41,7 % des suffrages ! Personne n'attendait un tel score chez les démocrates chrétien ! C'est un véritable triomphe personnel pour Angela Merkel. L'union chrétienne (CDU/CSU) n'avait pas affiché une telle santé depuis vingt ans, lors des élections de 1994. La chancelière avait écopé d'un score très médiocre lors des élections de 2009, avec 33,8 % des suffrages. Le pire score de la CDU depuis 1949. Voilà l'Allemagne transformée en « république Merkel » ou en Merkel-Land » selon les premiers titres de la presse, hier soir.

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Mais cette victoire a un prix, la coalition  sortante, rassemblant l'Union chrétienne et les libéraux du FDP se retrouve bancale.

Car  le FDP (4,8%) a raté la barre des 5 % et perd donc toute représentation au Bundestag ou il siégeait sans interruption depuis 60 ans. Il s'agit d'un petit tremblement de terre dans la vie parlementaire allemande.

Dans les rangs du FDP on avait senti ça venir d'ailleurs. Les rangs des participants étaient clairsemés et les mines atterrées à la soirée électorale du parti à Berlin, avant même les premières estimations fatidiques de 18 heures.

L'Allemagne électorale est un pays à surprise. Le parti libéral avait rassemblé 14,6 % des suffrages, lors du scrutin fédéral de 2009. Le score du FDP avait stupéfié alors tous les observateurs -comme le score de l'Union chrétienne a ébahi tout le monde hier soir.

La chute vertigineuse de dix points des libéraux tient au mécontentement profond de ses électeurs. Ils lui reprochent de s'être transformé « en simple fonctionnaire du parti de la chancelière », en dépit de son score record de  2009. Les réformes qu'il avait promises, dont la baisse substantielle des impôts pour tous, sont restées lettre morte. La seule dont il pouvait réellement réclamer la paternité, la réduction de la TVA pour les hôteliers, s'est même transformée peu à peu en casserole pour le FDP. Il est accusé d'avoir favorisé ainsi ses sponsors, la chaîne hôtelière Mövenpick en tout premier.

Le mécontentement de son électorat quatre ans plus tard a fait effet balancier, et les démocrates chrétiens ont récupéré les deux tiers des électeurs transfuges de leur partenaire (environ deux millions de voix), affichant un score qui surprend même la CDU et qui efface le résultat très médiocre du parti de la chancelière en 2009.

Il faut rappeler cependant que le score de 41,5 % n'est pas le score du parti d'Angela Merkel, mais repose sur l'addition des résultats des deux partis de l'Union chrétienne la CDU 34,1 %, et la CSU bavaroise, 7,4 %. La démocratie chrétienne bavaroise de Horst Seehofer, a recueilli plus de 49 % des suffrages en Bavière, le second Land allemand avec 12 millions d'habitants. Elle totalise ainsi dans le seul Land ou elle est présente presque autant de voix au scrutin par liste (3,253 millions) que les Verts (3,690 millions)ou die Linke (3,752 millions) dans l'ensemble des 16 Länder de l'Allemagne. La CDU, le parti de la chancelière,  qui n'existe pas en Bavière a donc recueilli dans les 15 Länder hors la Bavière 34,1% des suffrages, seulement, pourrait-on dire. Ce qui explique d'ailleurs pourquoi la CDU rassemble dans les élections régionales ou communales beaucoup moins de suffrages que l'Union CDU/CSU à l'échelon fédéral, ou elle est avantagée par le poids de la CSU exceptionnel en Bavière.

Selon les premières projections des résultats, le triomphe de l'Union chrétienne CDU/CSU semblait même pouvoir se traduire par une courte majorité absolue du parti d'Angela Merkel au Bundestag, face à l'opposition constituée des sociaux-démocrates, des verts, et du parti die Linke. Une hypothèse qui s'évanouissait au cour de la nuit. Et une éventualité sur laquelle la chancelière avait refusé prudemment de se prononcer lors de la table ronde rassemblant les dirigeants des partis élus au parlement, hier soir dans les studios de la télévision publique. Elle préférait attendre avec prudence « les résultats définitifs ». Et prendre le temps d'en examiner les conséquences ce matin à Berlin, avec l'état-major de son parti. Une prudence compréhensible. 

Les résultats relativisent  le triomphe de la chancelière. Car l'opposition, le SPD, les Verts et die Linke se retrouvent en fin de compte avec une courte majorité de quelques voix au parlement. La CDU ayant perdu son partenaire privilégié, le parti libéral. 

La victoire de Merkel ne lui épargnera donc aucune contrainte. Car elle doit d'abord trouver un nouveau partenaire pour constituer une majorité qui l'élise chancelière au Bundestag et lui permette de constituer un gouvernement. 

la chancelière fera face par ailleurs demain comme hier à un obstacle de taille pour mettre en œuvre sa propre politique. L'opposition, les sociaux démocrates et les Verts, détiennent en effet la majorité à la seconde chambre du parlement, le Bundesrat, qui rassemble les représentants des Länder.

Une majorité renforcée même depuis hier. Puisque la CDU a perdu avec son partenaire libéral la majorité dans le Land de Hesse, lors du scrutin régional de ce dimanche. Le ministre président démocrate-chrétien Volker Bouffier devra donc s'allier avec le SPD ou les Verts pour constituer une majorité indispensable pour continuer à gouverner à Wiesbaden, la capitale de la Hesse. A moins que le SPD ne se décide  à s'allier d'une façon ou d'une autre avec le parti die Linke,  renvoyant la CDU en Hesse dans l'opposition.

Le camps de Merkel, démocrates chrétiens et libéraux, ne dirige donc plus que deux Land sur seize, la Saxe et la Bavière. C'est le douloureux revers du succès personnel de la chancelière.

Une grande coalition rassemblant l'Union chrétienne et les sociaux démocrates, comme ce fut le cas de 2005 à 2009, serait pour elle la solution la plus logique. Elle permettrait à la chancelière de disposer d'une majorité confortable au Bundestag, afin de mettre en œuvre une politique consensuelle avec le SPD, susceptible de recueillir l'approbation des deux chambres du parlement.

Elle répondrait également aux vœux de la majorité des électeurs.

Mais les sociaux démocrates qui ont enregistré un résultat décevant avec 25,7 % des suffrages -soit 2,7 % de plus qu'il y a quatre ans-, ne faciliteront par la tâche de Merkel. Peer « Steinbrück », leur candidat-chancelier, saluait certes sportivement Merkel « comme le vainqueur de l'élection » hier soir, en lui souhaitant tout le succès possible. Mais il poursuivait aussitôt : « je conseillerais à mon parti de ne pas rejoindre une grande coalition et de constituer une opposition forte au parlement. »

Les Verts qui ont encaissé également un résultat médiocre avec 8,4 % des suffrages, soit une perte de 2,3 % sur 2009, risquent quant à eux de reculer devant une alliance au Bundestag, pour constituer une majorité avec une CDU/CSU plus triomphante que jamais. « La CDU a cannibalisé le FDP », résume le leader des Verts, Jürgen Trittin. Le sort du FDP a de quoi faire réfléchir les futurs alliés des chrétiens-démocrates.



Pour en savoir plus lire:
2009: Angela Merkel chancelière grâce au FDP
2009: le triomphe de Westerwelle couronne Angela Merkel