Merkel s'est faite dépasser une fois en 2012 sur les dettes, les eurobonds, les garanties de dépôts bancaires par une rébellion de Hollande, Mario Monti, José luis Zapatero. Puis tout rentra dans l'ordre avec l'Union bancaire, aux conditions de Merkel. Les relations ensuite furent distantes.

MerkelParis.JPGC'est l'Ukraine qui a rapproché Paris et Berlin après que Merkel aie préféré éviter l'écrasante responsabilité d'agir seule, au nom de l'Allemagne, en tant qu'intermédiaire privilégiée avec Mscou. La rencontre avec Poutine et Poroschenko au 70è anniversaire du débarquement de Normandie lui a offert l'opportunité de partager la responsabilité avec Hollande.

La décision à prendre d'un éventuel Grexit après le choc du non grec, l'a ramené à Paris après avoir préféré surfer plusieurs semaines sur l'hostilité à toute concession à la Grèce de Wolfgang Schäuble son ministre des finances et de la majorité de l'Eurozone. Les pays du nord et de l'est en particulier (voir mon billet). Merkel, comme le président du parlement européen Martin Schulz (SPD) ou le vice-chancelier Sigmar Gabriel ont cru sans doute que le oui l'emporterait finalement à Athènes le 5 juin. Convaincus de ce qu'en élevant la voix les électeurs grecs écouteraient les recommandations de vote de Berlin. Un sentiment que confortaient les médias.

Mais le non écrasant le oui a redistribué les cartes. Le Grexit menaçant d'autant plus la zone euro en raison des premières réactions allemands, celles du vice-chancelier Sigmar Gabriel (SPD) en particulier. Il estimait dés le soir du vote que la Grèce avait coupé les ponts avec les créanciers. Pour reprendre le dialogue auquel le vote grec a contraint Berlin -car même un Grexit ne pouvait en faire l'économie- le meilleur intermédiaire était évidemment Paris. Angela Merkel ne donne pas l'impression ainsi de changer de cap. Paris et le couple franco-allemand semblent être le point de passage obligé avant un sommet « historique ».

Angela Merkel a-t-elle pour autant changé d'avis sur le Grexit ? Si l'on peut deviner ce qu'elle en pense d'ailleurs. Elle a insisté en particulier lors de la conférence de presse avec Hollande sur le fait que ce sont les 18 pays-membres de l'Eurogroupe qui feront la décision. Or la majorité d'entre eux est pour le Grexit et s'aligne sur les propositions dures de Wolfgang Schäuble à ce propos. La suite dépendra beaucoup de l'attitude de François Hollande et de Matteo Renzi. Leur résistance au Grexit est la seule façon d'éviter que l'Europe ne finisse par se détricoter en partant d'Athènes, accroissant la rupture nord-sud du continent. Un danger dont sont conscients les Allemands qui ont une vision stratégique de l'Europe à la Schmidt, Kohl ou Habermas. Et ils sont plus nombreux que les médias français et allemands ne le laissent croire

Pour la chancelière, pragmatisme avant tout, une issue permettant le maintien de la Grèce au sein de la zone euro ne reste possible que si elle peut expliquer à sa majorité que cette solution coûtera moins cher à l'Allemagne que le Grexit.