Les réunions actuelles de dirigeants du SPD, dont Sigmar Gabriel et Andrea Nahles, avec la base  renforcent les craintes d'un refus de la grande coalition en cours de négociation avec la CDU/CSU. Les 470 000 adhérents du parti seront maîtres de la décision finale en effet, lors d'un vote-référendum dont les résultats seront connus mi-décembre, une première, rappelons-le. Selon la une de l'hebdo der Spiegel, la base scie les efforts de Gabriel pour monter sur le trone de la grande coalition avec Merkel.titel.jpg

Les négociations du programme de la future alliance SPD/CDU/CSU -la coalition noir-rouge selon la couleur symbole des partis- doivent théoriquement s'achever mercredi. Mais les désaccords demeurent sur de nombreux points. Qu'il s'agisse de la définition précise et de l'application d'un salaire minimum fédéral, de la mise en place de la taxe auto-routière pour les véhicules étrangers chère à la CSU bavaroise, ou du maintien de l'allocation d'éducation à la maison pour les enfants jusqu'à trois ans, honnie par le SPD....

Les protestations se croisent.

Au sein du SPD le courant gauche rejette un salaire minimum dont la définition serait renvoyée à l'entente d'une commission paritaire et l'application...à plus tard.

Tandis que les entrepreneurs influents au sein de la CDU s'élèvent contre une mesure insupportable "pour l'emploi" et la bonne marche de leur entreprise...

La CDU organise également des consultations pour prendre la température de sa base, et convoquera de son côté un comité fédéral (200 membres) le 9 décembre pour avaliser le programme de la future grande coalition.

En cas de rejet majoritaire lors du vote des adhérents du SPD -plus de 40 % sont contre selon un récent sondage-, trois cas de figure restent possibles.

-La CDU/CSU relancent avec les Verts les négociations pour une coalition noir-vert;

-Merkel décide de gouverner seule en utilisant le poids de la CDU/CSU au parlement, et en nouant des alliances au cas par cas, thème par thème avec les autres partis;

-de nouvelles élections sont convoquées, faute de majorité au Bundestag pour élire la chancelière.

L'opposition, SPD, Verts, die Linke dispose actuellement rappelons le d'une court majorité face à la CDU/CSU. Mais une coalition avec die Linke reste exclue actuellement pour le SPD.

Soulignons au passage que Sigmar Gabriel, qui fait de l'adoption d'un salaire minimum fédéral de 8,50 euros un préalable à l'accord de grande coalition avec la CDU/CSU, pourrait de fait déjà faire adopter cette mesure de concert avec les Verts et die Linke au Bundestag. Le Bundesrat -la chambre des Länder-, s'étant déjà prononcée en faveur de cette mesure. Il s'y refuse pour ne pas provoquer les démocrates-chrétiens avec lesquels il négocie actuellement. Avec l'argument selon lequel le salaire minimum à 8,50 euros aura d'autant plus force de loi s'il est adopté par une grande coalition.

Les négociations actuelles entre les deux grands partis adverses, CDU/CSU et SPD, renforcent deux courants dans l'opinion.

"Ils sont prêts à tout pour obtenir un poste de ministre" entend-on à la base du SPD ce qui concerne les dirigeants du parti prêts à élire Merkel chancelière, après avoir fait campagne électorale contre elle.

"Merkel est prête à faire toutes les politiques qui lui permettent de rester à son poste", soulignent nombre de commentaires à propos de la chancelière, dans et hors la CDU.

Dans le même temps la CDU et les Verts viennent de décider d'entamer les négociations pour constituer un gouvernement noir-vert, dans le Land de Hesse (Wiesbaden, Francfort). Une première qui pourrait précéder une alliance identique à Berlin dans un prochain gouvernement fédéral.

C'est la réplique de la CDU au SPD qui a décidé de son côté d'envisager dorénavant la possibilité d'une alliance rouge-rouge-vert avec les Verts et die Linke, pour les prochaines échéances électorales de 2017...

Bref quelle que soit la couleur du parti pour lequel les électeurs votent, ils devraient à l'avenir se retrouver avec des alliances possibles de toutes les couleurs.

Ce qui risque fort en fin de compte de renforcer le camp abstentionniste...et non-votants