Décidément Bruno le Maire, député UMP est le bon exemple du député français qui parle toujours trop vite quand il s'agit de l'Allemagne. Il avait déjà tiré trop tôt à propos de la Syrie, assurant que l'Allemagne avait imposé ses vues à la diplomatie européenne (voir le billet "Syrie les comptes de le Maire (UMP)"). Alors que Berlin se rattrapait en signant au contraire avec un temps de retard la déclaration paraphée par plusieurs pays membres de l'UE dont la France et la Grande-Bretagne G20, avec Washington.
Il redouble de précipitation dans une tribune publiée par Libération  -avec Laurent Wauquiez- ; en assurant que la victoire d'Angela Merkel est "un désaveu cinglant pour tous ceux, en France, qui depuis un an ont donné libre cours à leurs critiques contre la Chancelière, en pariant sur sa défaite". Ce qui est vrai. Et en poursuivant: "La nouvelle donne en politique en Allemagne est claire. A nous en France d’en faire le meilleur usage." Ce qui est faux et typique de la grille de lecture parisienne de la politique Outre-Rhin -même si B Le Maire est député de l'Eure.
Il n'y a pas de majorité au Bundestag aujourd'hui pour la chancelière. Et la nouvelle donne politique n'est pas claire du tout justement. Avec qui va gouverner Merkel, avec le SPD ou avec les Verts? Quel sera le programme de la coalition? Sur quelles questions, la CDU et la CSU feront-elles de concessions à leur nouveau partenaire. Sur la hausse des impôts -ce qui fait déjà scandale au sein de la démocratie chrétienne-, sur le salaire minimum, la prime à l'éducation des enfants à la maison?
Pour le moment c'est la bouteille à l'encre...sur toutes ces questions.
Ce sont là pourtant autant de préalables à résoudre,  avant que la France puisse "engager le dialogue avec le nouveau gouvernement  ouvrir sans délai un dialogue approfondi avec les Allemands sur les sujets au cœur des préoccupations de nos concitoyens. Sur le salaire minimum, sur la simplification du droit du travail, sur la politique familiale, sur l’indemnisation du chômage", selon les voeux de le Maire.
Supposons un instant par ailleurs que le SPD dise finalement oui à la grande coalition -ce qui n'est en rien acquis. Ce serait évidemment une situation bien plus confortable pour le gouvernement Hollande, que lorsqu'il avait à faire à un gouvernement démocrate-chrétien et libéral, comme le précédent.
D'autant que Bruno le Maire oublie une chose. Angela Merkel est déjà une chancelière sous surveillance de l'oposition, majoritaire au Bundesrat, la seconde chambre du parlement. La presse internationale ne s'en est guère fait l'écho, mais la plupart des derniers projets de lois du gouvernement démocrate-chrétien libéral ont été rejetées par le Bundesrat lors de sa dernière séance, juste avant le scrutin fédéral. 
En Allemagne -comme en France d'ailleurs-, le centre droit a perdu la seconde chambre du parlement alors qu'il était au gouvernement.
Ce qui n'est pas indifférent non plus à la constitution du futur gouvernement Merkel.  Une grande coalition avec le SPD, lui permettrait de lever en partie le bloccage auquel elle est confrontée en politique intérieure. Mais elle devra pour cela donner au SPD les gages qui lui sont indispensables pour gouverner à ses côtés. Pour  lemoment il est donc urgent d'attendre...
Encore une fois Bruno Le Maire pèche par précipitation.