(actualisé le 9 décembre). Deux cent mille adhérents du SPD avaient déjà voté vendredi 7 décembre pour ou contre la GroKo – le diminutif de « Große Koalition », la grande coalition- dépassant déjà de loin le quorum de 20 % des votants -sur 475 000 membres du parti-, indispensable pour que la consultation de la base du parti social-démocrate soit valide.

Différents sondages prévoient une large majorité en faveur de la GroKo. un choix politique qui risque fort de déterminer l'avenir du parti social-démocrate dans la décennie à venir, voire plus. La coalition avec la CDU/CSU est soutenue par 78 % des électeurs du SPD contre 19 %, selon « Welt am Sonntag ». Un autre sondage pour Bild am Sonntag donne 70 % d'électeurs du SPD pour, contre 26 %. Et 69 % des Allemands consultés -89 % chez les électeurs démocrates-chrétiens- sont un faveur d'un vote pour la GroKo, contre 21 %.

Une tendance contredite cependant par la congrès des « Jusos », les jeunes du SPD, réunit à Nuremberg le 8 décembre, en dépit de la plaidoirie du président du SPD Sigmar Gabriel venu soutenir devant les congressistes que « 90 % du programme des 100 jours du candidat social-démocrate, Peer Steinbrück, était contenu dans l'accord de GroKo » -un argument qui peut d'ailleurs se retourner contre le programme de Steinbrück...

Joanna Ueckermann, présidente des Jusos, estime au contraire que l'alliance avec la démocratie-chrétienne interdit tout réel changement de politique. Elle critique notamment le renoncement de la direction du parti social-démocrate à la hausse des impôts des ménages les plus privilégiés, la politique de rejet des réfugiés ou l'absence de hausse des bourses pour les étudiants.

Gbrieljusos.jpgGabriel de son côté n'a pas manqué d'insister sur l'opportunité d'instaurer avec la GroKo un salaire minimum en Allemagne, à 8,50 euros/heure à partir de 2015 ( voir mon billet « le pari a demi gagné de Sigmar Gabriel »). S'adressant aux délégués il les a mis au défi d'aller expliquer leur vote à « la jeune fleuriste rémunérée aujourd'hui à 5 euros ».

Les mesures de l'accord de GroKo en ce qui concerne le salaire mini ou la retraite à 63 ans -après 45 ans de contribution- font d'ailleurs des vagues au sein de la démocratie chrétienne. Les représentants de l'entreprise au sein de la CDU ont décidé de voter contre l'accord signé avec le SPD, et les dirigeants des jeunesses de l'Union s'élèvent contre les charges que les mesures avançant l'age de la retraite font peser sur les jeunes générations. Deux prises de positions hostiles à la GroKo qui qui ne se sont pas traduites cependant par des votes contre lors du congrès de la CDU qui a ratifié l'accord le 9 décembre, mais par deux abstentions seulement, et qui peuvent paradoxalement renforcer les arguments de la direction du SPD.

Pourtant, selon un sondage publié cette fois par l'hebdomadaire Focus, 44 % des électeurs estiment que la CDU a imposé sa marque à l'accord de GroKo, 45 % des électeurs de la démocratie chrétienne et 51 % des électeurs du SPD sont également de cet avis. 24 % des électeurs et 22 % des adhérents du SPD seulement estiment au contraire que c'est le SPD qui a le plus influencé le contenu de l'accord.

Plus significatif encore en ce qui concerne le rapport des électeurs allemands aux promesses des politiques, les attentes à l'égard de la GroKo sont très limitées. 14 % des électeurs sondés seulement font confiance à la chancelière pour tenir sa promesse de ne pas augmenter les impôts par exemple. 43 % estiment que l'Allemagne ira mieux ensuite, contre 47 % qui jugent que cela n'améliorera rien.

La consultation des adhérents au sein du parti social-démocrate sera close le 12 à minuit et son résultat sera public le 14 décembre.

Cette consultation des adhérents est une bonne initiative pour 55 % des Allemands et pour 73 % des adhérents du SPD consultés dans un sondage d'ARD, la première chaîne de télévision publique. 41 % des sondés y sont par contre hostile et 35 % des adhérents de l'Union chrétienne seulement estiment que c'est une bonne chose.

La cour constitutionnelle de Karlsruhe a estimé enfin que cette consultation n'avait rien d'anti-constitutionnel contrairement à certaines critiques adressées au SPD, dans les médias notamment. Son résultat ne mettra pas en cause la liberté de choix des députés du SPD au Bundestag estime la cour -ce qui serait contraire à leur droit constitutionnel.