Vu de France on a souvent l'impression à tord que l"Allemagne" pense comme un seul homme lorsqu'il s'agit de la crise. La visite de Peter Hartz, le père des "réformes structurelles", le mot magique utilisé par tous les experts en moyens infaillibles de redresser l'économie française en est un symbole.

« Nombre d'Allemands se sentent vainqueurs. La crise, quelle crise ? Tandis que la récession frappe les voisins les exportations battent tous les records et le nombre des chômeurs ne cesse de se réduire », commente le Tageszeitung berlinois, proche des Verts, dans un éditorial « Hartz à l'Elysée. » On se réjouit en particulier des difficultés du grand voisin français. Car chaque chômeur en plus renforce la conviction selon laquelle l'agenda 2010 et les réformes de l'ex-chancelier Schröder étaient les bonnes. Le meilleur symbole en est la visite à l'Elysée de leur inspirateur Peter Hartz, ex DRH du groupe Volkswagen et inspirateur des fameuses mesures qui portent son nom, mises en oeuvre par Schröder et reprises par Angela Merkel.hartz.jpg Même si son rôle de futur conseiller du président français a été démenti, de toute façon, la France n'a pas d'autre alternative que de reprendre ses mesures. Ce n'est pas une bonne nouvelle pour l'Euro et la France n'est pas « le traître », mais l'Allemagne, au contraire, reste l'agresseur. Elle a réduit ses salaires réels de 4,2 % de 2000 à 2010, tandis que la France augmentait les siens de 15 %...les Français ne sont plus « concurrentiels » bien qu'ils aient avec raison adapté leurs salaires réels à la hausse de la productivité. Parce que lorsque la productivité augmente les salaires doivent suivre pour trouver les acheteurs de ce qui est produit en plus.

Les Allemands devraient en fait augmenter sérieusement leurs salaires pour corriger le dumping salarial précédent. A l'inverse on est tellement fier de l'agenda 2010 que ce sont les Français qui vont devoir réduire les leurs pour faire face aux Allemands. Les conséquences n'ont rien de réjouissant, la demande va se réduire à mesure de la réduction des salaires...Une nouvelle récession est inévitable. Hartz à Paris c'est le symbole parfait de l'éclatement de l'Euro.

Gerhard Schröder  s'élève lui contre la réforme des retraites adoptée aujourd'hui par le gouvernement d'Angela Merkel et qui sera sans aucun doute ratifiée par le parlement. Présenté par la ministre du travail Andrea Nahles (SPD), la réforme arrondit les angles de la réforme précédente ...portant l'age de la retraite à 67 ans, et qui fut mise en œuvre par le ministre du travail SPD de la précédente grande coalition d'Angela Merkel, Franz Müntefering, ex-bras droit de Schröder.

Elle ouvre notamment la possibilité de départ à la retraite à 63 ans après 45 années de contribution. Selon une étude qui vient d'être publiée, un quart seulement des actifs actuels de 45 à 60 ans a l'intention de travailler à temps plein jusqu'à 67 ans... et plus de la moitié souhaitent un temps partiel ou un emploi flexible proposé par leur employeur pour tenir jusqu'à 67 ans si besoin. Pour Schröder l'ouverture des droits à partir de 63 ans est le plus mauvais signal adressé aux partenaires européens de l'Allemagne, dont nous revendiquons à juste titre qu'ils entreprennent les réformes structurelles indispensables. Schröder comprend certes « quels sont les groupes sociaux que la coalition cherche à aider », mais ces mesures devront être financées et si « elles sont favorables aux travailleurs qualifié bien rémunérés, elles toucheront beaucoup moins les femmes qui ne peuvent pour la plupart cumuler 45 années de contribution .

Le président du patronat Ingo Kramer, s'élève lui dans le quotidien économique Handelsblatt contre la réforme, parce qu'elle va faciliter l'accès à la retraite deux ans plus tôt encore pour les plus pressés. Ils profiteront dés 61 ans des indemnités de chômage de 24 mois pour les personnes âgées auxquels ils ont droit (au lieu de 12 mois pour les chômeurs qui perçoivent ensuite le revenu minimum équivalent à l'aide sociale aux personnes sans ressources) pour jouir d'une retraite anticipée, deux ans avant de percevoir leur retraite à taux plein... Car les périodes de chômage indemnisé sont comprises dans les 45 années de cotisation régulière. Or le « tournant démographique », la chute de la natalité en Allemagne depuis les années soixante-dix, renforce selon Kramer le besoin des entreprises de pouvoir faire appel à leurs salariés jusqu'à 67 ans, l'âge légal de la retraite selon les réformes de la première grande coalition d'Angela Merkel avec le SPD de 2005.

Les critiques sur ce plan sont nombreuses également au sein de la démocratie-chrétienne. D'autant que les prestations (indemnités chômage ou indemnités de ressources minima n'ont pas été systématiquement différenciées dans les archives des services du travail avant 2001. Or seules les années d'indemnisation chômage (12 mois après licenciement) comptent en tant qu'années de cotisation retraite. Ce qui pourrait faciliter la tâche des candidats à la retraite anticipée dés 61 ans.

On trouvera le détail de la nouvelle réforme des retraites sur le site d'information de l'ambassade d'Allemagne en France.