Sigmar Gabriel, le président du SPD, avait l'air soulagé dimanche en annonçant les résultats de la convention du parti qui s'est prononcée en faveur de l'ouverture des négociations avec les démocrates-chrétiens pour constituer une nouvelle « grande coalition ». 196 délégués contre 31 se sont prononcés en ce sens, après avoir peaufiné le catalogue des questions clés qui conditionnent un accord.

Le salaire minimum fédéral -qui n'existe pas en Allemagne aujourd'hui-, un encadrement des loyers, et l'égalisation des retraites à l'est et à l'ouest figurent au premier rang. La lutte contre la fraude fiscale, une taxe sur les transactions financières, l'accroissement des crédits pour les communes, le renforcement de l'aide aux personnes assistées, et l'accès à la double nationalité pour les personnes d'origine étrangères qui veulent acquérir la nationalité allemande. L'Europe.

Gabriel assure que les exigences du SPD reprennent les thèmes de sa campagne électorale. Mais la hausse des impôts avec une tranche à 49 % pour les plus aisés ont disparu de la plate-forme, comme la suppression de l'allocation d'éducation pour les parents qui gardent leurs enfants à la maison jusqu'à trois ans, ou le droit d'adoption pour les homos. Autant de revendications sur lesquelles Angela Merkel aurait déjà prévenu qu'elle ne négocierait pas.

MerkelGabriel.jpg« Nous entamons les négociations pour les mener à bien s'est engagé Gabriel. Les 470000 adhérents du SPD jugeront sur pièce, lors d'une référendum qui sera organisé pour ou contre l'accord issu des compromis avec les démocrates-chrétiens ».

Le président du SPD veut instaurer une nouvelle qualité du débat et de la participation des militants aux décisions du parti. A l'heure ou la confiance est sérieusement ébréchée. Entre la base, les électeurs,et les états majors.

« Il est possible de parvenir à la fin des négociations à un accord de coalition qui signifiera pour des millions de gens une amélioration de leur vie quotidienne, souligne Andrea Nahles, secrétaire générale du SPD, qui fut porte-parole de la gauche du parti, déchirée aujourd'hui entre les partisans de l'ouverture des négociations et ceux qui freinent des qutre fers.

Je ne suis pas de ceux qui crient « Hourra une grande coalition », explique Hannelore Kraft, ministre présidente du land de Rhénanie du nord Westphalie, ou les préventions des militants de base contre un gouvernement commun avec Merkel restent très fortes. « Mais c'est le contenu de l'accord qui sera décisif. » Kraft avait fait part à de nombreuses reprises au lendemain des résultats du scrutin du 22 septembre de ses préventions contre un gouvernement noir-rouge, une grande coalition-bis après celle de 2005-2009. Après les trois rencontres avec les délégations de la CDU d'Angela Merkel et du parti frère, la CSU bavaroise, elle plaide au contraire aujourd'hui pour les négociations avec l'Union chrétienne.

Heiko Maas, dirigeant du SPD en Sarre est précis « si nous arrivons à un accord sur le salaire minimum fédéral pour tous, le SPD aura le devoir vis à vis de ses électeurs, d'entrer au gouvernement de coalition ». Sa collègue Manuela Schwesig vice-présidente du SPD et originaire de l'ex RDA souligne quant à elle que le salaire minimum de 8,5 euros de l'heure est une condition incontournable et qu'il devra valoir à l'est comme à l'ouest.

Une perspective qui ne tient pas compte des réalités, prévient déjà le président du patronat allemand, Dieter Hund, proche des démocrates-chrétiens, et favorable à une nouvelle grande coalition. Car il estime qu'elle aboutirait à la destruction de multiples emplois au détriment des moins qualifiés et des chômeurs de longue durée.

Mais un salaire minimum pour tout l'Allemagne suffira-t-il à convaincre la base et les électeurs du SPD des bienfaits d'un gouvernement Merkel ? Après avoir mené campagne pendant des mois contre la chancelière. Sigmar Gabriel, comme Peer Steinbrück, le candidat chancelier du SPD ont répété sur tous les tons qu'il n'était pas question pour eux de « grande coalition » mais d'un gouvernement avec les Verts.

C'est donc aujourd'hui un retournement de situation comple qui fait sortir de leurs gonds nombre de militants à la base. Des dizaines d'entre eux son venus manifester dimanche leur frustration devant la Wily Brandt Haus, le siège du parti ou se tenait la convention. « Le salaire minimum ne suffirait pas à légitimer une nouvelle grande coalition, reconnait Jan Stöß, président du SPD berlinois. C'est l'opinion qui vient de la base. » Il faut également un changement fondamental de politique afin de garantir une retraite stable et permettant de vivre et réaliser enfin l'unification sociale entre l'est et l'ouest. La porte du droit à la double nationalité devrait également être ouverte. » Sur toutes ces questions la démocratie chrétienne devra « bouger énormément », selon lui.