Les Bavarois ont donné le coup d'envoi des élections  dimanche 15 septembre, la démocratie chrétienne qui gouverne le Land depuis 50 ans triomphe et renoue avec la majorité absolue.  Un test pour le vote  du 22 septembre, mais qu'il faut prendre avec prudence. La Bavière est un cas à part en Allemagne, comme le montre ce reportage  réalisé  à Ingolstadt les 10/11 septembre. 

Au cœur de la Bavière, entre Nüremberg et Münich, Ingolstatd est le royaume d'Audi, la firme automobile aux 4 anneaux, dont les bâtiments du site, gris et blancs se succèdent sur des kilomètres, à l'orée de la ville. Des convois de voitures clinquant neufs occupent les voix ferrés de la petite gare centrale ou un lounge Audi attend les clients qui viennent chercher leur véhicule neuf à l'usine et en profiteront pour visiter celle-ci et son musée-forum. Une tradition du groupe VW dont Audi est l'un des piliers. Dans la vieille ville, ou les églises catholiques et protestantes se mêlent aux bâtiments historiques, les affiches électorales restent discrètes. Le vote de dimanche pour le renouvellement du parlement bavarois ne semble pas déchaîner les passions. Et les électeurs devront retourneront aux urnes le 22, pour élire leurs députés au Bundestag.

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Un doublé qui fait fulminer Achim Werner, élu social démocrate bavarois : « ça nous coûte des millions. » Selon lui, c'est un truc de l'union social chrétienne, la CSU bavaroise qui dirige le Land depuis plus d'un demi siècle, et recueille plus de voix lors des élections régionales que lors des scrutins fédéraux. Elle a donc préféré séparer les deux votes espérant ainsi et retrouver sa majorité absolue perdue en 2008, après avoir recueilli 43,4 % des suffrages « seulement » -un score à faire rêver le « parti-frère », la CDU d'Angela Merkel. La CSU a dû se résigner à gouverner au cours des cinq dernières années en alliance avec les libéraux du FDP, qui risquent cette fois de rater la barre des 5 % et de ne pas être représenté au prochain parlement du Land. La CSU recueillait 47 % dans les derniers sondages, mais Achim Werner espère qu'elle fera beaucoup moins. Il y a cinq ans, les sondages lui donnaient 50 %, explique-t-il. « Cette fois cela peut se jouer à 3 %, en plus ou en moins, pronostique-t-il. » Il espère qu'une alliance de son parti avec les Verts et les Freie Wähler, les « électeurs libres », pourrait alors mettre fin au règne de la CSU.

La longévité du parti démocrate chrétien s'appuie avant tout aujourd'hui sur la santé économique du deuxième Land allemand. Avec 12 millions d'habitants, il détient deux constructeurs automobiles de pointe, BMW et Audi, le groupe Siemens, et un tissus sérré de petites et moyennes entreprises performantes. Le taux de chômage est de 2,4 % à Ingolstadt et les salaires sont très élevés dans l'automobile et la mécanique, précise Bernard Stiedl, responsable du syndicat de la métallurgie l'IG Metall, qui compte 45000 adhérents dans la région. «Chaque famille a au moins un de ses membres au syndicat ».

Audi emploie 36000 salariés et « entretient le boom économique de la région, souligne-t-il. L'Emploi et avenir sont garantis, la firme bat actuellement ses records de vente, l'Amérique, et la Chine en tête. Ingolstatd est passé de 88 000 habitants à plus de 120 000 en quinze ans. Et même si ce n'est pas bon pour la démocratie, nombre d'électeurs se demandent dans ce contexte pourquoi changer le parti au pouvoir, nous explique-t-il.»

