Berlin veut aider Paris à entreprendre ses réformes structurelles, dont la réduction des charges pour les entreprises, note le Süddeutsche Zeitung. Mais c'est un sacré dilemme pour la chancellerie et le ministre des finances, Wolfgang Schäuble. La quadrature du cercle ou presque. sapinschauble.JPGCar les délais supplémentaires que va demander le nouveau ministre des finances, Michel Sapin, pour parvenir à réduire le déficit budgétaire français à 3 %, sont contraires au respect du pacte de stabilité auquel on tient par dessous tout à Berlin. En même temps on est conscient dans les cercles du pouvoir qu'accroître la pression maintenant sur Paris, n'aurait guère de sens et priverait justement la France des marges budgétaires indispensables pour réduire les impôts par exemple -réforme qui va réduire à nouveau les recettes fiscales et tire dans le sens contraire du rétablissement de l'équilibre budgétaire.

S'accrocher aux stricts principes pourrait donc finir par tuer le malade. La crise de l'euro rebondirait à nouveau, les taux d'intérêts des emprunts pour financer la dette budgétaire française s'envolant, tandis que la conjoncture plongerait. Avec son économie en panne la France passerait du rôle de soutien des pays en crise de la zone euro à celui de victime.

Il n'empêche, pour le président de la Bundesbank, Jens Weidmann, comme pour le commissaire Oli Rehn, responsable de la politique monétaire à Bruxelles, la maxime reste de contraindre la France à respecter ses engagements. Entre autres parce que tout ce que l'on accordera à la France, sera bientôt revendiqué par l'Italie, assène-t-on à Berlin, Francfort et Bruxelles.

Le Süddeutsche Zeitung, rappelle que la France et l'Allemagne se trouvaient dans une situation identique en 2003, lorsque le couple Chirac/Schröder mit en cause le respect des fameux 3 %. Mais le chancelier allemand avait lui besoin à l'époque des marges nécessaires à la mise en place de l'agenda 2010, les fameuses réformes structurelles, auxquelles Berlin invite aujourd'hui la France à se plier et « qui passent aujourd'hui pour être l'un des piliers robuste du succès économique allemand. » On remarque la prudence du quotidien de Münich qui emploi le verbe « gelten », passer pour, être réputé comme, et non le simple verbe être...sage prudence! Une fois n'est pas coutume. 

L'Allemagne a de nouveau réussi un nouveau « miracle » Le solde positif du commerce extérieur de l'année 2013 -la différence entre les exportations et les importations- est « plus important que jamais », remarquait le quotidien berlinois Tagesspiegel, le 17 janvier dernier. "Un record qui tiendrait selon les critiques de l'Allemagne à la politique salariale des entreprises ces dernières années, qui a gelé la croissance des revenus à l'inverse de leurs concurrentes européennes (la France ou l'Italie), renforçant ainsi la compétitivité de leurs entreprises sur le marché mondiale". Un refrain repris régulièrement en France, par le Medef en tout premier.

Une entourloupe en fait. Car les revenus des salariés des branches exportatrices allemandes n'ont rien à envier à celles de leurs concurrents français. "En réalité les salaires ont sérieusement augmenté dans les industries exportatrices, machine-outil, l'automobile ou la chimie. Les ouvriers les plus qualifiés de la planète travaillent pour les meilleurs salaires d'ouvriers professionnels du monde dans l'industrie allemande. Les firmes peuvent se le permettre sans souci, car la classe de leur produit est telle qu'ils peuvent être vendus à des prix élevés, de la machine-lazer à la limousine. Commentait le quotidien berlinois".

Une évidence Outre-Rhin, qui ne l'est pas encore à Paris. Car elle ne permet pas évidemment de justifier les fameuses « réformes structurelles » du marché du travail -à l'exemple de celles réalisées par Schröder en Allemagne- chères aux fidèles du Medef.

La force de l'industrie exportatrice allemande relève au contraire de la qualité de ses produits, de sa capacité d'innovation, de la cogestion, des hauts salaires et de la sécurité du travail qui va avec.

Porsche a réduit même ses horaires de travail à 32 heures pour s'assurer que ses ouvriers ne sont pas surmenés et travaillent sans trop de stress.

Mais c'est là évidemment une recette qui ne fait pas fortune au Medef ou chez les commentateurs-experts (?). Il est plus simple d'entonner une fois de plus le refrain de la baisse du coût du travail et des réformes structurelles "made in Germany" de l'ex chancelier Schröder.