Après la victoire d’Olaf Scholz , SPD, détrônant la CDU d’Angela Merkel après 16 ans de pouvoir à Berlin, Anke Rehlinger,, SPD, reconquiert haut la main le Land de Sarre que le SPD avait perdu en 1999 au profit de la CDU. Il faut rappeler les alternances politiques entre la démocratie-chrétienne et les sociaux démocrates à Sarrebrück pour comprendre le dernier succès écrasant du SPD qu’il serait simpliste de ramener à l’effet porteur de l’élection du nouveau chancelier allemand, Olaf Scholz, renvoyant le parti d’Angela Merkel dans l’opposition à Berlin.

La démocratie chrétienne avait détrôné en 1999  Oskar Lafontaine, personnage marquant de la politique allemande et ministre-président du Land, élu en 1985 avec 49,2 % des voix - 54,4 % en 1989. Il démissionnera  en 1998 après 13 ans de mandat,  devenu ministre des finances du gouvernement du chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, son frère ennemi . 

A Berlin,  Lafontaine, président du SPD, se rebellera bientôt contre la politique de Schröder  qu’il jugera anti-sociale avec les fameuses mesures Harz IV notamment. Puis il sera co-fondateur de die Linke – le parti rassemblant les successeurs du SED qui dirigea la RDA à l’est et une aile gauche du SPD à l’ouest. Die Linke (« la Gauche ») bénéficiera  de la popularité d’Oskar à son retour dans son fief, à Sarrebrück.


Die Linke recueillera ainsi jusqu’à 21,3 % des voix aux élections du Land en 2009 -16,1 % en 2012. Une exception sans conteste à l’ouest de l’Allemagne, ou le parti ne réussira pas à s’implanter. Un succès qui explique aussi les défaites successives des sociaux démocrates du SPD dans le Land en 2009, 2012 et 2017, face à la démocratie chrétienne. 
En  Sarre,  die Linke avec Lafontaine à sa tête s’affichait comme une alternative au SPD, conquérant une partie non négligeable de son électorat. Le SPD et die Linke totalisaient toujours ensemble de 45,8 % des voix en 2009 à 42,4 % en 2017 - dont 12,8 % pour die Linke. 

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Anke Rehlinger (SPD) terrasse son concurrent, Tobias Hans CDU 

La débâcle de die Linke dimanche 27 mars avec 2,6 % - une chute de 10,2 points sur son score de 2017-  éclaire la victoire d’Anke Rehlinger, SPD, terrassant la CDU avec  43,5 % des voix contre 28,5 % à Tobias Hans, ministre président sortant (28,5%). Une part non négligeable des électeurs de die Linke a voté pour le SPD, d’autres se réfugiant dans l’abstention.
« Un résultat désastreux », avoue à Berlin la co-présidente du parti Janine Wissler, qui évoque les difficiles relations en Sarre, au sein de son parti. Il  y a cinq ans encore le Land était le fierté du parti à l’ouest, tandis que die Linke échouait à toutes les élections en Bavière, dans le Bad Würtemberg, en Rheinland-Pfalz, en Basse-Saxe ou en Rhénanie du nord Westphalie,  et ne recueillait aux élections fédérales que 4,9 %,ratant la barre des 5 % et n’obtenant 39 élus au sein du Bundestag le 26 septembre 2021, que par son élection au scrutin direct dans 3 circonscriptions. 
En Sarre Oskar Lafontaine, qui avait été pendant des années le garant des résultats exceptionnels de die Linke,  avait annoncé dés l’automne qu’il ne se représenterait pas, explique le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung,
Puis il a quitté le parti die Linke après avoir réglé ses comptes avec ses camarades, estimant que die Linke était un échec et évitant ainsi une mesure d’exclusion. A 78 ans, il a « enfoncé le dernier clou de son cercueil politique » et mis fin ainsi  à l’exception die Linke en Sarre. 
L’invasion de l’Ukraine par la Russie a de plus encore entamé la crédibilité du parti. Certains de ses responsables défendant la thèse des « intérêts légitimes de la Russie face à l’extension de l’Otan ». Sarah Wagenknecht, figure de die Linke originaire de l’Allemagne de l’est, député au Bundestag et épouse de Lafontaine depuis 2014,  partageait cette analyse et s’opposait à la livraison d’armes à l’Ukraine. Face aux critiques, le responsable du groupe parlementaire du parti au Bundestag a dû reconnaître qu’il s’agissait d’une erreur.
Face à cet effondrement du parti die Linke et à l’effacement d’Oskar Lafontaine, Anke Rehlinger, candidate du SPD, avait donc la voie libre à gauche pour re-conquérir le Land. Vice-ministre présidente du Land de Sarre depuis huit ans, responsable de l’économie, des transports et de l’énergie au sein de la « grande coalition » CDU-SPD, elle dirigeait un ministère clé pour une région qui reste marquée par les industries de l’acier et de l’automobile. Elle s’y est taillé une réputation de ministre active, efficace. Son adversaire de la CDU Tobias Hans n’avait pas le charisme et le dynamisme indispensable pour lui faire concurrence. Il avait remplacé au pied levé en 2018  à la tête du gouvernement du Land,  Anegrett Kramp-Knarenbauer, qui avait rejoint Berlin après avoir été élue secrétaire générale de la CDU, puis désignée ministre de la défense par Angela Merkel.
Le dynamisme d’Anke Rehlinger, la  fin de l’ère Merkel et les déboires de la démocratie chrétienne renvoyée dans l’opposition à Berlin ont conduit une partie de l’électorat de la CDU en Sarre à se tourner vers le SPD ou à s’abstenir.
Les Verts (4,9%), les libéraux du FDP (4,8%)  ont raté de peu la barre des 5 % pour être présent au parlement du Land. Seul l’Afd avec 5,7 % siégera aux côtés des deux grands partis, SPD et CDU. 
Les analyses de ces dernières années pronostiquant le déclin inexorable de la social-démocratie, ont été remises en cause par le scrutin fédéral. Le scrutin en Sarre confirme cette réalité. Les prochaines élections dans les Länder de Rhénanie du Nord Westphalie en mai et en Basse-Saxe en octobre seront les prochains tests de cette « renaissance du SPD ». La CDU dirige aujourd’hui la Rhénanie du Nord, le SPD la Basse-Saxe.