La victoire électorale de Merkel est incontestable, mais nombre de commentateurs -en France en particulier- ne voient qu'un côté de la pièce, ignorant le revers de la médaille. Le magnétisme de « Mutti » fait ses effets jusqu'à Paris.muttivite.jpeg

Car le paradoxe de la victoire de Merkel reste qu'elle a perdu du même coup la majorité dont bénéficiait son gouvernement CDU/CSU/Libéraux au Bundestag, et se retrouve aujourd'hui dans la situation de 2005 ! Quand après avoir battu Schröder de justesse elle dû constituer une grande coalition, des démocrates-chrétiens et des sociaux démocrates. Faute de pouvoir constituer une alliance avec les libéraux, les alliés privilégiés, traditionnels, de la démocratie-chrétienne.

Elle parvint à ce but en 2009, grâce au score miracle du FDP d'ailleurs. La chancelière l'a répété plusieurs fois au cours de la dernière campagne électorale, il s'agissait là selon elle du « meilleur gouvernement de la république fédérale, depuis la réunification ».

Les électeurs ne l'ont visiblement pas vécu ainsi. Les libéraux sont chassé du Bundestag – ce qui n'était encore jamais arrivé- et la chancelière déjà minoritaire face au SPD, aux Verts et à die Linke au Bundesrat,la seconde chambre du parlement qui rassemble les représentants des Länder, est maintenant minoritaire aussi -même si c'est de très peu- au Bundestag. Bien joué !

Or la débâcle méritée du FDP est incontestablement d'abord la faute des libéraux et de leurs promesses dans lendemain. Mais Merkel y est aussi pour quelque chose. Sa campagne à l'égard des électeurs de l'Union (CDU/CSU) « pas de voix pour le FDP » quinze jours avant le vote, alors que tout les sondages indiquaient depuis des mois la difficulté des libéraux à passer le cap des 5 % a eu ses effets -les électeurs disposent en effet de deux voix, rappelons le, la première pour élire le député de leur circonscription la seconde pour voter en faveur de la liste d'un parti, ndr . Il manque O,2 % des voix au libéraux pour passer la barre fatidique. Et au lieu de reconduire la coalition de ses rêves avec la CSU bavaroise et le FDP. Voilà la chancelière contrainte de décrocher le téléphone pour négocier une alliance avec les verts ou le SPD.

Voir là un triomphe de « Mutti » relève tout de même de l'aveuglement filial.

« Mutti » d'ailleurs c'est vite dit. Les naïfs peuvent s'y laisser prendre peut être. Mais Merkel est d'abord une « tueuse » « qui pouvait donner des leçons même à Sarkozy » me confiait un vieil habitué des hautes sphères de la CDU.

La première victime de la « demoiselle », la Mädchen comme l'appelait Kohl, fut le chancelier de la « réunification » lui même. Depuis elle n'a pas cessé d'aligner les uns après les autres les ténors de la CDU, faisant le vide autour d'elle. Elle a contribué maintenant à mettre le FDP au cimetière. Sacré « maman ».

Qui sera son prochain allié, sera aussi sans doute sa prochaine victime. Et pour l'instant personne ne semble pressé de devoir gouverner avec elle. Qu'il s'agisse du SPD ou des verts.

L« 'Aura de la chancelière a quelque chose de tout simplement sinistre, note un commentateur de « die Welt on line » (site proche de la CDU). Ceux qui font de la politique avec elle doivent se sentir comme les visiteurs du château de la reine des neige -d'Andersen- ou les pièces vides et glaciales se succèdent. Et pourtant, en même temps, il suffit d'un sourire occasionnel de jeune fille malicieuse et d'un allusion ironique pour réchauffer le cœur des Allemands et s'emparer de leur confiance. Un phénomène dont l'Union elle même ne devrait pas être la dernière à s'inquiéter : que lui restera-t-il, si l'on considère la part personnelle primordiale de la chancelière dans la victoire de dimanche, lorsque la chef du parti et son charisme ne seront plus là ? »