Un « Appel contre la prostitution » lancé par la féministe Alice Schwarzer et la revue « Emma », est soutenu par nombre de personnalités, féministes, responsables politiques, intellectuel(le)s et artistes. Il vise à abolir la prostitution. Car le plus vieux métier du monde n'est « pas plus inévitable que l'esclavage ».

Or la prostitution en Allemagne a été libéralisée en 2002 par la loi adoptée par le gouvernement rouge-vert de l'ex chancelier Schröder, instaurant la professionnalisation des « services sexuels », l'accès des prostituées à la sécurité sociale, au droit à la retraite, et la légalisation des bordels, considérés comme une entreprise comme une autre.

L'appel vise d'abord à provoquer un débat de fond sur la prostitution et ses conséquences pour les prostituées. Et il propose de réformer la loi de 2002 dans le but d'assécher « la demande » selon le Tagespiegel, quotidien berlinois.

Il s'agit de s'inspirer du modèle suédois et de punir le consommateur, sans lequel « ce commerce des femmes n'existerait pas », par des amendes ou même des peines de prisons. Il ne s'agit pas au contraire, pour la revue Emma de « criminaliser » les prostitués. Celles qui viennent d'un pays étranger et ne possèdent pas de papiers en règle seraient ainsi protégées par un droit de séjour. Nombre de prostituées sont en effet les victimes de structures criminelles, selon la rédaction d'Emma.

La réforme de 2002 qui devait profiter aux 700 000 femmes qui se prostituent porte la marque des souteneurs, des marchands de femmes et de leurs lobbyiste, selon l'Appel d'Emma.prostitution.jpg

La 1ére chaine Ard, évoque les conséquences "fatales" de la prostitution -photo ci-contre. "1,2 millions d'hommes chaque jour utilisent les services d'une prostituée, qu'ils paient en liquide, un trésor pour les souteneurs, les bandes et le lavage de  l'argent sale." Le chiffre d'affaire annuel de la prostitution serait de 14,5 milliards environ.
L'Allemagne est devenue la plaque tournante du trafic et le paradis du tourisme sexuel des pays voisins, selon la revue féministe. Un parcours d'exception encore une fois, tandis que la Hollande fait marche arrière, que les pays scandinaves ont depuis des années introduit les sanctions contre les clients, et que la France et l'Irlande s'apprêtent à faire de même.

Une politique contre laquelle s'élève la « fédération professionnelle des services sexuels et érotiques », qui assure que criminaliser la prostitution fera le jeu des souteneurs. Sa porte parole, Undine de Rivière, s'élève contre les affirmations d'Alice Schwarzer, selon qui « aucune femme ne se prostitue librement ».

Pratiquant elle même la prostitution à Berlin et Hambourg elle assure qu'elle « se sentait beaucoup plus esclave de son métier précédent, dans la branche marketing, que de sa profession actuelle de travailleuse du sexe ». Un changement d'orientation qui « résulte de son libre choix ».

Tout ce qui n'est pas décidé librement dans la prostitution est déjà interdit par la loi en vigueur, renchérit l'association de prostituées Hydra. L'interdiction de la prostitution signifierait donc en fait interdire son libre exercice aux prostituées qui font ce métier « librement ».

Les raisons pour lesquelles une femme se prostitue sont en fait différentes estime quant à elle la sociologue Elfriede Steffan, qui effectue des recherches sur ce thème depuis vingt ans et vient de faire une étude sur la prostitution de rue à Cologne avec une collègue bulgare. « Même en cas de situation économique précaire, le choix reste personnel ». Et il faut se méfier des solutions simples et rdicales qui ne tiennent pas compte des possibilités de choix et de décision des individus.

Les auteurs de l'appel font d'ailleurs face à une contradiction. D'un côté ils veulent maintenir l'obligation de déclaration des bordels, par pragmatisme, afin de lutter contre les criminels de la prostitution, de l'autre l'appel veut aboutir fondamentalement à l'éradication de la prostitution, commente der Tagesspiegel.

Celle-ci n'a cessé de croître au contraire ces dernières années, à Sarrebrück, par exemple, rapporte der Spiegel on line. Un investisseur y construit actuellement le plus grand bordel au sud-ouest de l'Allemagne, 4,5 millions d'euros, 4500 mètres carrés, 45 employés, 70 à 90 prostituées. L'entrée devrait coûter 60 à 70 euros. Le prix de la passe sera négocié par le client avec la prostituée.

On compte un millier de prostituées à Sarrebrück aujourd'hui. « Avant nous n'étions qu'une poignée », témoigne une femme devenue prostituée à 17 ans ans, qui a cessé récemment d'exercer cette activité après 22 ans de job. Mais depuis l'élargissement de l'UE à la Bulgarie et à la Roumanie, nombre de femmes sont venues en Allemagne. « L'offre s'est multipliée alors que la demande restait identique et les prix ont énormément chuté. Les clients des prostituées à la rue peuvent même ne débourser que 15 euros. La misère, les drogues, l'absence de prévention médicale, s'ajoutent à cela. »

Une situation qui dément le tableau idyllique dépeint par les partisans de la prostitution légalisée.

Les lois de 2002 ne protègent pas toutes les prostituées en effet. Les caisses d'assurance maladie ne leur offrent pas des prix abordables. Et les prostituées venues de l'étranger, sans titre de travail et sans ressources personnelles n'y ont pas accès.