(mis à jour jeudi 22 janvier)  Khaled était hébergé non loin de là avec ses compagnons dans l'appartement d'un grand ensemble. Selon les informations du quotidien Bild, confirmée jeudi par le procureur de Dresde, l'un d'entre eux aurait reconnu être l'auteur du crime, à la suite d'une confrontation orageuse avec Khaled. La police avait prétendu au départ n'avoir relevé aucun indice d'une agression extérieure ayant pu provoquer la mort du jeune homme. Une affirmation démentie ensuite par le procureur de Dresde, selon qui les coups de couteaux portés dans la poitrine et la gorge ont tué Khaled.DresdeKhaled.jpg

L'attitude de la police a fait piquer son coup de sang à Volker Beck député des Grünen au Bundestag. Il a décidé de porter plainte afin que toute la lumière soit faite sur les pannes d'investigation et l'attitude de démission des enquêteurs. A Dresde ou depuis des semaines les manifestants de Pegida s'en prennent à l'islamisation de l'occident chrétien et à l'afflux des demandeurs d'asile, la première réaction des policiers paraît en effet surréaliste. D'autant que les services de police et de renseignements saxons sont connus par ailleurs pour avoir négligé ou méconnu pendant des années les indices qui auraient pu permettre la mise hors d'état de nuire du trio nazi de la NSU qui vécut en Saxe pendant plus de dix ans dans la clandestinité assassinant dix personnes et multipliant hold-up et attentats.

Mais piquée au vif la fédération de la police criminelle a répliqué en accusant  Beck  de diffamer  les enquêteur avec des propos honteux et sans mesure, portant plainte contre lui pour diffamation, et indiquant même sur son compte twitter que le procureur de Berlin avait déjà ouvert l'enquête à ce propos... alors que celui-ci n'avait pas encore reçu par la poste la plainte de la fédération en question.

Beck a répliqué de son côté sur Facebook que cette réaction  policière  renforçait si besoin est « la nécessité d'un débat sur la culture de la police à l'égard de la faute, qui n'épargne personne, même pas le parquet ou les policiers».  Le député vert assure avoir reçu quantité de lettres et courriels de remerciements de personnes originaires de l'immigration. Elles se félicitent de ce que les conditions dans lesquelles Khaled a été tué soient enfin examinées sérieusement et sont choquées parce que l'on ne prend pas leurs inquiétudes au sérieux. Un policier lui a envoyé de son côté une lettre en lui reprochant de s'immiscer dans les enquêtes de la police saxonne. « Les agresseurs d'extrême droite frappent, piétinent et battent leurs victimes jusqu'à la mort, selon lui. Les coups de couteaux sont plutôt l'œuvre de gens du sud et d'étrangers. »

Les compagnons du jeune Khaled sont restés finalement dans l'appartement d'un immeuble des grands ensembles, après avoir envisagé leur déménagement. "Dresde est trop dangereux, nous avons peur" écrivent-ils dans une lettre adressée à la ville, "les agressions et signes d'hostilité sont quotidiens" . Ils sont suivis par des travailleurs sociaux et des psychologues. Les habitants du voisinage leur témoignent leur solidarité, viennent leur rendre visite, leur apportent de quoi se restaurer. Ils sont invités à participer aux soirées de la maison des jeunes. Une initiative « Monday Nigth Buddies » s'est constitué sur Facebook afin d'inviter les jeunes Érythréens a passer les soirées du lundi à des échanges et rencontres, lorsque les manifestants de Pegida défilent, et qu'aucun habitant de Dresde, immigré d'origine, n'ose plus mettre le nez dehors.

La mise en examen de l'un des occupants de l'appartement de Khaled, soupçonné de l'assassinat du jeune homme, si elle se confirme après enquête, risque fort de renforcer encore l'arrogance des manifestants de Pegida.