Hermani assure qu'il ne veut rien à voir à faire avec une œuvre humanitaire parce que « les réfugiés sont des terroristes ou leurs enfants ». Hermani est l'une des « rares stars de la mise en scène que possède encore le théâtre européen », selon le Tagespiegel berlinois qui consacre sa page trois du 9 décembre, à cette rupture fracassante.

« Nous savons, assène Hermani, que la tragédie parisienne a influé jusque sur la politique du gouvernement allemand. La mort de 132 jeunes à Paris, tel est le prix qu'il a fallu payer pour que l'on reconnaisse enfin les lien existant entre la politique de l'immigration et le terrorisme. » En tant que père de 7 enfants il n'est pas prêt à venir travailler dans une ville toujours aussi potentiellement dangereuse. On sait que Hambourg abrita pendant des années le commando qui exécuta les attentats de New york le 11 novembre.

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"Sommergäste". M Gorki. Mise en scène d'Hermani. Berlin Schaubühne.

Le choc est profond dans le monde théâtral. Hermani rompt le consensus d'un théâtre pluraliste. Le Théâtre Thalia ne le chasse pas pour « racisme ». C'est lui qui rompt avec le théâtre allemand parce que celui-ci s'inquiète de ceux qui sont dans la détresse. L'intendant du théâtre de Hambourg qui a rendu publics les propos d'Hermani, se défend d'avoir dévoilé une correspondance privée. Il s'agit au contraire pour lui d'un fait de société « qui concerne et intéresse le public ». Le théâtre Thalia garde a son répertoire la pièce d'Isaac B singer, mise en scène par Hermani « Späte Nachbarn », mais il joue aussi une pièce qui parles des gens en quête d'asile. La rupture d'Hermani « est une fracture de la culture européenne, juge le quotidien berlinois. » Un régisseur de la Baltique se sent menacé en république fédérale. Il raisonne comme le font les militants de Pegida, du Front national ou Donald Trump, par amalgame, pour cultiver la peur, en irresponsable. « Il sort des énormités semblables aux déclarations de responsables politiques hongrois ou polonais. Et il ne fait aucun doute qu'il est persuadé de ce qu'il dit. » Le théâtre allemand est ainsi mis en cause sur ses convictions de fond. Dans l'esprit de Schiller ou Brecht, il prend toujours fait et cause pour les faibles et attaquer les puissants fait partie de son ADN. Le théâtre est, selon Schiller, « une école de la sagesse, un guide de la vie citoyenne, une clé indispensable pour ouvrir les recoins les plus secrets de l'âme humaine ». Le théâtre allemand s'est politisé à l'extrême aux cours de la seconde moitié du 20ème siècle. Dans les années soixante avec Peter Weiß « die Ermittlung » et Rolf Hochut « der Stellvertreter », il mettait en scène les crimes nazis, la question de la culpabilité et de la complicité. Les années soixante dix ont rayonné d'un théâtre merveilleux dans lequel l'esthétique et la conscience politique semblaient aller de pair. Aujourd'hui nombre de théâtres renouent avec l'affirmation politique, mettant en scène à Dresde une pièce de Max Frisch avec des slogans de Pegida tandis que le théâtre à Berlin pose la question de Dieu et du « vide du ciel » ou bien renoue avec l'Agit-prop Theater à la Schaubuhne contre l'extrême droite. L'opéra d'état berlinois à de son côté collecté 30000 euros pour les réfugiés, Daniel Barenboim donnera pour eux un concert de solidarité. Le théâtre allemand ne peut pas cependant choisir l'un ou l'autre, le théâtre politique brut ou les mises en scène d'Hermani. « Il ne connaît pas qu'un seul ton, une seule forme. » L'affaire Hermani renvoie l'image du climat ambiant en Europe et en République fédérale ou la radicalisation est à l'œuvre. « L'incroyable est qu'un esprit raffiné peu déraper ainsi, et cracher à la figure du Théâtre Thalia. »