Le duel télévisé entre Angela Merkel (CDU) et le social-démocrate Peer Steinbrück (SPD) mettra pour la première fois les deux adversaires face à face, 15 à 20 millions de téléspectateurs devraient suivre le débat

Pour Merkel le face à face sur les écrans de quatre chaînes publiques et privées est presque une formalité. Pour Steinbrück, candidat chancelier du SPD au contraire c'est la dernière chance à ne pas rater. A trois semaines des élections fédérales du 22 septembre, il a toujours toutes les difficultés du monde à se faire entendre. Merkel, aligne deux meetings par jour depuis son retour de vacances et n'évoque même pas son nom dans ses discours. Elle semble avoir une autoroute devant elle, conduisant à sa réélection pour un troisième mandat. La CDU -allié à la démocratie-chrétienne bavaroise, la CSU- affiche 39,5 % dans la dernière étude du portail « Election.de », plus précis que les instituts de sondage. Le SPD est à 25 % -on vote pour les partis en Allemagne, rappelons-le et non pour les personnes, comme dans la présidentielle française.

Steinbrück peut-il refaire un tel handicap? On mesure l'enjeu que représente pour lui le duel de dimanche. Trouvera-t-il les bons arguments et le bon ton face à Merkel, dont il fut le ministre des finances dans la grande coalition CDU-CSU et SPD de 2005 à 2009. Il a parfois tendance à en rajouter question agressivité, affichant la certitude de tout savoir mieux que les autres. Or tout dérapage sera fatal face à la chancelière connue pour sa maîtrise, sa retenue.

Steinbrück a tenté jeudi de relancer une campagne électorale qui endort les Allemands, en présentant son programme des 100 jours. S'il est élu chancelier, il instaurera en premier un salaire minimum de 8,50 euros de l'heure pour tous, une retraite minimum de 850 euros, un frein à la hausse des loyers. Autant de promesses qui pourraient faire mouche s'il n'avait face à lui une chancelière virtuose de la « démobilisation » de l'adversaire.

Elle a récupéré les thèmes du SPD à sa façon. De la sortie de l'atome, à la multiplication des places de crèches, en passant par une version « light » du salaire minimum, négocié par branche, coupant en partie l'herbe sous le pied du SPD.

Steinbrück tente bien de l'attaquer sur sa politique européenne. Car l'attentisme de Merkel a selon lui aggravé la crise plutôt que de la résoudre, plongeant les pays tels que la Grèce dans un abîme dont les coupes budgétaires à la hache ne permettent pas de sortir.

Mais le profil européen de la « chancelière d'acier » est au contraire à son avantage. Pour la majorité des électeurs, l'Allemagne semble avoir échappé à la crise. Rassurés, les ménages qui en ont les moyens consomment, oxygénant encore la bonne santé économique et les rentrées fiscales de leurs pays. Merkel leur propose de « continuer ainsi », avec elle bien sûr. La chancelière surnommée « Mutti », maman, est ainsi devenue son propre argument électoral. On ne voit qu'elle ou presque sur les clips de la CDU.

Sortant de sa réserve habituelle, elle a même entamé sa campagne en dévoilant une partie de sa vie privée sur son nouveau site-web. Et question popularité, il n'y a pas photo, Merkel battrait Steinbrück avec 55 % des voix contre 35 % si le chancelier était élu au scrutin direct. Les sondages peuvent certes être trompeurs. La cote de la chancelière affichait déjà 60 % lors du précédent scrutin fédéral, son parti ne recueilli pourtant que 33 % des suffrages, et Merkel ne dut sa victoire qu'au score parfaitement inattendu des libéraux, avec 14 %. Quel sera la surprise cette fois ?

38 % des Allemands seulement se disent satisfaits du bilan de sa coalition gouvernementale réunissant la CDU, la CSU, les libéraux du FDP. La gouvernement a renoncé aux réformes promises, tiraillé entre les promesses du toujours moins d'impôts du parti libéral et le pragmatisme budgétaire de la chancelière, puis bloqué par la majorité des sociaux démocrates et des verts au Bundesrat. La coalition sortante risque donc de ne pas rassembler assez de suffrages pour un second mandat. Et si Merkel semble déjà avoir gagné la partie, une grande coalition avec le SPD, comme en 2005, pourrait constituer le prochain gouvernement allemand. A moins que les Verts, en troisième position avec 12 % dans les sondages ne franchissent le pas d'un gouvernement avec la CDU.