient effacés par la hausse des prix et les impôts sur le capital.

On peut se demander d'ailleurs pourquoi le gouvernement n'explique pas cela clairement, puisqu'il contribue à la politique monétaire de la CDU -dont l'Allemagne profite, elle aussi.