Face à la résistance de l’Ukraine, Poutine se radicalise et ses propagandistes menacent même l’Ukraine de génocide, titre le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung. « Génocide », le mot est lourd de sens en Allemagne. le génocide des juifs par les Nazis y est incontesté, tout comme le rôle de l’armée rouge dans l’effondrement du IIIè Reich.
« C’est l’Union soviétique avec son armée rouge qui a mené une guerre sanglante, victorieuse finalement contre les nazis et contre le fascisme, rappelle Deutschlandfunk.  
Ce sont des images cultivées par Moscou qui célèbre tous les 9 mai, la victoire de la « patrie ».
Mais elles sont exactement le contraire de l’« opération spéciale » militaire d'aujourd'hui. Car la grande guerre patriotique à cette époque fit entre 8 et 10 millions de morts chez les soldats de l’armée rouge, non de l’armée russe.

Russes et Ukrainiens ont combattu alors ensemble contre Hitler. Des milliers d’entre eux, cinq mille selon les estimations, Russes, Ukrainiens, Biélorusses, Casaques..., tous morts dans la bataille de Berlin, reposent dans le mémorial de  Berlin-Treptow, dédié à la « mère patrie ».  Le plus important mémorial en dehors de la Russie amalgame ainsi indûment l’Union soviétique à la Russie, l’armée russe à l’armée rouge.

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mémorial le 7 avril 2022

Le mémorial vient tout juste d’être tagué jeudi 7 avril, note le quotidien Süddeutsche Zeitung. Un énorme « Why ?», pourquoi, à l’encre rouge, s’étale sur le socle de la gigantesque statue du soldat soviétique, une épée à la main, un enfant dans les bras, piétinant la croix gammée. Les sépultures alignées sur les flancs du mémorial ont également été peintes d’inscriptions telles que Poutine=Staline.   
Ces peintures ont été aussitôt effacées à Berlin. Lors du départ des troupes russes d’Allemagne ou elles stationnaient à l’est depuis 1945, Boris Eltsine lui même avait remis la garde du mémorial à son « ami » le chancelier Helmut Kohl.  

Nombre de familles russes et venues des pays de l’ex-bloc soviétique viennent y rendre hommage à « leurs morts » tous les ans les 8 et 9 mai. Depuis 2014 et l’annexion de la Crimée, elles se sont séparées, divisées. Les Ukrainiens se rendent au mémorial de leur côté avec leurs propres drapeaux
Tandis que depuis 2015 groupes rock d’extrême droit russes se mêlent à leurs délégation arborant notamment les drapeaux avec l’aigle à double tête de l’empire du Tsar, signale le « Süddeutsche Zeitung ».                                     

Avec sa justification de la guerre pour « dénazifier » l’Ukraine, qui serait dans le droit fil de la grande guerre patriotique de 1945, Poutine expulse les Ukrainiens de cette mémoire commune. Les tags et peintures du mémorial berlinois sont sans doute à la fois une réaction à ce hold-up de la mémoire et une condamnation de la guerre de Poutine.  "La haine règne aujourd’hui entre les peuples dont les soldats reposent au mémorial de Treptow."

Ce n’est pas le seul crime de Poutine à leur égard. Imputer à l’Ukraine un « génocide » en cours des populations russophones, perpétré par les « Nazis » au pouvoir de Marioupol à Kiew est une  banalisation cynique du nazisme et de l’holocauste des juifs d’Europe en même temps qu’une usurpation des batailles et des sacrifices de l’armée rouge.

C’est pourquoi lorsque Poutine, à évoqué à Moscou en présence du chancelier Scholz un « génocide » dans le Donbass, ce dernier à rejeté ce terme comme « faux » et « violent ». À la conférence de Münich sur la sécurité, Scholz a même qualifié l’argumentation de Poutine de « ridicule » souligne le quotidien Berliner Morgenpost.
Lors de sa conférence de presse commune avec le président russe, le chancelier allemand a déclaré  que « sa » génération imaginait difficilement qu’une guère puisse éclater en Europe. Le président russe lui a répondu que la guerre contre la Yougoslavie était pourtant un précédent, déclenché par l’intervention de l’Otan. Scholz répliqua alors que l’ouest avait évité ainsi un génocide en 1999. Poutine lui renvoyant la balle en affirmant que la situation à l’est de l’Ukraine, dans le Donbass en 2022, était du même ordre.

Il faut se rappeler souligne le Berliner Morgenpost que "la Russie s’était opposée à l’intervention de l’Otan en Yougoslavie en 1999, mais elle était trop faible alors pour s’y opposer". Elle prend aujourd’hui sa revanche, en voulant fondre l’Ukraine dans la Russie.

Poutine nie le droit à l’existence propre du peuple ukrainien. C’est là sa conviction profonde, sans fard. Et il le prévient si celui-ci n’est pas d’accord : « que cela te plaise ou non tu devra t’y faire ma belle » rappelle le Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Effacer les Ukrainiens de la carte après les avoir expulsé de la mémoire de la victoire contre le nazisme à Berlin.