En prenant le risque de soumettre le contenu de l'accord de grande coalition signé mercredi 27 novembre  avec la CDU et la CSU au vote des adhérents du parti social-démocrate, Sigmar Gabriel prend certes un très gros risque. Si le non l'emporte ou si le camps des partisans de la grande coalition est à peine supérieur à celui de ses adversaires, on imagine la crise. Le président du SPD désavoué se retrouvera à la tête d'un parti déchiré, risquant d'enregistrer une défaite de plus en cas de nouvelles élections, convoquées faute de majorité au Bundestag pour élire Angela Merkel chancelière.
gabriel.jpgEn théorie, Gabriel pourrait certes en dernier recours répondre aux invitations de die Linke et constituer une alliance avec les Verts et le parti de Gregor Gysi. Les trois partis disposent d'une toute petite majorité au parlement -qui ne reflète pas d'ailleurs leur score électoral du 28 septembre, les libéraux et le parti anti-euro, deux partis qu'on ne peut pas classer à gauche ayant échoué de peu sur la barre des 5 % et totalisant 9,6 % des suffrages. Ce serait certes une solution qui lui permettrait d'éviter de nouvelles élections en se faisant élire chancelier par surprise. Mais il ne fera pas ce choix. L'alliance avec die Linke reste un interdit pour les sociaux-démocrates jusqu'aux prochaines élections de 2017. Gabriel ne prendra pas le risque de le transgresser.
D'autant que s'il est certes prématuré de faire un pronostic sur le résultat de la consultation des 470 000 adhérents du SPD qui s'achèvera le 12 décembre, Gabriel a déjà gagné à moitié son pari hier en recevant l'appui de la confédération syndicale allemande, le DGB, par la voix de Michael Sommer, président de la confédération -et membre du SPD. Pour les syndicats le salaire minimum de 8,50 euros l'heure impératif à compter de 2017, l'accès à la retraite à 63 ans après 45 ans de cotisation, les restrictions apportées à l'emploi des intérimaires, comme aux accords d'entreprises n'ayant pas l'aval de la principale organisation syndicale, sont autant d'avancées qui militent pour l'accord signé avec la CDU et la CSU.
C'est un renfort essentiel pour Gabriel. Il réalise ainsi une ambition affichée lorsqu'il prit en 2009 la présidence du SPD : restaurer les relations privilégiées de son parti avec les syndicats, alors que les réformes du « marché du travail « , instaurées par l'ex chancelier Schröder et la réforme des retraites impulsées par Franz Müntefering, le ministre du travail socil-démocrate de la première grande coalition Merkel, avaient coupé les ponts avec le mouvement syndical, tournant en partie ses espoirs vers la scission du SPD initiée par son ex-président Oskar Lafontaine, pour constituer die Linke.
On voit mal une majorité du parti social-démocrate voter contre un accord pour lequel milite le DGB aujourd'hui.
Gabriel a donc tiré le meilleur d'une situation difficile, le score du SPD aux élections du 28 septembre étant particulièrement médiocre. Si l'accord avec la CDU/CSU est ratifié par une majorité des adhérents, il deviendra vice-chancelier et apparaîtra comme le « père » du salaire minimum en Allemagne. Une très bonne position pour aborder les prochaines élections fédérales de 2017 et devenir cette fois chancelier d'une coalition avec les Verts et die Linke. D'autant que Merkel quittera alors la scène après trois mandats, en ayant fait le vide à la direction de la CDU, en se débarrassant successivement de touts ceux et celles qui pouvaient lui faire de l'ombre.
Cerise sur le gâteau : en décidant de consulter les adhérents du SPD, une « petite révolution », Gabriel fait figure de rénovateur de la démocratie au sein de son organisation, apportant au moins un début de réponse à la crise de confiance que connaissent les partis. Une initiative qui s'est déjà traduite selon lui par un courant d'adhésions prometteur de nouveaux adhérents au SPD.



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