Élu président de la république allemande en mars 2012, Joachim Gauck, a entamé  son parcours de la mémoire qui  le conduit à Oradour. "Une blessure jamais refermée". gauckoradour.jpgSa visite est la première visite officielle d'un président fédéral allemand en France depuis celle de Roman Herzog, en 1996.
En mars dernier, c'est en Italie, à Sant'Anna di Stazzema, aux côtés du président italien Giorgio Napolitano, qu'il rendit hommage au 560 victimes de la 16ème division blindé « Reichsführer SS », qui détruisitle village en quelques heures. Il salua alors « la réconciliation comme un don qu'il faut cultiver et qui ne signifie en rien l'oubli. Les victimes ont droit à nos pensées, notre commémoration. »
Il fut le premier allemand à parler lors de « la journée de la libération » en Hollande, en mai 2012, soulignant à Breda, la ville ou 100000 juifs hollandais furent victime de la politique d'extermination d'Hitler : « nous célébrons ensemble avec tous la libération du joug nazi, ceci vaut pour nous les Allemands et pour moi en particulier, justement parce que nous avons pris en charge la responsabilité que nous lègue l'histoire ».
Gauck se rendit en octobre 2012 à Lidice, en Tchéquie. Le 10 juin 1942, la Gestapo brûla toutes les maisons de la petite ville, pendit 170 hommes, et envoya 300 femmes et enfants en camps de concentration pour « venger » l'exécution de Reinhardt Heydrich, « protecteur adjoint du Reich », par la résistance.
Premier responsable de l'examen des dossiers de la Stasi après la chute du mur, Gauck note que la « l'amour de la liberté » ne s'est pas enraciné en profondeur en Allemagne. « Mais ce n'est pas un travers allemand, il est largement partagé, précise-t-il ». En Allemagne, à l'est comme à l'ouest, la mémoire sélective a  interdit pendant longtemps de faire la vérité sur le passé nazi. Ce fut l'une des raisons de la révolte des jeunes en 1968 en Allemagne de l'ouest. Après 1945, le mot "occupation" y était le terme officiel qui traduisait  le mot "libération" en Pologne ou en France voisine. La "libération" à l'est de l'Allemagne était le terme officiel, elle fondait par contre la dépendance de la RDA vis à vis de Moscou, dont Gauck fit l'expérience en personne.  « Nous savons combien il a fallu attendre de temps par exemple pour qu'une rue, une école, une caserne, portent le nom d'un résistant au IIIè Reich", souligne-t-il. Mais le travail de mémoire méritait tous ces efforts, afin que la nation allemande soit capable en toute conscience et de sa propre volonté de « désigner ce qui est injuste comme une injustice ».
Gauck rendait hommage le 30 janvier dernier à l'université de Münich au groupe de jeunes résistants de la « rose blanche », dont Sophie Scholl,  qui, avec de faibles moyens, distribuèrent leurs tracts, invitant à s'opposer aux nazis. Ils furent arrêtés en février 1943 par la Gestapo, emprisonnés, exécutés. « Leur courage, soulignait le président allemand, reste une invitation pour nous aujourd'hui, à nous mobiliser pour le respect de nos semblables, l'humanisme, la liberté, l'état de droit ».

Ce billet reprend un article publié dans Sud Ouest.

Vous trouverez ici le discours de Gauck à Oradour, en Français.