A quinze jours du scrutin du 22 septembre, Angela Merkel tire la sonnette d'alarme. « Ceux qui croient que je resterais chancelière de toute façon risquent d'avoir une surprise en se réveillant le lendemain du vote avec un gouvernement rouge-rouge-vert (Spd, Verts, die Linke), assénait-elle hier dans le « Bild am Sontag ». Cela se jouera dans un mouchoir de poche en effet. Selon les derniers sondages de l'institut Emnid, le SPD (25%), les  Verts (11%) et die Linke (« la Gauche »)(9%) rassemblent 45 % des voix, à égalité avec la CDU de la chancelière (40%) et ses alliés libéraux du FDP (5%). 

Merkel s'inquiète surtout de la remontée de Peer Steinbrück, le candidat social-démocrate, après sa bonne prestation dans le duel télévisé de dimanche dernier. Dans les sondages simulant une élection du chancelier au scrutin direct, il est aujourd'hui à 35% (+7) contre 50% (-2) pour la chancelière. 

Et pas de chance pour Merkel, le dilemme syrien lui tombe dessus au plus mauvais moment. Après s'être abstenue au G20 de signer la déclaration de la maison-blanche, exigeant une réponse « forte » à l'usage des armes chimiques par Damas, comme l'ont fait la France et la Grande-Bretagne. Elle a finalement paraphé le texte samedi, lors de la réunion des ministres des affaires étrangères européens. 

« Un nouveau zig-zag » tempête le SPD, qui campe sur une position pacifiste, hostile à toute intervention militaire, partagée par la grande majorité des Allemands. Steinbrück pourrait encore en tirer profit. 

Mais irait-il jusqu'à rompre le tabou d'une alliance avec die Linke, si l'opposition étaient majoritaire au soir du prochain scrutin, comme le redoute Merkel?  

Le SPD avait exclu cette alternative en 2005, au lendemain de la défaite de l'ex-chancelier Schröder. Il préféra constituer  une grande coalition avec la CDU/CSU,  alors que le SPD,  les Verts et die Linke étaient majoritaires au Bundestag, ayant recueilli  51 % des suffrages, contre 45 % pour les démocrates-chrétiens et les  libéraux .

Steinbrück a exclu à nouveau  jeudi l'éventualité d'une coalition rouge-rouge-vert. Mais il laissé une porte ouverte en précisant que l'éventualité d'une telle alliance « ne dépend pas du  SPD mais de die Linke et de sa capacité à devenir un parti apte à gouverner ». Alors qu'il est « partagé aujourd'hui entre un parti à l'est de l'Allemagne qui assume ses responsabilités dans les communes et des Länder, le courant de la « plate-forme communiste » et les sectaires à l'ouest ».

Merkel prévient ses partisans que le tabou de l'alliance avec die Linke a déjà sauté au lendemain des élections de 2010, dans le bastion du SPD, le Land de Rhénanie du nord-Westphalie. Faute d'une majorité absolue au parlement du Land, les sociaux démocrates ont constitué un « gouvernement minoritaire » avec les Verts, « toléré » par die Linke, dont les élus permirent l'élection par leurs votes. 

Un cas de figure que Merkel redoute d'autant plus au Bundestag demain, que  Steinbrück a déjà exclu d'être disponible pour une nouvelle grande coalition.