Perte de confiance au sein de son électorat, remous dans son propre parti, critiques de ses partenaires au sein de la coalition gouvernementale, ultimatums de la démocratie chrétienne bavaroise (CSU) nombre d'observateurs soulignent les obstacles croissants auxquels sa politique d'accueil des réfugiés expose la chancelière et spéculent sur un abandon de sa politique d'accueil.

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Merkel ignore les ultimatums de Seehofer leader de la CSU.

A fortiori après la nuit de la honte de Cologne et l'agression de centaines de femmes par des immigrés originaires de monde arabe ou d'Afrique du nord selon les victimes.

Angela Merkel a choisi certes de renforcer certaines mesures pour l'expulsion accélérée des coupables, poursuites et des peines renforcées. Elle renvoie également à de prochains rendez vous avec la Turquie, les Länder ou l'UE d'ici mars pour alléger la pression des migrants aux frontières de l'Allemagne.

Mais il n'y a pas trace pour autant de « tournant » dans sa politique, de rupture avec la politique d'accueil enclenchée ces derniers mois, pas plus que de quelque plan B que ce soit. Pour ne pas parler d'un renoncement au mandat de chancelière aux prochaines échéances électorales de 2017, remarque Daniela Vates dans un éditorial du Berliner Zeitung (19.01.2016). Car Merkel bénéficie d'un énorme avantage : si elle ne décide pas elle même de partir on voit mal ce qui pourrait l'y contraindre.

Il n'existe pas aujourd'hui d'adversaire qui pourrait prendre sa place et rassembler derrière lui une majorité au Bundestag comme le fit Kohl contre Schmidt, ou comme le fit Merkel elle-même contre Schröder. Et si elle décide de se présenter à nouveau en 2017, elle dispose du temps nécessaire pour conforter cet avantage.

D'autant que même sur la question des réfugiés le taux de satisfaction de l'électorat vis à vis de la chancelière reste encore largement supérieur à ceux dont doivent se contenter en général ses partenaires de l'union européenne. Quant aux autres thèmes de sa politique elle trône toujours en haut de l'échelle. Son parti, la CDU, n'a aucun intérêt à son retrait et les dissidents en son sein ne sont pas de taille à la faire changer sa politique à l'égard des réfugiés. La lettre des députés démocrates chrétiens mettant celle-ci en cause, n'a recueilli en fin de compte que 44 signataires sur 310 élus relève le Berliner Zeitung.

Pour l'instant par ailleurs il est trop simpliste de faire comme si la nuit de la honte avait bousculé l'opinion à un point tel que la majorité des Allemands serait devenu hostile à la politique de Merkel. On cite certes un sondage affirmant que 56 % des sondés partageraient ce point de vue -contre 39 % indique der Spiegel on line. 42 % estiment les valeurs culturelles et sociales de l'Allemagne menacées -une hausse de 9 points sur octobre- tandis que 52 % ne partagent pas ce point de vue.

On notera cependant qu'un autre sondage indique que si 51 % des sondés doutent de la réussite de la politique de Mekel, 44 % la soutiennent toujours. Il faut noter par ailleurs que les tentatives des mouvements d'extrême droite tels que Pegida de tirer profit des agressions de Cologne pour grossir les rangs de ses manifestations ont fait jusqu'ici chou blanc. Ceci s'explique entre autres par le rejet massif de l'amalgame entre les agresseurs et les immigrés promu par l'extrême droite et plus ou moins chevauché par certains médias, et par la conscience de nombre d'Allemands de ce que l'afflux d'immigrés dans les années à venir est indispensable à l'Allemagne ( lire à ce propos mon article Allemagne la culture de l'accueil en question, sur le site du Magazine Orient XXI).