Mais Berlin limite pour l'instant son intervention à l'envoi d'une frégate dans la région et à la mise en œuvre de ses avions de reconnaissance « Tornado ». Une prudence qui n'évitera pas le danger selon le Frankfurter Rundschau, quotidien proche du SPD. "Ils n'ont rien appris".  

"L'Allemagne ne s'est engagé également qu'à petit pas dans la guerre sanglante en Afghanistan jusqu'à y être investie jusqu'au cou, se retrouvant ainsi partie prenante de ses échecs." La guerre contre la terreur initiée par George Bush au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 a « non seulement multiplié le nombre des terroristes elle a également étendu leur base géographique. Elle était censée empêcher qu'al Quaïda jouisse tranquillement de sa capitale sur l'Hindoukouch.

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Frankfurter Rundschau 2 déc. 2015

Aujourd'hui l'état islamique » et les groupes terroristes du même ordre, règnent sur une part de la Syrie, de l'Irak, de la Lybie, dans plusieurs pays d'Afrique et toujours en Afghanistan. La guerre contre la terreur a développé sa propre dynamique politique en prenant tour à tour les états-faillis dans le viseur, l'Irak, la Lybie. Mais le gouvernement n'envisage pas d'envoyer de troupes au sol afin de « combatte homme à homme les troupes meurtrières de l'état islamiste », réplique le Frankfurter Allgemeine Zeitung, libéral conservateur. « Les adversaires de l'engagement allemand n'en évoquent pas moins le danger comme si la Bundeswehr était au premier plan dans cette bataille contre le terrorisme. « La place de l'Allemagne est au côté de la France. Si elle se contentait de paroles de réconfort en se plaignant de plus que tout va mal, on ne pourrait même plus parler de partenariat et de confiance entre les deux pays ».

Pour l'Allemagne "le pays des angoissés et de ceux qui savent mieux que les autres. Cette intervention n'est pas sans dangers évidemment. Mais les frappes sur les sites de l'EI sont importantes, et font partie de la campagne pour reprendre les territoires du Califat de la terreur ».

Berlin n'envoyant aucune force de la Bundeswehr sur le terrain, la ministre de la défense Ursula von der Leyen (CDU), n'exclut pas « une alliance temporaire avec les troupes du président syrien Bachar el Assad, épousant ainsi le point de vue du gouvernement français ». Ce qui a déclenché de vigoureuses critiques dans son propre camp souligne le Frankfurter Rundschau.« Assad ne nous agresse pas, mais il est évidement à l'origine des problèmes auxquels nous faisons face dans la région, explique le président de la commission des affaires étrangères du Bundestag, Norbert Rötgen (CDU) ». Le ministère de la défense a donc dû préciser qu'un telle coopération serait envisageable à la seule condition que Bachar ne soit plus à la tête de l'armée.

Le SPD, partenaire du gouvernement de coalition d'Angela Merkel est lui aussi divisé sur la question. Tandis que son porte parole en politique étrangère, Niels Ahnen, estime peu opportune la proposition de la France de coopérer avec le régime, le porte parole du SPD pour la défense juge au contraire qu'il est « juste de travailler avec l'armée d'al Assad dans la perspective de la relève du pays et pour mener une guerre conséquente contre l'EI ». S'il estime qu'il n'y a pas d'avenir en Syrie pour Assad, sa famille et son clan, il souligne qu'il ne faut pas répéter l' erreur de l'Irak, de la Lybie et de l'Afghanista en éliminant les structures d'administration et de pouvoir du régime en place.

Le Bundestag doit ratifier le mandat d'engagement des troupes, vendredi 4 décembre. Le parti die Linke s'y opposera. « Si on veut combattre les terroristes de l'EI, il faut d'abord cesser les Kungelei avec l'Arabie saoudite et le parrain turc de la terreur, Erdogan », assène Sarah Wagenknecht, porte parole du groupe parlementaires.

Les Verts sont également sceptiques et refusent tout accord avec al Assad. La présidente des Grünen, Simone Peter estime qu'il n'existe pas de justification légale incontestable à un engagement en Syrie. « Cette intervention n'a pas de but politique, ne répond à aucun concept politique, elle est par conséquent irresponsable ». On ne peut éviter le dilemme entre la solidarité avec la France et le sens et l'objectif de l'intervention. « C'est une mission de l'enfer », estime un député vert « realo ».

La chancelière, signale le Frankfurter Rundschau a tenté de son côté en marge de la conférence Cop21 à Paris de jouer les intermédiaires entre Erdogan et Poutine, mettant à profit les relations privilégiées qu'entretient l'Allemagne avec ces deux pays. Sans succès. Les deux « adversaires » campant sur leurs positions.