« Parce que la Bavière peut s'en sortir toute seule », résume un slogan provocateur du « parti bavarois », indépendantiste, qui eut son heure de gloire au lendemain de la guerre avant de se faire grignoter par la CSU qui incarne selon ses partisans, la particularité, l'autonomie bavaroise. La Bavière alla jusqu'à s'allier à Napoléon contre la Prusse nous résume un interlocuteur en souriant. Dans l« État libre  de Bavière » (Freistaat Bayern) selon le terme officiel, l'influence de la religion reste plus forte que dans le reste de l'Allemagne. L'église catholique favorisa après guerre la montée en puissance de la CSU. L'esprit d'autonomie, d'indépendance. Sur la façade de l'église franciscaine rend hommage « à nos victimes de la guerre et aux Allemands déportés », les populations allemandes de l'est qui furent chassées de Silésie, de Poméranie, et furent largement accueillis en Bavière. La femme au foyer reste un modèle. Horst Seehofer, le ministre président bavarois, originaire d'Ingolstadt, a fini par arracher à Angela Merkel -contre les vœux de ses alliés libéraux-, l'allocation de 100 euros mensuels versée aux mères qui élèvent leurs enfants à la maison jusqu'à 3 ans. La « prime au fourneau » que fustigent ses adversaires. On recense 7000 demandes en Bavières pour 12 millions d'habitants. « C'est ridicule », insiste Archim Werner, qui préférerait voir le montant de la prime (28000 demandes ont été déposées dans toute l'Allemagne) investi dans le développement des crèches.

La tactique électorale des démocrates-chrétiens bavarois c'est de rassembler les électeurs leur donner le sentiment que c'est : « nous les bavarois contre le reste du monde », résume Berhard Stiedl, de l'IG Metall. président de la fédération des syndicats (DGB). Horst Seehofer, prône l'instauration de la « PKW Maut », taxe de péage sur les autoroutes pour les véhicules particuliers étrangers. Afin de financer la rénovation du réseau routier décrépit, sans faire payer ses propres contribuables.

« 88 % des bavarois sont pour la taxe, assène Reinhard Brandl député de la CSU d'Ingolstadt au parlement berlinois. Lorsqu'ils voyagent dans les pays voisins ils constatent que c'est la règle de payer sur les autoroutes. » Il semble gêné qu'un journaliste « étranger »,utilise le terme « taxe d'autoroute pour les étrangers », et réplique que la taxe sera « pour tous » à l'exception des véhicules immatriculés en Allemagne dont les propriétaires paient déjà la taxe automobile annuelle.

L'automobile club allemand Adac n'a pas de mots assez durs pour condamner cette taxe, et redoute avant tout qu'elle soit tôt ou tard étendue à tous les automobilistes -selon les principes de l'UE. L'Adac critique vertement Merkel, qui après avoir rejeté la revendication bavaroise, temporise aujourd'hui.

« LA CSU a encore réussi a faire une campagne sans programme s'insurge Dieter Jannacek, chef des verts bavarois qui compte réaliser un bon score. « Le taxe pour les étrangers, c'est vraiment vouloir abrutir les gens. Tout le monde sait qu'elle ne verra jamais le jour. » Elle serait contraire en effet aux règles de l'UE, à moins que les automobilistes allemand ne soient contraints eux aussi d'y aller de leur poche !

Les Verts et le SPD mènent quant à eux campagne politique sur des revendications telles que le salaire minimum, contre l'école très sélective en Bavières. On est le dernier pays d'Europe dans lequel il existe trois écoles différentes selon le niveau des élèves au lieu d'un seul collège, note Achim Werner.

Mais face à la CSU, électoralement, les deux partis ne recueilleraient que 30 % des voix. Ils ne font pas le poids et cherchent à s'allier avec les Freie Wähler, les « électeurs libres », qui contestent à la CSU l'électorat conservateur, et recueillerait 8 % des votes.

Ils partagent certes tous les trois le non à la construction de la troisième piste d'aéroport de Münich, rejettent la « PKW Maut » ou sont favorables à l'égalité des couples mariés ou non, homos ou hétéros voire même à l'adoption accordée aux couples homosexuels qui recueille 8 % des intentions de vote.

Mais à Ingolstatd, le président des FW est allié avec la CSU à la tête de la municipalité. Même s'il assure: « ne plus vouloir être le partenaire junior» de cette coalition, il faudrait un autre attelage pour convaincre les électeurs que la CSU a fait son temps.

« Nous serons le premier parti élu au Landtag », assure Reinhard Brandl, qui reste cependant évasif sur le résultat de la CSU. La claque de 2008 a laissé des traces.

Ce billet reprend en partie l'article publié samedi 14 septembre dans la Tribune de Genève