Après trois heures de premier tour de table dans une « bonne atmosphère » selon le secrétaire général de la CDU Herman Gröhe, les démocrates chrétiens (CDU/CSU) et les verts ont décidé hier jeudi 10 octobre de se revoir mardi prochain. L'Europe et la sortie du nucléaire, le tournant vers les énergies alternatives ont constitué l'essentiel de leur premier échange. Faute de temps les autres questions essentielles, l'immigration, les impôts par exemple n'ont pu être abordée. La délégation démocrate-chrétienne aurait apprécié le sérieux de la préparation de la réunion par les Verts. Jürgen Trittin, a longuement exposé leurs vues notamment sur le fond commun d'amortissement des dettes ("Schuldtilgungsfond") pour les pays en difficulté de la zone euro, que les écologistes proposent en alternative à la politique de stricte séparation des dettes de chaque pays de la zone euro de la chancelière.

Les Verts devraient décider de la possibilité d'ouvrir ou non des négociation en vue d'une coalition au lendemain de leur second rendez-vous, mardi,  avec la CDU/CSU. Ils constitueraient pour la chancelière une alternative au cas ou les consultations avec les sociaux démocrates que la chancelière  et la CDU/CSU rencontrent lundi ne seraient pas concluantes.
Une coalition avec les démocrates chrétiens au Bundestag serait sans doute une première à haut risque pour les écologistes. Ils administrent certes nombre de communes avec la CDU, et ont gouverné de concert la ville de Francfort et la ville-état de Hambourg -ou l'expérience a tourné court après deux après un référendum sur la réforme scolaire repoussée par les électeurs.
Mais au lendemain de leur défaite lors du scrutin du 22 septembre avec 8,4 % des voix -contre 10,7 % en 2009- ils ne sont guère en position de force pour imposer leur marque à un gouvernement commun dans un gouvernement fédéral à Berlin. Ils n'ont pas su atteindre l'objectif qu'ils s'étaient fixé de mordre sur l'électorat du centre droit. Et pour leur électorat traditionnel qui s'est mobilisé lors de l'élection en faveur de leurs listes, une telle coalition serait un désaveu, après avoir fait de Merkel la cible privilégiée pendant la campagne.
Quant aux démocrates-chrétiens une alliance avec les Verts ne changerait rien au mur  auquel la politique de Merkel fait face au Bundesrat, la seconde chambre du parlement, ou  le SPD, les Verts, die Linke sont majoritaires.
Un obstacle qui l'empèche de mener la politique  intérieure qui lui convient.

Même les « réalos », l'aile réformiste  du parti vert favorable à un gouvernement avec Merkel, sont conscients de tous ces obstacles. Et Winfried Kretschmann, ministre président du Land de Bad Würtemberg, assurait jeudi n'être « pas très optimiste »  sur la possibilité d'ouvrir les négociations.
Pour parvenir à un accord, les Verts devraient pourvoir influer sur le tournant vers les énergies alternative à la tête d'un ministère de l'environnement, au moins. S'ils s'opposent à la politique d'austérité imposée par Merkel à l'Europe, ils ont voté au Bundestag toutes ses mesures pour la sauvegarde de l'euro. L'accord sur la politique européenne pourrait donc être possible,  "Schuldtilgungsfond" ou non.
Les deux partenaires potentiels pourraient également trouver sans doute un compromis sur la mise en place d'un salaire minimum. Dans le domaine des investissements pour l'aménagement des infrastructures, rail, route ce sera plus difficile. D'autant qu'ils dépendront des recettes fiscales, et sur ce plan les positions des démocrates chrétiens, hostiles à toute hausse des impôts, s'opposent à celle des Verts, exposées durant  la campagne. La CDU devrait abandonner qui plus est l'idée de la taxe pour les véhicules particuliers étrangers empruntant les autoroutes allemands et les Verts laisser tomber l'idée d'une limitation de vitesse à 130 km/h, taboue pour la CDU. Dans le domaine agricole  le fossé est profond entre la conception d'une agriculture moderne et compétitive de la CDU/CSU et la volonté des Verts d'un retour à l'agriculture "paysanne" naturelle, respectueuse de la nature et sans OGM.
Les écologistes sont particulièrement remontés contre la politique actuelle du gouvernement à l'égard de la politique restrictive d'immigration et d'accueil des réfugiés, mise en œuvre par Hans-Peter Friedrich, ministre de l'intérieur (CSU) de Merkel. Ils veulent que l'Allemagne -et l'Europe- ouvrent largement  leurs portes. Ils défendent également le droit à la double nationalité, une vieille revendication de la communauté turque en particulier-première communauté  étrangère en Allemagne- à laquelle la démocratie chrétienne et les Bavarois en particulier s'opposent tout net.

Les verts enfin s'opposent aux prestations d'éducation des enfants à la maison jusqu'à trois ans (100 puis 150 euros mensuels) destinées pour l'essentiel aux mères de famille ("la prime au fourneau" selon ses critiques),  mise en place justement à la demande de la CSU bavaroise et militent au contraire pour le développement en priorité des crèches.