Angela Merkel a certes toutes les chances d'être à nouveau chancelière au lendemain des élections du 22 septembre. Mais avec qui, et pour faire quelle politique ? Son camp était au coude à coude avec celui de l'opposition, dans les derniers sondages parus hier, rendant improbable la reconduction telle qu'elle de sa coalition actuelle avec le parti libéral (FDP). « Le meilleur gouvernement depuis la réunification », selon Angela.

La chancelière a donc préféré terminer sa campagne en douceur, sans alimenter la polémique vis à vis des partis concurrents. Merkel est son meilleur argument électoral. Et nombre d'électeurs n'avaient toujours pas choisi définitivement leur vote cette semaine, hésitant encore entre son parti, le SPD, et les Verts.

Elle réservait tout de même à ces derniers une pointe dans ses discours, au« Veggie day » le jour végétarien proposé par les Verts à tous les Allemands. « Nous ne disons pas nous au gens ce qu'ils doivent mettre dans leur assiette », soulignait-elle. Ridiculisant un slogan de la campagne des écologiste qui n'a pas fait plus recettes semble-t-il que celui sur la hausse nécessaires des impôts pour financer les investissements de demain.

Les Verts semblent avoir perdu complètement l'élan dont ils bénéficiaient en début de campagne. Lorsqu'ils pensaient mordre sur l'électorat du parti démocrate-chrétien, avec leur tête de liste, Katrin Göring-Eckardt, ex-président de l'église protestante.

Mais le comble pour les Verts a été sans doute la publication ces derniers jours par le Tageszeitung berlinois de documents rappelant leur tolérance au début des années quatre-vingt, à l'égard de groupes d'influence prônant la dé- criminalisation des relations sexuelles « librement consenties » entre mineurs et adultes. Un coup de massue pour une fin de campagne. Selon le dernier sondage Forsa paru hier, une majorité des Verts (10%) et de la démocratie-chrétienne(40%), reste mathématiquement possible, mais elle semble peu vraisemblable actuellement !

L'allié privilégié de la CDU, le FDP, en était réduit cette dernière semaine à mener campagne pour arracher la 2ème voix des électeurs de la CDU, et franchir ainsi la barre des 5 %, indispensable pour être élu au Bundestag. Chaque électeur dispose en effet d'une voix pour élire le député de sa circonscription, et d'une autre pour la liste fédérale présentée par chaque parti.

Le secrétaire général du FDP, Patrick Döring, recommandait donc à ses candidats de s'entendre avec leurs collègues de la CDU, en appelant à voter pour eux dans leur circonscription. Leur offrant un avantage certain en voix, face aux candidats du SPD. Le candidat démocrate-chrétien devant inviter en échange ses électeurs à donner leur seconde voix à la liste fédérale du FDP. Autant de voix en moins pour la site fédérale de la CDU. L'échange a été sèchement rejeté par Merkel :« la CDU n'a pas de voix à offrir en cadeau ».

La pire surprise pour le FDP comme pour la CDU pourrait venir du dernier né des partis, « l'alternative pour l'Allemagne », qui milite pour la fin de l'euro, et flirte avec la barre des 5 % dans les derniers sondages. Il pomperait avant tout ses voix dans les rangs des électeurs du parti libéral. Et sa présence au Bundestag réduirait encore les chances FDP.

L'alliance avec le SPD, la grande coalition, resterait alors la seule alternative pour Merkel. La majorité des électeurs semble d'ailleurs privilégier cette formule de gouvernement pour les cinq ans à venir.

Les sociaux démocrates ont repris du mordant depuis le duel TV ou leur leader Peer Steinbrück fit très bonne figure face à la chancelière. Et sa photo répondant d'un doigt d'honneur à une question impertinente de journalistes du « Süddeutsche Zeitung » a fait couler beaucoup d'encres dans les médias, sans troubler pour autant sa légère remontée dans les sondages. Les sociaux démocrates s'apprêteraient du coup à poser des conditions à une grande coalition, telle que le salaire minimum fédéral à 8,50 euros de l'heure, et une retraite plancher à 850 euros par mois.

Rien n'est exclu. Et les élections en Allemagne réservent toujours des surprise. Merkel était censée écraser Schröder en 2005 et ne l'emporta finalement que de justesse. Elle devait à nouveau faire un malheur en 2009 et réalisa finalement un des pires scores de la CDU depuis la guerre avec 33,8 %. Quelle sera la surprise dimanche soir ?

L'opposition actuelle pourrait par exemple rassembler en fin de compte une petite majorité avec le parti die Linke, qui affiche 9 % des voix dans les derniers sondages. Le Bundestag retrouverait alors un rapport des forces identique à celui de 2005, au lendemain de la défaite de Schröder. Mais la coalition rouge-rouge-verte, SPD-die Linke-écologistes, l'épouvantail agité par la chancelière ces dernières semaines, reste un « interdit » pour le SPD, qui constitua justement pour cette raison à l'époque la grande coalition avec la CDU d'Angela Merkel, dans un Bundestag avec une majorité « à gauche ».