"Ils ont fait tiré dans des lieux que chérissons, ou nous prenons plaisir, au football, au restaurant, dans un concert,  commente le Berliner Zeitung. Nous sommes tous visés nous qui aimons cette vie qui voulons la vivre avec notre cœur et notre raison à travers le monde. Les lieux du crime ne sont pas un hasard mais un programme. »

Nous ne devons pas nous laisser manipuler par les auteurs des attentats poursuit le quotidien berlinois, ils ne doivent pas nous imposer la précipitation, le simplisme dans nos débats. Et avant tout laissons les réfugiés en dehors de notre quête de causes et remèdes. « Les réfugiés fuient justement eux même cette terreur -nombre de responsables politiques l'ont répété avec raison ces derniers jours l'a souvent répété ces derniers jours. » « Il ne s'agit pas seulement de partager le deuil avec la France. Nous devons agir avec la France. » Mais qu'est ce que cela veut dire ? Une aide militaire ? Intervenir en Syrie ? Soutenir l'envoi de troupes sur le terrain ? 

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"Nous sommes Paris". Devant l'ambassade de France 16 nov. 2015

"Les conflits de ces dernières années nous l'ont appris, il est difficile, très difficile de faire front contre des gens qui n'ont pas besoin de porte de sortie, de plan B, parce qu'ils ont prévu de mourir, souligne le Berliner Zeitung." Comment les services de renseignements peuvent ils éviter que des gens se fassent exploser au milieu de la foule ? S'ils y parviennent onze fois rien ne garantit que la douzième fois ne leur échappe. Fermer les frontières. Mais sans un mur et l'ordre de faire feu, difficile de les rendre imperméables. "Et puis nous le savons la France et l'Allemagne ont une grande tradition, le terrorisme autochtone. Pas besoin d'importation." Il faut certes mettre les milieux islamistes sous surveillance, mais les citoyens doivent également ne pas abandonner leur protection à la police et aux services, uniquement. Ils doivent aussi réagir eux même. "Cela commence simplement en ne laissant pas sans réplique des jeunes qui traitent de prostituées des jeunes femmes aux jupes courtes dans le métro." Nous devons éviter l'apparition de ghettos et de nombreux lieux de rencontre et d'échange entre les différentes composantes de notre société doivent exister.

Les autorités ont donné la consigne aux gens de rester chez eux. Peut-être craignaient-elles une deuxième vague d'attentat. Mais sortir est aujourd'hui un devoir citoyen. Paris ne doit pas se laisser confisquer par les terroristes, ne pas se laisser prendre sa joie de vivre par la peur.

« Vive la République » titre le Süddeutsche Zeitung (16/11/2015). "Tous les amis des Français ne peuvent qu'espérer que la France maîtrise ce défi avec la même bravoure qu'en Janvier. Le président Hollande agit avec mesure et esprit de décision dans de telles circonstances exceptionnelles." Les attentats du 13 novembre bouleversent la politique française. « Le Front national de Marine le Pen va sans doute en tirer profit. La France accueillera encore moins de réfugiés qu'elle ne l'a fait ces derniers temps. Et les musulmans vont faire face à encore plus de préjugés qu'auparavant. « Le danger que Marine le Pen devienne présidente de la République reste limité. » Tout d'abord parce que les Français -on peut généraliser sur ce point- sont un peuple de raison et puis parce que le vote majoritaire est la loi. Ce qui veut dire qu'en cas de second tour, nombre d'électeurs de gauche, de libéraux et d'électeurs de droite voteront contre elle.

« La terreur peut impressionner la France mais elle ne lui volera pas son âme. Et Paris ? Paris sera toujours Paris. »

Les attentats de Paris ont saisi l'Allemagne alors que la chancelière subit une pression croissante au sein même de son propre parti (voir mon billet "Réfugiés, l'avalanche Schäuble"). « Le contrôle sur la politique des réfugiés semblait lui échapper » constate le Süddeutsche Zeitung . La direction de la CDU approuvant ouvertement contre Merkel le cours restrictif du ministre de l'intérieur, Thomas de Maizière, sur le regroupement familial pour les réfugiés et l'application des accords de Dublin pour les demandeurs d'asile originaires de Syrie, accord levé en août par la chancelière .

Angela Merkel avait répété pourtant vendredi soir, juste avant les attentats, dans son interview sur la chaîne publique ZDF sa volonté « naturellement » de maintenir sa politique car «chacun de ceux qui sont venus chercher refuge chez nous, avait une raison de fuir ». « La chancelière garde la situation en main », a assuré Merkel elle même. Elle affirmait samedi matin, après « l'une des plus terribles nuit que l'Europe ait vécue depuis longtemps » « Nous vos amis allemands, nous sentons si proche de vous, nous pleurons avec vous ». Et l'Allemagne fera tout pour aider dans la chasse aux criminels et aux complices et pour combattre le terrorisme ensemble. »

Angela Merkel a insisté ensuite : « Nous savons que notre vie dans la liberté est plus forte que toute terreur. Répondons aux terroristes en vivant en toute conscience dans le respect de nos valeurs ». Une déclaration adressée visiblement à ceux qui dans la CSU et la CDU espéraient une correction de la politique des réfugiés. Certains comparaient déjà à ce propos les attentats de Paris à la catastrophe nucléaire de Fukushima qui conduisit Merkel à abandonner le nucléaire après avoir milité pour sa prolongation. Ils espéraient que les attentats la conduisent à faire de même avec la politique des réfugiés.