Le classement Pisa de 2003 avait secoué l'Allemagne, dont les résultats étaient plus que médiocres. C'est aujourd'hui au tour de la France, semble-t-il. En ce qui concerne les capacités des élèves en mathématiques, l'Allemagne a progressé de 9 places, la France en a perdu 5. La part des élèves les plus faibles -qui influe sur la moyenne- est de 17,7 % en Allemagne contre 22,4 % en France. La France serait le pays dans lequel les résultats scolaires dépendent le plus directement des origines sociales de l'élève.

pisa.jpgLe système d'éducation traditionnel, différencié en trois types d'écoles, selon le niveau des élèves sélectionnés en Allemagne dés 9 ans dans le primaire est pourtant connu pour être l'un des plus ségrégatif socialement -en gros les enfants de diplômés de l'enseignement supérieur seront diplômés eux mêmes.

Au lendemain du choc Pisa 2003, les résultats et conséquences de ce système d'enseignement ont été mis en cause. Il remonte en fait à une vieille conception de l'organisation du travail et de la formation selon laquelle on forme les ouvriers professionnels à la Hauptschule (le collège réservé à ceux qui ont les moins bons résultats scolaires en fin d'école primaire), les « contre-maîtres » à la Realschule (les élèves supposés « moyens »), les ingénieurs et cadres dirigeants au lycée (Gymnasium), réservés à l'élite. Un système dépassé à l'âge de la révolution informatique...

Après 2003, l'Allemagne s'est donc inspirée en particulier de l'enseignement en Finlande, qui faisait figure de référence. La Finlande qui dégringole par ailleurs dans le dernier classement 2013 de la première à la sixième place. Mais faut-il sacraliser le classement Pisa comme un vulgaire classement scolaire de fin d'année *?

Les efforts ont depuis été concentrés sur l'aide aux plus faibles, en particulier dans le domaine de la maîtrise de la langue. Le soutien scolaire, la pré-scolarisation à partir de trois ans ont été privilégiés en ce qui concerne les enfants originaires de l'immigration.

Il n'existe pas en Allemagne d'équivalent des écoles maternelles en France rappelons-le. Et les enfants des familles originaires de l'immigration qui ne sont pas scolarisés avant six ans et vivent jusque là dans leur famille, arrivent ensuite à l'école avec un retard sur le plan de la langue allemande qui les handicape considérablement.

L'apprentissage et le soutien ont donc été renforcés dans le primaire et les matières, langue, maths, sciences, mieux intégrées.

Dans le même temps les réformes de structure se sont poursuivies, et notamment l'allongement du tronc commun d'enseignement au delà de 9-10 ans, l'âge de la sélection pour la suite de la scolarisation au Gymnasium, ou bien dans l'un des deux types de collèges, Hauptschule ou Realschule.

Des Hauptschule et Realschule ont été fusionnées. Des écoles intégrées, réunissant l'ensemble des trois cycles jusqu'à la préparation du bac ont été constitués dans les Länder qui sont gouvernés par la « gauche », le SPD et les Verts, en particulier.

Car la politique scolaire dépend des Länder. Une coordination des 16 ministères de l'enseignement décidant ou non d'orientations communes telle que l'uniformisation -en cours- de l'Abitur (le bac) par exemple.
Les débats scolaires en Allemagne sont aussi des débats politiques. Les Länder gouvernés par la démocratie chrétienne et la Bavière en particulier -(réputée avoir les meilleurs résultats scolaires jusqu'à cette année, voir mon billet, « Maths les écoliers sont meilleurs à l'est qu'à l'ouest ») défendent bec et ongle l'enseignement traditionnel à trois niveau et la préservation du lycée, Gymnasium, pour l'élite. Ils s'opposent à l'uniformisation de l'école perpétrée, selon eux par la politique du collège unifié, défendue par les Verts et le SPD.

Cette question, collège unique ou maintien du système traditionnel à trois établissements par niveau est devenu l'un des enjeux principaux dans les élections au sein des Länder. Les familles des milieux moins favorisés, exigeant de plus en plus qu'aucune porte ne soit fermée à leurs enfants, en raison de leur niveau en fin de primaire.

Ces différences et divergences entre Länder, selon leur couleur politique, constituent d'ailleurs un panorama plutôt chaotique à l'échelle de l'ensemble de l'Allemagne. Les types d'établissements fréquentés par les élèves pouvant différer d'un Länd à l'autre, ainsi que les programmes et les niveaux d'enseignement -ce qui constitue l'une des hantise des parents qui déménagent d'une région à l'autre.

La progression de l'Allemagne dans ce contexte, dans le classement Pisa, a été accueillie avec soulagement. Le choc de 2003 semblant appartenir maintenant au passé.

Un soulagement qui n'empêche pas des critiques très vives à l'égard de Pisa et des méthodes de l'OCDE, « organisation de coopération et de développement économique », pour évaluer le niveau des élèves et qui ont de plus en plus à voir avec le management des entreprises et la mesure des critères de compétitivité, de flexibilité et de rendement des personnels.

Des méthodes qui font fi des racines, des traditions, de l'environnement culturel propre à chaque pays et sont rejetés pour cette raison par nombre de pédagogues et spécialistes. « Ce n'est pas parce qu'on maîtrise la lecture d'un guide d'horaires que l'on comprend la littérature », résume le Frankfurter Allgemeine Zeitung, le quotidien libéral de Francfort, qui rasemble dans sa livraison d'aujourd'hui des critiques très virulentes à l'égard du système Pisa, qui ambitionne en quelque sorte de mesurer l'éducation produite par pays comme on mesure leur PIB (produit intérieur brut).

* lire à ce propos l'article de Libération sur l'exception scolaire chinoise.